Surveillance des infections envahissantes à <i>S. Aureus</i> - Rapport 2005

Le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a mis de l’avant, en janvier 2003, un programme de surveillance des infections envahissantes à Staphylococcus aureus à la suite d'une demande du Comité sur les infections nosocomiales du Québec (CINQ).

Ce programme vise à documenter de façon continue les prévalences provinciales et régionales de ces infections incluant celles des souches résistantes à la méthicilline.

Ce rapport présente donc les résultats de la troisième année de surveillance des infections envahissantes à S. aureus tels que réalisés depuis 2003.

Cette surveillance nous donne pour une troisième année consécutive de l’information pertinente sur le nombre d'infections invasives causées par le S. aureus au Québec ainsi que la proportion d'entre elles résistantes aux ß-lactames.

Ce programme de surveillance reflète l’importance des infections envahissantes à S. aureus au Québec et met en lumière une partie de l’épidémiologie des SARM au Québec puisque les patients colonisés ou ayant un autre type d’infection n’y sont pas comptabilisés.

Cet état de fait devrait être un incitatif à développer une approche plus élaborée pour prévenir la transmission du SARM.

À cet effet, un groupe de travail sur le SARM, mandaté par le CINQ est à élaborer une mise à jour des recommandations visant à maintenir et renforcer les efforts de lutte à la prévention de la transmission des infections à SARM. Les recommandations devraient être disponibles au cours de l’année 2006.

Aussi, ce programme de surveillance sous sa forme présente ne documente pas l’origine de l’acquisition de l’infection.

Historiquement, la majorité des bactériémies à SARM sont d’origine nosocomiale, il est à craindre qu’avec l’émergence du SARM acquis en communauté, une proportion grandissante de ces bactériémies SARM pourrait être d’origine communautaire et ne pas refléter les taux d’acquisition nosocomiale de ces bactériémies. Il devient impératif pour les programmes de surveillance du SARM de pouvoir distinguer l’origine nosocomiale ou non des bactériémies à S. aureus afin de mieux cibler la composante nosocomiale de ces bactériémies. Enfin, avec l’augmentation grandissante d’un large réservoir de patients colonisés avec le SARM, les taux d’incidence de bactériémies peuvent ne pas nécessairement refléter une acquisition récente du SARM. En effet, plusieurs des patients présentant une bactériémie à SARM peuvent avoir acquis cette bactérie au cours des trois ou quatre dernières années lors d’une hospitalisation antérieure dans un centre hospitalier endémique pour le SARM. Il devient donc important, dans les programmes de surveillance de SARM, de distinguer les nouvelles acquisitions du SARM des anciennes.

Pour atteindre ces nouveaux objectifs, plusieurs modifications ont été apportées à la surveillance en place depuis trois ans, ciblant dorénavant plus spécifiquement les bactériémies à SARM compte tenu des variations observées entre les régions concernant les sites autres que les hémocultures.

À noter donc que depuis janvier 2006, ce programme a pris une nouvelle orientation dans le but de doter le personnel de la prévention des infections d’un meilleur outil de suivi. Cette démarche s’inscrit dans le cadre du plan d’action du Ministère de la Santé et des Services sociaux ainsi que de celui de l’INSPQ sur les infections nosocomiales, pour faire suite aux recommandations du rapport Aucoin. L’INSPQ a mandaté son Comité sur les infections nosocomiales du Québec (CINQ) pour mener à bien cette surveillance.

Plusieurs modifications ont été apportées à la surveillance des infections envahissantes des S. aureus telle que réalisée ces trois dernières années :

  • Cette surveillance s’effectue maintenant dans le cadre des activités du comité de surveillance provinciale des infections nosocomiales (SPIN), un sous-comité de CINQ;
  • Le programme de surveillance cible désormais uniquement les souches de S. aureus isolées d’une hémoculture;
  • Les données déclarées sont mises en relation avec les admissions et les jours-présence des patients hospitalisés sur une base périodique;
  • La période de référence qui était auparavant sur une base mensuelle est changée pour correspondre aux périodes administratives;
  • L’origine présumée de l’acquisition des bactériémies à SARM est documentée;
  • Les sites infectieux d’origine des bactériémies à SARM propre au centre hospitalier déclarant sont documentés;
  • L’origine présumée de l’acquisition des bactériémies à S. aureus sensible est documentée sur une base optionnelle;
  • Les sites infectieux d’origine des bactériémies à S. aureus sensible propre au centre hospitalier déclarant sont documentés sur une base optionnelle;
  • Les données pour la surveillance des bactériémies à SARM sont entrées directement sur le portail du LSPQ depuis février 2006 et ce, par l’équipe de prévention des infections des installations participantes.

Finalement, les bactériémies à SARM ne représentent que la pointe de l’iceberg des infections à SARM pour l’ensemble de la province de Québec. Si on estime que près de 10% des infections nosocomiales sont associées à une bactériémie, avec un total de 545 bactériémies de SARM déclarées en 2005, on peut estimer qu’il y a au minimum plus de 5 000 infections causées par le SARM pour l’ensemble de la province en 2005. Selon l’étude de T. Kim (2001), chaque bactériémie a un coût estimé de 28 000 $ et chaque infection un coût estimé de 14 000 $ CA. Ces données démontrent l’ampleur du coût des infections à SARM pour le Québec et justifient tous les efforts nécessaires au programme de surveillance et contrôle du SARM en milieu hospitalier.

Pour 2006, il est donc important de documenter l’origine d’acquisition des bactériémies à S. aureus de manière à distinguer les bactériémies d’origine nosocomiale afin que les centres hospitaliers aient des bases de comparaison inter-hospitalières, tel que prévu par le nouveau programme de surveillance des bactériémies SPIN-SARM. De plus, la documentation des foyers infectieux d’origine des bactériémies nosocomiales à S. aureus permettra de mieux cibler les programmes de surveillance spécifiques de ces infections.

Nous observons pour la première fois une baisse significative du nombre de cas et des taux d’incidence de bactériémie à SARM par rapport aux hospitalisations répertoriées au cours des deux dernières années. Ces résultats sont des plus encourageants car ils surviennent à la suite d’investissements majeurs en ressources humaines et financières en prévention des infections dans les centres hospitaliers du Québec.

Nous sommes confiants que les nouvelles orientations données à la surveillance des infections à S. aureus apporteront des données intéressantes sur leur épidémiologie et leur prévention au Québec.

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ISBN (électronique): 

2-550-47737-5

ISBN (imprimé): 

2-550-47736-7

ISSN (électronique): 

1911-348X

ISSN (imprimé): 

1714-5945

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