Les déterminants de la détresse psychologique élevée liée au travail : résultats de l’Enquête québécoise sur la santé de la population, 2014-2015

Ce portrait de santé porte sur la détresse psychologique au travail, un enjeu préoccupant en santé publique. Il est basé sur les données de l’Enquête québécoise sur la santé de la population (EQSP) 2014-2015. Cette édition de l’enquête s’est enrichie d’une nouvelle question mesurant la perception des répondants quant au lien entre leur état de détresse psychologique et leur travail. L’enquête permet ainsi de distinguer les cas de détresse psychologique élevée liée au travail et les cas de détresse élevée non liée au travail et d’explorer les liens entre la détresse psychologique liée au travail et les diverses expositions professionnelles.

Une analyse différenciée selon le sexe a été privilégiée en raison des réalités différentes que vivent les hommes et les femmes sur le marché du travail. Les analyses font ressortir les résultats suivants :

  • Plus d’une personne sur quatre en emploi (28 %) présente un niveau élevé de détresse psychologique, que cette détresse soit associée au travail ou non (32 % chez les femmes et 24 % chez les hommes).
  • La proportion de femmes présentant un niveau élevé de détresse psychologique a augmenté de façon significative depuis 2008 (29 % c. 26 % en 20081, alors que chez les hommes la différence n’est pas significative (20,1 % c. 18,3 %)1.
  • Plus de la moitié des travailleuses (58 %) et des travailleurs (65 %) ayant une détresse psychologique élevée associent leurs symptômes à leur travail. L’ampleur de la détresse psychologique élevée liée au travail est donc beaucoup plus importante que la détresse psychologique élevée non liée au travail (17 % liée au travail c. 11 % NON liée au travail). On estime ainsi que ce sont plus de 650 000 personnes en emploi qui présentent un niveau élevé de détresse psychologique liée au travail, soit environ 348 600 travailleuses et 325 400 travailleurs.
  • Les travailleuses sont plus touchées par la détresse psychologique élevée liée au travail que leurs homologues masculins (19 % c. 15 % des hommes).
  • L’étude met en évidence des associations importantes entre la détresse psychologique élevée liée au travail et les risques psychosociaux (RPS) suivants : un niveau élevé d’exigences psychologiques, un niveau faible de reconnaissance au travail et le fait d’être souvent ou très souvent l’objet de harcèlement psychologique au travail.
  • Les travailleurs exposés à un cumul de trois RPS ou plus ont une probabilité sept fois plus élevée d’être touchés par un niveau élevé de détresse psychologique liée au travail par rapport à ceux non exposés aux RPS de l’étude. Cette probabilité est cinq fois plus élevée chez les travailleuses.
  • Les personnes salariées se situant au bas de l’échelle hiérarchique, notamment les travailleurs et les travailleuses appartenant à la catégorie professionnelle « personnels et ouvriers non qualifiés et manœuvres » et les ouvrières qualifiées, apparaissent comme étant les plus touchées par une exposition à un cumul de trois RPS ou plus.

Cette étude fait ressortir l’importance de réduire l’exposition des travailleurs et des travailleuses aux RPS et plus spécifiquement aux exigences psychologiques élevées, à la faible reconnaissance et au harcèlement psychologique au travail. En effet, les interventions doivent viser à réduire ces facteurs de risque ou à en atténuer les effets en vue de prévenir la détresse psychologique élevée liée au travail et d’améliorer la santé mentale.


1Les valeurs présentées ne représentent pas les estimations officielles de l’édition 2014-2015 de l’EQSP. L’indicateur étant affecté par le mode de collecte, les tests statistiques sont effectués avec les données du volet téléphonique seulement (d’estimations comparables). Ceci permet d’analyser l’évolution du phénomène depuis 2008. Voir les explications à ce sujet à la page 27 du rapport « L’Enquête québécoise sur la santé de la population, 2014-2015 : pour en savoir plus sur la santé des Québécois » (Camirand et coll., 2016).

ISBN (électronique)
978-2-550-93110-2
Notice Santécom
Date de publication