Enquête sur la couverture vaccinale des enfants de 1 an et 2 ans au Québec en 2010

Bien que l'immunisation soit reconnue comme une des mesures les plus efficaces pour prévenir la mortalité, la morbidité et les complications des maladies infectieuses chez les enfants, il ne faut pas considérer les réussites liées aux programmes de vaccination comme des acquis. Leur succès repose sur la confiance de la population et des professionnels de la santé. Comme des hauts niveaux de couverture vaccinale (proportion de la population visée ayant reçu toutes les doses requises d'un vaccin contre une maladie évitable par la vaccination) sont requis pour atteindre les objectifs de réduction des maladies évitables par la vaccination, il est primordial de suivre de manière continue les différentes mesures de couverture vaccinale.

En 2010, nous avons donc mené la troisième enquête de couverture vaccinale chez les enfants québécois. L'objectif principal de cette enquête consistait à obtenir un estimé de la couverture vaccinale des enfants à l'âge de 15 mois et 24 mois. Cette étude avait également comme objectifs de mesurer les retards vaccinaux et les occasions manquées de vaccination et de vérifier l'impact de certains facteurs sociodémographiques sur la couverture vaccinale.

La méthodologie des enquêtes de 2006 et 2008 a été reprise en 2010. Il s'agit d'une étude descriptive transversale réalisée auprès d'un échantillon d'enfants sélectionnés à partir du fichier d'inscription des personnes assurées (FIPA) de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). La collecte de données s'est déroulée de février à août 2010 auprès de deux cohortes de 1 000 enfants chacune. Les enfants de la cohorte 1 an étaient âgés entre 15 et 17 mois et ceux de la cohorte 2 ans, entre 24 et 26 mois au 1er janvier 2010. La collecte de données a été effectuée à l'aide d'un questionnaire postal auto-administré qui reproduisait les pages du carnet de vaccination. Les parents devaient y répondre par écrit et le retourner par courrier. Les parents qui n'ont pas répondu au 1er envoi recevaient une relance postale suivie d'une relance téléphonique. Les dossiers incomplets étaient validés auprès du ou des vaccinateurs identifiés par le parent lorsqu'un consentement écrit a été obtenu.

Les taux de participation sont de 64 % (629/982) pour la cohorte 1 an et de 61 % (604/994) pour la cohorte 2 ans. Un total de 434 dossiers incomplets ont été validés auprès du ou des vaccinateurs. À l'exception de la région de Montréal qui est un peu sous-représentée dans les deux cohortes, la répartition des enfants quant au sexe, au rang de l'enfant dans la famille et à la zone de résidence est similaire à ce qui est observé avec les données sur les naissances au Québec. Près de deux enfants sur trois ont reçu tous leurs vaccins en centre de santé et de services sociaux (CSSS) (mission centre local de services communautaires (CLSC)).

Les résultats montrent que 83 % des enfants de la cohorte 1 an ont reçu tous leurs vaccins avant l'âge de 15 mois. Cette proportion s'élève à 87 % si on inclut les vaccins administrés à 15 mois et plus. Pour la cohorte 2 ans, ces proportions sont respectivement de 80 % et de 83 %. Dans le cas de la cohorte 1 an, la couverture vaccinale avant 15 mois représente une augmentation significative de sept points par rapport à la situation en 2008. Par ailleurs, l'écart entre les proportions d'enfants complètement vaccinés avant 15 mois ou 24 mois et les proportions d'enfants vaccinés après ces âges illustre bien l'importance des retards au calendrier de vaccination. Malgré le fait que les enfants rattrapent le retard au cours de la première et deuxième année de vie, il demeure que la protection n'est pas optimale pendant plusieurs mois qui peuvent s'avérer critiques. Les proportions d'enfants ayant reçu tous leurs vaccins dans un délai d'un mois suivant l'âge recommandé présentent une tendance à la hausse depuis 2006. Pour la cohorte 1 an, elles sont de 23 % en 2006, 32 % en 2008 et 50 % en 2010 alors que pour la cohorte 2 ans, elles sont de 17 %, 21 % et 36 % respectivement. Quant à la proportion d'enfants n'ayant reçu aucun vaccin, elle demeure très faible, soit 1 % pour chaque cohorte.

La couverture vaccinale spécifique à chaque antigène révèle que 95 % des enfants de la cohorte 1 an ont reçu les trois doses du vaccin DCaT-P-Hib avant 15 mois et 87 %, les quatre doses prévues pour la cohorte 2 ans avant 24 mois. Pour les trois doses du vaccin contre le pneumocoque, les proportions sont respectivement de 90 % et 94 % selon la cohorte. En ce qui concerne le vaccin RRO (certains enfants ont reçu le vaccin combiné RRO-V), c'est 91 % qui ont reçu le vaccin avant 15 mois (cohorte 1 an) et 85 % qui ont reçu les deux doses prévues au calendrier avant 24 mois (cohorte 2 ans).

Comme en 2006 et en 2008, le retard observé à partir d'un mois après l'âge recommandé est particulièrement marqué pour les vaccins prévus à 12 mois et à 18 mois. Dans le cas des vaccins prévus à 12 mois, environ 7 enfants sur 10 de la cohorte 2 ans ont reçu leurs vaccins avant l'âge de 13 mois. Cela correspond toutefois à une augmentation de 10 points par rapport à 2006. En ce qui concerne les vaccins prévus à 18 mois, près de 7 enfants sur 10 également les ont reçus dans un délai maximum d'un mois après l'âge recommandé, ce qui est supérieur aux proportions observées en 2006 et en 2008. Bien qu'il s'agisse d'améliorations, de telles situations mettent en évidence le risque que courent ces enfants vaccinés tardivement, puisque leur protection n'est pas optimale durant plusieurs mois qui peuvent s'avérer critiques.

Des analyses multivariées ont été réalisées, afin de mieux comprendre les raisons pouvant expliquer l'incomplétude vaccinale. Tout comme en 2006 et 2008, une seule variable est associée de façon indépendante dans les deux cohortes au statut vaccinal incomplet et il s'agit de l'âge tardif au premier vaccin. Les variables qui sont associées significativement, mais seulement dans la cohorte 1 an sont la présence d'une occasion manquée à la première visite prévue à 2 mois, la vaccination exclusivement en CM/CH, le fait pour le parent de ne pas croire que les vaccins sont utiles pour la santé de l'enfant, le lieu de naissance de l'enfant à l'extérieur du Québec et la langue maternelle autre que le français. Dans la cohorte 2 ans, les autres variables associées au statut vaccinal incomplet sont pour l'enfant d'occuper le 3e rang ou plus dans la famille, la présence d'une occasion manquée à la visite prévue à 12 mois, pour le parent de ne pas se sentir suffisamment informé sur la vaccination et être une mère âgée de moins de 30 ans. Des mesures particulières quant au suivi de ces enfants pourraient être mises en place pour prévenir les retards vaccinaux et la non complétude du calendrier de vaccination chez les enfants ou les familles présentant ces caractéristiques.

Cette enquête est la troisième du genre à être menée au Québec et elle devrait être répétée minimalement aux deux ans, tant que le registre de vaccination prévu par la Loi sur la santé publique n'est pas mis en place et complètement opérationnel. La méthodologie d'enquête demeure, en attendant le registre, le meilleur moyen de monitorer l'impact des programmes de vaccination, l'introduction des nouveaux vaccins et l'efficacité des interventions. Aucun système d'information ne permettra toutefois de mettre en lumière certains aspects psychosociaux entourant la vaccination, et les études par enquête demeureront un moyen privilégié pour comprendre les déterminants de l'atteinte de hauts niveaux de couverture vaccinale.

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Type de publication: 

ISBN (électronique): 

978-2-550-62746-3

ISBN (imprimé): 

978-2-550-62745-6

ISSN (électronique): 

1927-2049

ISSN (imprimé): 

1927-2030

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