Pratiques entourant la manipulation des médicaments dangereux dans les établissements de santé du Québec

Volume 34, Numéro 2

  • Delphine Hilliquin
    candidate au doctorat en pharmacie, Assistante de recherche de l’Unité de recherche en pratique pharmaceutique, Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine
  • Cynthia Tanguay
    B. Sc., M. Sc., Coordonnatrice, Unité de recherche en pratique pharmaceutique (URPP), CHU Sainte-Justine
  • Jean-François Bussières
    B. Pharm., M. Sc., M.B.A., F.C.S.H.P., Chef, Département de pharmacie et Unité de recherche en pratique pharmaceutique (URPP), CHU Sainte-Justine, professeur titulaire de clinique, Faculté de pharmacie, Université de Montréal

Dernière modification: 

15 janvier 2019

Résumé

La manipulation sécuritaire des médicaments dangereux est encadrée par plusieurs organismes. Au Québec, l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales a publié le Guide de prévention – Manipulation sécuritaire des médicaments dangereux en 2008. Depuis, de nouvelles recommandations ont été émises, et le National Institute for Occupational Safety and Health a divisé les médicaments dangereux en trois groupes.

En décembre 2017, une enquête a été menée auprès des chefs des départements de pharmacie des établissements de santé du Québec offrant des services en hémato-oncologie. Sur 30 chefs de département, 23 provenant de 41 installations différentes ont participé à l’enquête (73 %). Les répondants étaient très satisfaits ou partiellement satisfaits du guide (37/41; 90 %); les mesures de précaution et de protection étaient généralement utilisées pour les médicaments du groupe 1, mais elles l’étaient peu pour les médicaments des groupes 2 et 3. Quant aux modalités de nettoyage des surfaces, elles variaient selon les établissements.

L’objectif de cette enquête était de recenser les pratiques comportant des éléments à propos desquels il n’existe pas de consensus concernant la façon de faire la plus optimale à employer lors de la manipulation des médicaments dangereux par les travailleurs des établissements de santé au Québec.

Quoique les pratiques s’améliorent, plusieurs recommandations du guide publié en 2008 ne sont pas mises en œuvre en raison de contraintes en matière de ressources financières, matérielles et humaines. Les résultats de l’enquête réalisée récemment serviront à la mise à jour de ce guide.

Introduction

La manipulation sécuritaire des médicaments dangereux par les travailleurs de la santé est encadrée par plusieurs organismes. Un médicament dangereux est cancérogène, tératogène, génotoxique ou toxique pour un organe ou pour la reproduction, ou bien il est reconnu comme tel parce que sa structure est similaire à celle d’un autre médicament dangereux [1,2].

En 2004, le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) a émis une alerte sur le fait que travailler avec ou à proximité de médicaments dangereux dans les établissements de soins de santé peut provoquer des éruptions cutanées, la stérilité, des fausses couches, des anomalies congénitales et éventuellement une leucémie ou d’autres cancers [3]. De son côté, la United States Pharmacopeial Convention (USP) a récemment publié un chapitre pour la United States Pharmacopeia portant sur la manipulation des médicaments dangereux, c’est-à-dire le chapitre 800 [4]. La publication de ce nouveau chapitre et des chapitres 795 et 797 présentement en révision impliquera de nombreux changements de procédures aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Depuis 2014, le NIOSH divise les médicaments dangereux en trois groupes distincts : le groupe 1 qui inclut les médicaments antinéoplasiques, le groupe 2 qui comprend les médicaments dangereux non antinéoplasiques et le groupe 3 qui regroupe les médicaments non antinéoplasiques présentant des risques pour la reproduction. Par ailleurs, il a publié le détail de la démarche scientifique employée pour élaborer cette classification [2,5].

Au Québec, l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales (ASSTSAS) a de son côté publié la première édition de son Guide de prévention – Manipulation sécuritaire des médicaments dangereux en 2008 [6]. Ce guide, traduit et largement diffusé à l’échelle québécoise et canadienne, est le fruit d’une longue consultation menée par un groupe d’experts, incluant des conseillers de l’ASSTSAS, des pharmaciens, des infirmières, un médecin, un assistant technique en pharmacie ainsi que d’autres collaborateurs. Afin de procéder à sa mise à jour, l’ASSTSAS a formé en 2017 un nouveau groupe de travail multidisciplinaire.

Précédemment, deux enquêtes périodiques ont été réalisées, une première enquête en 2006 avant la publication du guide, puis une seconde en 2011 suivant sa publication [7-8]. Ces deux enquêtes ont mis en lumière de nombreux points à améliorer ainsi que les différentes préoccupations des travailleurs des établissements de santé.

Afin de réaliser la mise à jour du guide et de connaître le niveau de mise en œuvre des mesures décrites dans ce même guide, l’enquête a été menée de nouveau en ciblant les éléments les plus pertinents à mettre à jour. En effet, l’objectif principal de la nouvelle enquête était de recenser les pratiques relatives à la manipulation des médicaments dangereux par les travailleurs québécois des établissements de santé, c’est-à-dire des pratiques comportant des éléments à propos desquels il n’existe actuellement pas de consensus concernant la façon de faire la plus optimale à employer.

Méthodes

Élaboration du questionnaire

L’équipe de recherche contribuant à cette enquête a élaboré le questionnaire en se servant des résultats des enquêtes précédentes. De plus, cette équipe a pris en compte les questions des établissements de santé transmises aux conseillers de l’ASSTSAS de même que des pratiques comportant des éléments à propos desquels il n’existe actuellement pas de consensus concernant la façon de faire la plus optimale à employer. Le questionnaire conçu par l’équipe de recherche comportait 49 questions, soit 17 questions ouvertes et 32 questions à choix multiples. Ces questions portaient sur le profil des répondants de l’enquête, leur utilisation de la première édition du Guide, la formation du personnel, les mesures de ségrégation et de protection employées lors de la manipulation des médicaments dangereux et les modalités de nettoyage. De même, les participants pouvaient y indiquer des commentaires. Les membres du Comité sur les médicaments dangereux ont ensuite révisé le questionnaire, et cette révision a entraîné des modifications mineures. Enfin, l’équipe de recherche a mis le questionnaire dans un gabarit de questionnaire en ligne fourni par un site de sondage, soit SurveyMonkey.

Participation à l’enquête

L’étude ciblait tous les établissements de santé du Québec offrant des services de préparation ou d’administration de médicaments dangereux. Depuis le 1er avril 2015, le réseau de la santé comporte 34 établissements de santé, dont 30 offrant des activités d’hémato-oncologie. Le 1er décembre 2017, ces 30 établissements représentaient 62 installations.

Pour remplir le questionnaire, l’équipe de recherche a sélectionné les chefs des départements de pharmacie des établissements de santé du Québec offrant des services en hémato-oncologie. Une invitation à répondre au questionnaire en ligne a donc été transmise à 30 chefs de département le 12 décembre 2017. Deux rappels leur ont par la suite été transmis en janvier et en février 2018. Toutefois, les questions liées aux mesures de précaution par groupe de médicaments dangereux ont causé des problèmes d’ordre technique. Ces questions ont donc été retournées plus tard aux répondants.

Le courriel transmis invitait les participants à répondre au questionnaire pour chaque installation comportant une pharmacie d’oncologie. Par ailleurs, les chefs participants étaient incités à remplir le questionnaire avec une personne désignée par la Direction des soins infirmiers de leur établissement de même qu’avec une autre personne provenant du service d’hygiène et de salubrité. Enfin, les chefs sélectionnés étaient avisés que les résultats anonymisés seraient agrégés à des fins de communication affichée et de publication. 

Lorsque tous les questionnaires remplis ont été reçus, l’équipe de recherche a extrait les données à l’aide d’un chiffrier Excel. Par la suite, elle a produit des statistiques descriptives.

Résultats

Taux de réponse

En tout, 22 chefs de département (taux de participation de 73 %) représentant 41 installations (taux de représentation de 66 %) ont répondu à l’enquête. Toutefois, un plus petit nombre de participants ont répondu aux questions en lien avec les mesures de précaution prises par groupe de médicaments dangereux (n = 14), compte tenu des problèmes techniques survenus. Les installations comportaient une médiane [minimum-maximum] de 0 [0-63] lit et de 15,8 [0-80] civières/chaises. De même, la médiane de préparations d’antinéoplasiques effectuées en 2016-2017 était de 10 656 [350-46 306] préparations.

Utilisation de la première édition du Guide

Les répondants se sont dit très satisfaits (39 %; 16/41), partiellement satisfaits (51 %; 21/41), partiellement insatisfaits (2,5 %, 1/41) ou très insatisfaits (5 %; 2/41) de la première édition du Guide. Il a été utilisé à titre de référence lors de la rédaction de politiques et de procédures (95 %; 39/41) et comme matériel de formation (51 %; 21/41). De plus, il a été mis à la disposition du personnel des établissements de santé de la façon suivante : une copie papier était disponible à la pharmacie (70,7 %; 29/41) ou sur les étages/à la clinique externe (24,4 %; 10/41) ou encore un hyperlien vers le document était mis en ligne sur l’intranet de l’établissement de santé (7,3 %; 2/41). Un seul répondant a indiqué ne pas avoir utilisé le guide.

La moitié des répondants (51 %; 21/41) ont indiqué au moins un élément du guide actuel qu’ils n’ont pas été en mesure de mettre en place (ex. : difficulté à gérer les médicaments dangereux administrés par voie orale, nettoyage des masques à cartouche, changement de gants toutes les 30 minutes, contrôle environnemental). De façon générale, les motifs mentionnés incluaient des paramètres financiers de même qu’un manque d’espace et de temps.

Des répondants (46 %; 19/41) ont quant à eux suggéré au moins un élément devant être pris en compte dans la mise à jour du guide (ex. : clarification relativement à l’utilisation de l’ensacheuse et des pneumatiques, gestion des excrétas, utilisation des masque à cartouche, particularités entourant le vaccin BCG, utilisation des circuits fermés).

Formation du personnel

En ce qui concerne la formation du personnel sur la manipulation des médicaments dangereux, elle était offerte à l’embauche : 100 % (39/39) en pharmacie, 88 % (36/41) en soins infirmiers et 91 % (32/35) en hygiène et en salubrité; puis une fois par année : 66,7 % (26/39) en pharmacie, 4,9 % (2/41) en soins infirmiers et 17,1 % (6/35) en hygiène et en salubrité; elle comportait un examen théorique : 80,5 % (33/41) en pharmacie, 12,2 % (5/41) en soins infirmiers et 40,0 % (14/35) en hygiène et en salubrité; et un examen pratique : 92,3 % (36/39) en pharmacie, 19,5 % (8/41) en soins infirmiers et 31,4 % (11/35) en hygiène et en salubrité; et incluait également des éléments en santé et en sécurité au travail : 89,7 % (35/39) en pharmacie, 78,0 % (32/41) en soins infirmiers et 74,3 % (26/35) en hygiène et en salubrité.

Mesures de ségrégation et de précaution liées à la manipulation des antinéoplasiques

Les antinéoplasiques étaient généralement livrés à la pharmacie centrale, puis étaient ensuite acheminés à la pharmacie d’oncologie (voir le tableau 1). Quant aux antinéoplasiques des unités de soins, ils étaient majoritairement entreposés dans des zones réservées à cet effet. Lors de l’ouverture des contenants de livraison, le personnel concerné portait deux paires de gants, mais rarement à la réception des colis (voir le tableau 2). La plupart des répondants avaient les fioles après la réception, faisaient l’amorçage et le vide des tubulures à la pharmacie et n’utilisaient pas de système de transfert en circuit fermé.

Mesures de précaution appliquées par groupe de médicaments dangereux

Majoritairement, les répondants appliquaient des mesures de ségrégation pour les médicaments du groupe 1, soit les antinéoplasiques (voir le tableau 3). Même si cela était moins fréquent, certaines mesures étaient également appliquées aux médicaments des groupes 2 et 3.

Modalités de nettoyage

L’agent et l’équipement utilisés pour le nettoyage de même que la fréquence de l’entretien variaient considérablement selon les surfaces et les établissements. Par exemple, en ce qui concerne le nettoyage des surfaces d’entreposage de la pharmacie, les établissements de santé se servaient majoritairement de l’ammonium quaternaire, du peroxyde d’hydrogène et des détergents, et parfois de l’hypochlorite de sodium (respectivement 10/41, 11/41, 12/41 et 4/41 établissements). La plupart des établissements employaient des lingettes jetables (30/41), mais certains utilisaient plutôt des lingettes réutilisables (7/41). Généralement, les surfaces étaient nettoyées une fois par jour ou plus (38/41 pour le plancher de la salle blanche, 37/41 pour la surface de l’enceinte de préparation stérile, 33/41 pour les bras des fauteuils où sont administrées les préparations, 25/41 pour les pompes et 24/41 pour les tiges à soluté). Quant aux zones d’entreposage de la pharmacie, aux surfaces intérieures des réfrigérateurs de la pharmacie et aux zones d’entreposage situées sur les étages, elles étaient nettoyées une fois par mois (respectivement 19/41, 22/41 et 8/41 établissements).

Discussion

L’enquête décrite dans cet article présente le profil actuel des pratiques relatives à la manipulation des médicaments dangereux par les travailleurs québécois des établissements de santé, c’est-à-dire des pratiques comportant des éléments à propos desquels il n’existe actuellement pas de consensus concernant la façon de faire la plus optimale à employer. Elle a mis en évidence une bonne utilisation de la première édition du Guide de prévention – Manipulation sécuritaire des médicaments dangereux et a fait ressortir quelques pratiques qui ne sont pas encore mises en œuvre.

Selon l’enquête, peu d’installations profitaient de la livraison directe d’antinéoplasiques à la pharmacie d’oncologie soit par souci d’efficacité et de sécurité, soit par omission. Pourtant, les ententes de distribution centralisée des trois groupes d’approvisionnement en commun du Québec permettent l’ajout d’un point de livraison additionnel pour ces médicaments au sein d’une même installation. De plus, l’enquête a démontré une variabilité dans les emplacements utilisés pour déposer des contenants de médicaments dangereux. Cela dit, il est important d’utiliser des emplacements facilement identifiables par tous les intervenants.

La plupart des répondants ont adopté des pratiques limitant l’exposition de leurs travailleurs aux antinéoplasiques, notamment le port de gants lors de l’ouverture des contenants de livraison, le retrait des emballages externes et le lavage subséquent des fioles ainsi que le port d’un masque à cartouche pour le grand nettoyage hebdomadaire des enceintes de préparation stériles et le nettoyage de ce masque. Par contre, près du tiers des répondants laisse au personnel soignant la tâche de fixer la tubulure et de faire le vide d’air, et près de la moitié n’utilise pas de connecteur sans aiguille pour les tubulures.

Une portion de l’enquête se concentre sur les mesures de protection mises en place par les établissements en fonction des trois groupes de médicaments dangereux. Elle a permis de noter une hétérogénéité dans les mesures appliquées d’un établissement à un autre, ce qui témoigne d’un besoin de clarifier les attentes à l’égard de la mise à jour du guide. Si la plupart des mesures du guide étaient appliquées en ce qui a trait aux médicaments du groupe 1, elles l’étaient peu dans le cas des deux autres groupes.

Certes, plusieurs facteurs expliquent ces écarts. Premièrement, la division des médicaments dangereux en trois groupes, proposée par le NIOSH, n’existait pas lors de la publication du guide. Deuxièmement, compte tenu de la variété des classes thérapeutiques des médicaments des groupes 2 et 3 (ex. : antidépresseurs, immunosuppresseurs, ocytociques), ces médicaments sont utilisés dans tout un établissement plutôt que dans des environnements dédiés (ex. : clinique d’oncologie) comme cela est le cas pour les antinéoplasiques. Enfin, il est important de rappeler qu’il n’existe pas d’étiquetage ciblant précisément les risques reliés aux médicaments des groupes 2 et 3 sur les emballages commerciaux et que Santé Canada n’encadre pas actuellement le concept de médicament dangereux. Un étiquetage clair, cohérent et uniformisé des médicaments sur le marché canadien est souhaitable pour faciliter la détermination du risque.

Pour terminer, dans les divers établissements de santé, plusieurs produits étaient utilisés pour le nettoyage et la décontamination des surfaces et des locaux servant à la préparation et à l’administration des médicaments dangereux. De même, l’enquête notait une variabilité dans l’utilisation du matériel jetable ou réutilisable ainsi que dans la fréquence de l’entretien. Des recommandations claires relativement à l’entretien des surfaces où sont manipulés les médicaments dangereux sont nécessaires.

Limites

L’enquête a ciblé 30 établissements de santé comportant différentes installations. De plus, d’une installation à l’autre au sein d’un même établissement, les pratiques ne sont pas encore uniformes. Puis, des répondants n’ont fourni de réponses que pour certaines installations, en ciblant souvent celles qui sont les plus actives en oncologie. En conséquence, il est possible que la situation diffère dans les installations non représentées. Bien que l’équipe de recherche ait incité les chefs des départements de pharmacie à discuter du sondage avec la Direction des soins infirmiers de même qu’avec le service d’hygiène et de salubrité de leur établissement, elle n’a reçu aucune confirmation que de telles discussions avaient bel et bien eu lieu.

 

Tableau 1 - Emplacements où se font les manipulations d’antinéoplasiques
Pratiques N (%)

Livraison des antinéoplasiques (n = 41)

 

  • Directement à la pharmacie d’oncologie
12 (29)
  • Pharmacie centrale puis pharmacie d’oncologie dans le contenant de livraison du grossiste
23 (56)
  • Pharmacie centrale puis pharmacie d’oncologie dans un nouveau contenant
6 (15)

Endroit où sont déposés les médicaments dangereux lorsque le personnel de soutien les distribue dans les salles de traitement ou sur l’unité (n = 41)

 

  • Dans un endroit réservé et délimité
16 (39)
  • Avec les autres médicaments de l’unité ou de la clinique
0 (0)
  • Dans des bacs réservés à cet effet
16 (39)
  • Autre
9 (22)

Emplacement des bacs cytotoxiques dans les cliniques d’oncologie (n = 41)


 

  • Dans l’unité souillée et l’infirmière doit s’y rendre pour déposer son matériel souillé
6 (14,6)
  • Le bac se trouve à moins de 5 mètres de chaque patient
22 (53,7)
  • Dans le cubicule de chaque patient
5 (12,2)
  • Autre
8 (19,5)

Emplacement des bacs cytotoxiques dans les unités (n = 41)


 

  • Dans l’unité souillée et l’infirmière doit s’y rendre pour déposer son matériel souillé
8 (19,5)
  • Le bac se trouve sur un chariot que l’infirmière apporte près de la chambre
4 (9,8)
  • Dans la chambre du patient recevant des antinéoplasiques
13 (31,7)
  • Autre
16 (39,0)

Endroits où les infirmières manipulent ces médicaments (n = 41)


 

  • Au poste des infirmières
3 (7,3)
  • Dans l’unité propre
4 (9,8)
  • Auprès du patient sans endroit réservé à cet effet
16 (39,0)
  • Auprès du patient avec un endroit réservé à cet effet
13 (31,7)
  • Autre
5 (12,2)

 

Tableau 2 - Équipement de protection personnelle utilisé lors de la manipulation des antinéoplasiques et autres mesures de précaution
Pratiques N (%)

Port des gants — Personnel recevant les contenants de livraison (n = 40)

 

  • 1 paire
3 (7,5)
  • 2 paires
2 (5)
  • Aucune
35 (87,5)

Port des gants — Personnel ouvrant les contenants de livraison (n = 41)

 

  • 1 paire
12 (29,3)
  • 2 paires
27 (65,9)
  • Aucune
2 (4,8)

Retrait de l’emballage externe avant l’entreposage à la pharmacie (n = 41)

38 (92,7)

Lavage des fioles après leur réception à la pharmacie (n = 41)

37 (90,2)

Utilisation du masque à cartouche pour le grand nettoyage hebdomadaire de la hotte (n = 41)

37 (90,2)

Nettoyage des masques à cartouche (n = 40)

34 (85)

Méthode d’amorçage – plusieurs réponses possibles et proportion moyenne des préparations (n = 45)

 

  • La pharmacie fixe les tubulures mais ne fait pas le vide.
4 (8,9)
(moyenne 85 %)
  • La pharmacie fixe les tubulures et fait le vide.
29 (64,4)
(moyenne 88 %)
  • Les infirmières fixent la tubulure et font le vide d’air avec le soluté primaire.
12 (26,7)
(moyenne 61 %)

Utilisation d’un connecteur sans aiguille pour la connexion des tubulures (n = 41)

23 (56,1)

Utilisation d’un circuit fermé (n = 41)


 

  • Aucune utilisation
25 (61)
  • Uniquement à la pharmacie
7 (17)
  • Uniquement sur les unités de soins/cliniques externes
0 (0)
  • À la pharmacie et dans les unités de soins/cliniques externes
9 (22)

Protection faciale utilisée par le personnel infirmier (n = 41)


 

  • Masque chirurgical avec visière en tout temps
2 (4,9)
  • Masque chirurgical avec visière lorsqu’il y a risque d’éclaboussure
14 (34,1)
  • Masque chirurgical uniquement
7 (17,1)
  • Masque de type N-95
4 (9,8)
  • Aucune protection faciale
6 (14,6)
  • Autre
8 (19,5)

 

Tableau 3 Mesures de précaution applicables par groupe de médicaments dangereux
Pratiques (n = 14) Groupe
1
N (%)
Groupe
2
N (%)
Groupe
3
N (%)
Mesure non implantée
N (%)

Ségrégation des stocks dans une pièce distincte

10 (71)

3 (21)

1 (7)

4 (29)

Ségrégation des stocks dans une zone distincte dans une même pièce

9 (64)

10 (71)

5 (36)

2 (14)

Affichage spécifique dans la zone ou sur la tablette pour indiquer qu’il s’agit de médicaments dangereux

12 (86)

8 (57)

7 (50)

0 (0)

Utilisation de l’ensacheuse pour l’emballage de formes orales solides

0 (0)

5 (36)

8 (57)

5 (36)

Préparations magistrales stériles effectuées dans une hotte pour médicaments dangereux

14 (100)

5 (36)

1 (7)

0 (0)

Préparations magistrales non stériles faites dans une hotte chimique ou une hotte pour médicaments dangereux

10 (71)

4 (29)

2 (14)

4 (29)

Blouse requise pour le reconditionnement.

14 (100)

8 (57)

3 (21)

0 (0)

Utilisation d’un contenant réservé pour les déchets contaminés avec ces médicaments

13 (93)

7 (50)

4 (29)

1 (7)

Disposition des excrétas (p. ex. culottes d’incontinence) de patients recevant ces médicaments jetés dans un contenant particulier

8 (57)

2 (14)

2 (14)

6 (43)

Port de gants pour la préparation stérile

 

 

 

 

  • 1 paire
1 (7) 7 (50) 6 (43) 4 (29)
  • 2 paires
11 (79) 5 (4) 2 (14) 2 (14)
  • Aucune
0 (0) 1 (7) 2 (14) 11 (79)
  • Gants de chimiothérapie
11 (79) 6 (43) 3 (21) 3 (21)
  • Gants réguliers
2 (14) 3 (21) 4 (29) 9 (64)

Port de gants pour le reconditionnement


 

 


 


 

  • 1 paire
4 (29) 7 (50) 8 (57) 3 (21)
  • 2 paires
8 (57) 4 (29) 1(7) 5 (36)
  • Aucune
0 (0) 1(7) 0 (0) 9 (64)
  • Gants de chimiothérapie
12 (86) 6 (43) 3 (21) 1 (7)
  • Gants réguliers
0 (0) 4 (29) 5 (36) 7 (50)

Port de gants pour l’administration

 

 

 

 

  • 1 paire
9 (64) 10 9 (64) 1 (7)
  • 2 paires
4 (29) 1 (7) 0 (0) 5 (36)
  • Aucune
0 (0) 2 (14) 1 (7) 9 (64)
  • Gants de chimiothérapie
12 (86) 5 (36) 5 (36) 1 (7)
  • Gants réguliers
0 (0) 4 (29) 5 (36) 6 (43)

Écrasement des comprimés dans les étages

 

 

 


 

  • Oui
4 (29) 10 (71) 11 (79) 1 (7)
  • Surface dédiée
5 (36) 5 (36) 4 (29) 6 (43)
  • Port du masque
1 (7) 4 (29) 4 (29) 8 (57)

Conclusion

Une décennie s’est écoulée depuis la publication de la première édition du Guide de prévention – Manipulation sécuritaire des médicaments dangereux. Suivant sa publication, de nombreuses améliorations des pratiques reliées à la manipulation des médicaments dangereux ont été apportées dans les établissements, néanmoins certaines recommandations n’ont pas encore été mises en place. De tels changements de pratique requièrent une plus longue période d’adaptation pour un réseau qui implique différents groupes d’intervenants comportant chacun leur propre réseau de communication et d’influence. Le taux de participation élevé à cette enquête montre toutefois l’intérêt que portent les pharmaciens et les autres intervenants du réseau de la santé à limiter les risques d’exposition aux médicaments dangereux en milieu de travail.

L’enquête présentée dans cet article a confirmé les enjeux auxquels doivent faire face les membres du groupe de travail de l’ASSTSAS mettant à jour le guide dont il est question ici. En conséquence, ce guide devrait contenir des recommandations spécifiques selon les emplacements où sont utilisés les médicaments dangereux, préciser ces recommandations en tenant compte des trois groupes de médicaments mentionnés précédemment et proposer des façons de faire plus explicites concernant l’entretien des surfaces potentiellement contaminées.

Remerciements

Les auteurs souhaitent exprimer leur gratitude envers les membres du groupe de travail sur les médicaments dangereux de l’ASSTSAS pour leurs commentaires lors de l’élaboration du questionnaire ainsi qu’envers tous les répondants de l’enquête pour leur engagement à assurer la protection des travailleurs de la santé.

Toxiquiz

Les médicaments dangereux sont classés en différents groupes par le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), soit :

A. Groupe 1 : médicaments cancérogènes, groupe 2 : médicaments génotoxiques, groupe 3 : médicaments toxiques pour un organe.

B. Groupe 1 : antinéoplasiques, groupe 2 : médicaments non dangereux.

C. Groupe 1 : antinéoplasiques, groupe 2 : médicaments non antinéoplasiques, groupe 3 : médicaments non antinéoplasiques présentant des risques pour la reproduction.

D. Groupe 1 : médicaments présentant un risque pour la reproduction, groupe 2 : médicaments génotoxiques, groupe 3 : médicaments tératogènes.

*Vous voulez connaître la réponse? Voir la section Réponses dans le bulletin en version PDF.

Pour toute correspondance

Jean-François Bussières
Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine
3175, chemin de la Côte-Sainte-Catherine
Montréal (Québec)  H3T 1C5
Courriel : jf.bussieres@ssss.gouv.qc.ca

Références

  1. American Society of Hospital Pharmacists. ASHP technical assistance bulletin on handling cytotoxic and hazardous drugs. Am J Hosp Pharm 1990;47:1033–1049
  2. National Institute for occupational safety and health [2016]. NIOSH list of antineoplastic and other hazardous drugs in healthcare settings, 2016. By Connor TH, MacKenzie BA, DeBord DG, Trout DB, O’Callaghan JP. Cincinnati, OH: U.S. Department of Health and Human Services, Centers for Disease Control and Prevention, National Institute for Occupational Safety and Health, DHHS (NIOSH) Publication Number 2016-161 (Supersedes 2014-138). https://www.cdc.gov/niosh/docs/2016-161/pdfs/2016-161.pdf?id=10.26616/NIOSHPUB2016161
  3. National Institute for occupational safety and health. NIOSH Alert – preventing occupational exposures to antineoplastic and other hazardous drugs in health care settings. 2004. [en ligne] https://www.cdc.gov/niosh/docs/2004-165/pdfs/2004-165.pdf (site visité le 30 octobre).
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Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801