Besoins et difficultés d'accès aux services de premier contact, Canada, Québec, Montréal. Analyse des données de l'enquête sur l'accès aux services de santé, 2003

Objectifs
Ce rapport explore les besoins de recours aux services de premier contact et les difficultés rencontrées à y avoir accès autant pour l'ensemble du Canada que pour le Québec et la région de Montréal. On y analyse, entre autres, leur prévalence ainsi que les facteurs importants qui leur sont associés, notamment l'accès à un médecin de famille. Les services de premier contact sont répartis en trois catégories distinctes : les renseignements et les conseils en matière de santé, les soins de routine ou de suivi et les soins immédiats pour un problème de santé mineur.

Sources de données
Les principales caractéristiques à l'étude (besoins en services de santé, difficultés d'accès aux services de santé et accès à un médecin de famille) tirent leur origine de l'Enquête sur l'accès aux services de santé (EASS), menée sur un sous-échantillon de l'Enquête de santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) en 2003. Toutes les autres caractéristiques retenues (âge, sexe, scolarité, revenu du ménage, état de santé perçu, nombre de problèmes de santé chroniques et lieu de résidence) proviennent de l'Enquête principale (ESCC).

Techniques d'analyse
On a eu recours à des répartitions pondérées de fréquence et des tableaux croisés pour évaluer l'ampleur des phénomènes à l'étude (besoins d'accès ou difficultés d'accès) et à des régressions logistiques pour déterminer leurs facteurs associés.

Principaux résultats

Environ les trois quarts (75 %) de la population canadienne ont eu besoin de services de premier contact. Figurent au premier plan les besoins en soins de routine ou de suivi (57 %) et suivent les besoins en renseignements ou en conseils (43 %) et ceux relatifs à des soins immédiats (35 %)1.

La région de Montréal affiche des prévalences similaires à celles de l'ensemble du Québec (62 % pour ceux en soins de routine, 41 % pour les besoins en renseignements et 31 % pour ceux en soins immédiats).

Globalement, le quart (24 %) de la population canadienne ayant eu besoin de services de premier contact a éprouvé des difficultés à les obtenir. Ce sont les difficultés d'accès relatives aux soins immédiats qui viennent au premier rang (24 %); suivent, en des proportions semblables, celles pour les services de routine ou de suivi (16 %) ou en renseignements et conseils (16 %).

Au Québec, ce sont aussi les difficultés d'accès propres aux soins immédiats qui occupent la première place (26 %); les difficultés d'accès aux services de routine ou de suivi se démarquent un peu plus de celles touchant les services de renseignements ou de conseils (19 % et 15 % respectivement).

Les données pour la région de Montréal semblent correspondre à celles du Québec (soins immédiats : 25 %, soins de routine : 21 %, renseignements ou conseils : 17 %).

Les difficultés rencontrées sont majoritairement d'ordre organisationnel, notamment pour des motifs d'accessibilité et sont plus importantes pour les soins de routine et les soins immédiats (94 % et 91 % de l'ensemble des difficultés respectivement).

  1. Prévalence des besoins de services de premier contact
  2. Prévalence des besoins de services de premier contact
  3. Facteurs associées aux besoins ou aux difficultés d'accès aux services de premier contact

    Le médecin de famille

    Les personnes ayant un médecin de famille sont plus susceptibles d'avoir eu besoins de services de premier contact, surtout pour les soins de routine et de suivi, que celles n'en ayant aucun. Pour ce même type de besoins, cela est plus marqué au Québec qu'au Canada en son entier (rapport de cotes 3,6 et 2,5 respectivement).

    En revanche, sur le plan des difficultés éprouvées, le rôle «nbsp;protecteurnbsp;» d'un médecin de famille ne se révèle important que pour les soins de routine ou de suivi. Ainsi, les personnes ayant un médecin de famille sont deux fois moins enclines que les autres à éprouver des difficultés pour leurs besoins en services de routine et de suivi que les autres.

    Âge

    Les personnes âgées de moins de 65 ans sont plus susceptibles d'avoir eu besoin de services de renseignements ou de conseils et de services pour des soins immédiats que leurs vis-à-vis de 65 ans ou plus (rapports de cotes variant de 1,5 à 4,2 selon le groupe d'âge et le type de soins), mais c'est l'inverse qui se produit pour les soins de routine ou de suivi (rapports de cotes de 0,5 et de 0,8 pour les 15-24 ans et les 25-44 ans respectivement). Pour la population québécoise, les résultats vont dans le même sens (rapports de cotes variant de 1,6 à 4,6 pour les besoins en renseignements ou en soins immédiats et, de 0,4 à 0,6 pour les besoins en soins de routine et de suivi).

    En ce qui a trait aux difficultés d'accès, les moins de 65 ans en éprouvent davantage que les 65 ans et plus à obtenir tout type de services, mais de façon plus marquée, à obtenir des services de routine ou de suivi (rapports de cotes variant de 1,5 à 3,2); les données pour le Québec suivent le même modèle, elles ne sont cependant significatives que pour les soins de routine et les soins immédiats (rapports de cotes allant de 2,4 à 3,0).

    Sexe

    Les femmes sont plus susceptibles que les hommes d'avoir eu besoin de services de premier contact (pour tous les types de services) (rapports de cotes variant de 1,2 à 1,5), mais en même temps, elles sont plus enclines à avoir connu des obstacles pour les obtenir, particulièrement pour les soins de routine et de suivi (rapport de cotes de 1,3). Pour le Québec, les associations sont plus fortes autant pour les besoins que pour les difficultés (rapports de cotes de 1,3 à 1,7 pour les besoins et de 1,5 et 1,6 pour les difficultés en soins de routine ou immédiats respectivement).

    État de santé

    Les personnes atteintes de plusieurs problèmes de santé chroniques (surtout de trois ou plus) sont plus susceptibles d'avoir eu besoin de tout type de services de premier contact (rapports de cotes s'échelonnant de 1,2 à 2,3 pour le Canada; les rapports de cotes pour le Québec ne sont significatifs que pour les besoins en services de renseignements ou en soins de routine : 1,5 et 1,8).

    Les mêmes personnes, soit celles atteintes d'au moins trois problèmes de santé chroniques, ne sont pas exemptes de difficultés quand il s'agit d'obtenir ces mêmes services (pour la population canadienne, rapport de cotes de 1,6, peu importe le type de service; pour le Québec, le rapport de cotes, égal à 2,0, n'est significatif que pour les soins immédiats).

    Quant au second indicateur de l'état de santé retenu dans notre étude, soit l'état de santé auto-rapporté, il est associé uniquement aux besoins en services de renseignements ou conseils ainsi qu'à ceux pour les services de routine ou de suivi (rapports de cotes de 1,2 et 1,4 respectivement pour la population canadienne et de 1,5 et 1,6 pour la population québécoise). Par contre, il n'est relié qu'aux difficultés d'obtention de services de renseignements ou de conseils (rapport de cotes 1,3 pour le Canada). Au Québec, le seul résultat significatif avantage les personnes ayant un état de santé passable ou mauvais et touche les difficultés à obtenir des services de routine (rapport de cotes égal à 0,6).

    Les résultats pour le Québec vont dans le même sens que pour l'ensemble du pays.

    Niveau de scolarité

    Plus on est scolarisé, plus les besoins en services de premier contact sont élevés (rapports de cotes allant de 1,2 à 1,7 tant pour le Canada que pour le Québec). Au chapitre des difficultés, les différences observées portent sur les services de routine et de suivi et sur ceux touchant les problèmes de santé mineurs (rapport de cotes égal à 1,4 pour le Canada, à l'avantage des détenteurs de diplômes post-secondaires; un seul résultat important pour le Québec et allant dans la même direction : les difficultés relatives aux soins de routine, rapport de cotes égal à 1,7).

    Revenu du ménage

    Les personnes défavorisées (revenu faible) sont moins enclines à avoir besoin de services de renseignements ou de soins de routine que leurs contreparties (rapports de cotes de 0,8 et 0,7 pour le Canada et de 0,6 pour le Québec à l'endroit de services de routine seulement). Le revenu du ménage n'est par contre pas relié aux difficultés à obtenir des services de premier contact (ni au Canada ni au Québec).

    Zone de résidence

    Les personnes vivant en zones urbaines sont moins susceptibles d'avoir besoin de services de renseignements ou de conseils en matière de santé et de services de routine ou de suivi (rapport de cotes égal à 0,9 au Canada), mais non pour les services en soins immédiats; au Québec il n'y a pas de différence entre urbains et ruraux pour les services de renseignements et ceux de routine ou de suivi, mais il y en a une pour les services en soins immédiats : les urbains sont moins susceptibles que les autres d'avoir eu besoin de ces services (rapport de cotes : 0,8).

    Au chapitre des difficultés, les personnes vivant en zones urbaines sont moins susceptibles d'avoir eu des difficultés à obtenir les services de routine ou de suivi seulement (rapport de cotes de 0,8). Au Québec, la zone de résidence ne semble pas être associée aux difficultés d'obtenir des services.

Remarques finales
Ce rapport offre un aperçu des besoins de services de premier contact et des difficultés éprouvées à les obtenir, tant pour le Canada que pour le Québec et la région de Montréal. En plus d'évaluer leur prévalence, le rapport met en relief l'importance de plusieurs facteurs associés, en particulier l'accès à un médecin de famille. De ce fait, les résultats présentés peuvent enrichir le système de surveillance provincial en santé publique, notamment les indicateurs en organisation de services de première ligne. Ils peuvent encore aider les décideurs et planificateurs compétents en la matière à mieux cibler leurs actions au profit des groupes les plus vulnérables.


1 Les trois catégories de besoins d'accès aux services de premier contact ne sont pas mutuellement exclusives.

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Sujet(s): 

Type de publication: 

ISBN (électronique): 

978-2-550-52701-5

ISBN (imprimé): 

978-2-550-52700-8

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