Les produits d’autosoins ou dopants chez les sportifs

Volume 33, Numéro 1

  • Maude St-Onge
    M.D., Ph. D., FRCPC, Directrice médicale du Centre antipoison du Québec, Clinicienne chercheuse, Université Laval, CHU de Québec
  • Yves G. Jalbert
    Ph. D., Association pour la santé publique du Québec

Dernière modification: 

15 février 2018

Résumé

Le présent article a pour but de sensibiliser les lecteurs aux éléments inconnus entourant l’utilisation des produits d’autosoins ou dopants chez les athlètes amateurs et professionnels. Tout d’abord, bien qu’il soit impossible d’énumérer tous les risques associés aux produits d’autosoins ou dopants, car ils sont trop nombreux, ici sont détaillés plusieurs exemples de toxicité aiguë, subaiguë et chronique. Ensuite, les recommandations de l’Association pour la santé publique du Québec, visant à prévenir les risques associés à la consommation des produits d’autosoins ou dopants, sont présentées. Parmi ces recommandations figurent notamment les suivantes : emploi d’un niveau de langue intelligible par les sites Internet officiels et les outils de transfert des connaissances, resserrement des exigences à l’égard des fournisseurs et transmission à la population de renseignements relatifs aux possibles risques associés à l’utilisation de produits d’autosoins ou dopants.

Introduction

Les herbes et les suppléments nutritionnels sont utilisés fréquemment par les athlètes amateurs et professionnels [1]. Ces derniers peuvent avoir recours à ces produits pour améliorer leur performance, leur endurance, leur force ou leur apparence physique [1], quoique les bénéfices et les effets néfastes de ces substances ne soient pas bien documentés. De fait, la croyance dominante selon laquelle les herbes et les suppléments naturels sont sans danger est erronée [2].

Le présent article vise donc à sensibiliser les lecteurs aux éléments inconnus au regard de l’utilisation de tels produits. Il donne des exemples de toxicité aiguë, de toxicité subaiguë et de toxicité chronique observées chez des athlètes consommant des herbes et des suppléments, puis aborde certaines recommandations de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) en ce qui a trait à l’usage des produits d’autosoins ou dopants.

Exemples de toxicité des produits d’autosoins ou dopants utilisés par les sportifs

Toxicité aiguë

Il est impossible d’énumérer tous les risques associés aux produits d’autosoins ou dopants, car ils sont trop nombreux. De plus, ces risques dépendent non seulement des ingrédients que contient un produit, mais aussi de la combinaison de différents produits (prescrits ou non) et des comorbidités d’une personne.

Des sportifs ont recours aux stéroïdes anabolisants. Après des injections intramusculaires de ces produits, des cas de nécrose musculaire ainsi que de rupture tendineuse ont toutefois été rapportés et documentés [3]. Par ailleurs, il faut noter que plusieurs cas de syndrome compartimental et d’hépatite ont été observés chez des patients prenant des mélanges de créatine, d’acides aminés et d’éphédrine [4].

La consommation de caféine est aussi très prisée dans plusieurs disciplines sportives. L’abus de caféine ou d’autres méthylxantines peut causer des nausées, des vomissements, de l’agitation, de l’anxiété, de l’irritabilité, une rhabdomyolyse, de l’hypotension, des troubles du rythme cardiaque, des convulsions, de l’hyperthermie et même un arrêt cardiaque [5]. De plus, des cas d’hépatite ont été notés après l’usage d’extraits de thé vert, pouvant mener, dans certains cas, à une transplantation ou à la mort [6].

Les stimulants étant en vogue, la prise d’amphétamines, de ses dérivés ou d’herbes psychostimulantes (ma-huang, khat, guarana, etc.) constitue malheureusement un problème réel. Les personnes qui en consomment peuvent présenter plusieurs complications, c’est-à-dire de l’agitation, une rhabdomyolyse, de l’hypertension, des troubles du rythme cardiaque, des convulsions et de l’hyperthermie [7].

Toxicité subaiguë et chronique documentée

La prise subaiguë ou chronique de doses suprathérapeutiques de divers suppléments comme le zinc, la niacine ou les vitamines cause fréquemment des symptômes gastro-intestinaux tels que des nausées et des diarrhées [1]. Plusieurs cas d’hépatite ont aussi été rapportés [8]. En fait, des substances employées pour développer la musculation en culturisme ou pour favoriser la perte de poids engendraient presque la moitié des cas d’atteinte hépatique suivant la consommation d’herbes ou de suppléments aux États-Unis [8]. Ces produits sont d’ailleurs souvent des mélanges de substances et peuvent contenir de potentiels contaminants, par exemple des inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5, des stéroïdes, des inhibiteurs de l’aromatase, des antidépresseurs et de la sibutramine [9]. L’utilisation chronique des stéroïdes anabolisants a quant à elle été associée à de la gynécomastie, de l’atrophie testiculaire, de l’infertilité chez les hommes, des irrégularités menstruelles chez les femmes, de l’acné, de l’hypercholestérolémie, des cardiopathies, des problèmes hépatiques de même qu’à des symptômes dépressifs, de l’anxiété et de l’agressivité [3]. Des phénomènes thromboemboliques ont également été observés suivant la prise de stéroïdes [10, 11].

Prévention

Selon le mémoire de l’Association pour la santé publique du Québec – ASPQ [12] déposé dans le cadre d’un processus de consultation de Santé Canada, il y aurait plus de 100 000 produits de santé naturels et 5 000 médicaments sans ordonnance homologués par Santé Canada, malgré le fait que les aspects relatifs à leur sécurité et surtout à leur efficacité demeurent inconnus. Certains produits contenant notamment de la caféine ou d’autres méthylxanthines, des protéines, des acides aminés ou de la tyramine peuvent ainsi être facilement obtenus par les sportifs. Cependant, la plupart des Canadiens estiment ne pas être bien informés des risques et des bénéfices lorsqu’ils achètent des produits de santé naturels, et la moitié d’entre eux éprouve des difficultés à lire l’emballage des produits. L’ASPQ recommande donc que les sites Internet gouvernementaux et les outils de transfert des connaissances emploient un niveau de langue intelligible pour la majorité de la population.

Dans le même mémoire, l’ASPQ souligne que Santé Canada devrait exiger de tous les fournisseurs une description détaillée des produits accompagnée des études scientifiques valables et non faussées soutenant l’efficacité et l’innocuité de leurs produits. L’ASPQ soutient également qu’il faudrait interdire au fabricant de se servir de l’homologation comme étant un gage de sécurité ou d’efficacité de son produit. Enfin, elle précise que Santé Canada devrait retirer du marché canadien tous les produits d’autosoins ou dopants dont l’innocuité et l’efficacité ne sont pas reconnues scientifiquement. Pour ce faire, il faudrait que cet organisme maintienne le système actuel de surveillance tout en resserrant le processus d’examen et d’approbation des homologations.

La transmission d’informations à ce propos à la population doit également être considérée. Plus d’un Canadien sur deux croit notamment que Santé Canada examine les produits, analyse leur contenu et approuve toutes les étiquettes sur les emballages [12]. La population devrait donc être renseignée par les autorités de la situation actuelle entourant l’homologation et la vente de produits d’autosoins ou dopants. Néanmoins, le recours à des acteurs clés dans le transfert des connaissances doit être maximisé. Une étude révélait d’ailleurs que, en ce qui concerne l’utilisation des suppléments, 65 % des athlètes étaient influencés par leur entraîneur, 30 % par leur nutritionniste et seulement 25 % par leur médecin [13]. L’amélioration des connaissances relatives aux herbes et aux suppléments était d’ailleurs liée à une consommation moindre de ce type de produit [13].

Conclusion

En résumé, bien qu’il subsiste encore beaucoup d’éléments inconnus à propos des produits d’autosoins ou dopants utilisés par les sportifs, plusieurs cas de toxicité ont déjà été rapportés dans la littérature. Comme le recommande l’ASPQ dans son mémoire remis à Santé Canada, un processus plus serré d’homologation, de surveillance et de transfert des connaissances de même qu’une réglementation plus coercitive pourraient en partie résoudre le problème de sécurité lié à l’utilisation de tels produits. Il n’en demeure pas moins que les consommateurs devront être mieux informés, éviter les achats par Internet de produits non homologués ainsi que rester à l’affût afin de faire des choix de santé sains et durables.

Toxiquiz

Lequel des énoncés suivants ne constitue pas une recommandation de l’ASPQ.

A.  Un processus serré de surveillance doit être instauré.

B.  Il est préférable de se procurer les produits d’autosoins ou dopants par Internet.

C.  Une réglementation coercitive pourrait en partie résoudre le problème.

D.  De meilleurs outils de transfert des connaissances devraient être élaborés.

*Vous voulez connaître la réponse? Voir la section Réponses dans le bulletin en version PDF.

Pour toute correspondance

Maude St-Onge
Centre antipoison du Québec
Pavillon Jeffery-Hale, 4e étage
1270, chemin Sainte-Foy
Québec (Québec)  G1S 2M4
Courriel : maude.st-onge.ciusssscn@ssss.gouv.qc.ca

Références

  1. Guardia LD, Cavallaro M, Cena H. The risks of self-made diets: the case of an amateur bodybuilder. J Int Soc Sports Nutr 2015; 12:16.
  2. Seeff LB, Bonkovsky HL, Navarro VJ, Wang G. Herbal products and the liver: a review of adverse effects and mecanisms. Gastroenterology. 2015; 148(3):517-32.e3.
  3. Al-Ismail K, Torreggiani WC, Munk PL, Nicolaou S. Gluteal mass in a bodybuilder: radiological depiction of a complication of anabolic steroid use. Eur Radiol. 2002; 12(6):1366-9.
  4. Sandhu RS, Como JJ, Scalea TS, Betts JM. Renal failure and exercise-induced rhabdomyolysis in patients taking performance-enhancing compounds. J Trauma. 2002;53(4):761-4.
  5. FitzSimmons CR, Kidner N. Caffeine toxicity in a bodybuilder. J Accid Emerg Med 1998; 15(3):196-7.
  6. García-Cortés M, Robles-Diaz M, Orgeta-Alonso A, Medina-Caliz I, Andrale RJ. Hepatotoxicity by dietary supplements: a tabular listing and clinical characteristics. Int J Mol Sci. 2016;17(4):537.
  7. Angoorani H, Narenjiha H, Tayyebi B, Ghassabian A, Ahmadi G, Assari S. Amphetamine use and its associated factors in body builders: a study from Tehran, Iran. Arch Med Sci. 2012;8(2):362-7.
  8. Navarro VJ, Khan I, Björnsson E, Seeff LB, Serrano J, Hoofnagle JH. Liver Injury From Herbal and Dietary Supplements. Hepatology. 2017;65(1): 363-73.
  9. U.S. Food and Drug Administration [En ligne]. Silver Spring (Maryland) : U.S. Food and Drug Administration; c2017. Tainted supplements CDER [modifié le 30 mars 2017; cité le 6 fév 2017]. Disponible : http://www.accessdata.fda.gov/scripts/sda/sdNavigation.cfm?sd=tainted_supplements_cder&displayAll=false&page=6
  10. Colburn S, Childers WK, Chacon A, Swailes A, Ahmed FM, Sahi R. The cost of seeking an edge: recurrent renal infarction in setting of recreational use of anabolic steroids. Ann Med Surg (Lond). 2017;14:25-8.
  11. Frati P, Busardo FP, Cipolloni L, De Dominicis E, Fineschi V. Anabolic androgenic steroid (AAS) related deaths: autoptic, histopathological and toxicological findings. Curr Neuropharmacol. 2015;13(1):146-59.
  12. Jalbert YG. Science, réglementation stricte et transparence au service des consommateurs de PSN-PA. Mémoire de l’ASPQ déposé dans le cadre de la consultation des Canadiens sur la réglementation des produits d’autosoins au Canada. Montréal (QC) : Association pour la santé publique du Québec; 2016. [cité le 6 fév 2017]. Disponible : http://www.aspq.org/uploads/pdf/580e6524dfab6vf_miseenpage-consultation-sante-canada-produits-d-autosoins1.pdf
  13. Karimian J, Shkarchizadeh E. Supplement consumption in body builder athletes. J Res Med Sci. 2011;16(10):1347-53.

St-Onge M, Jalbert YG. Les produits d’autosoins ou dopants chez les sportifsBulletin d’information toxicologique 2017;33(1):24-26. [En ligne] https://www.inspq.qc.ca/toxicologie-clinique/les-produits-d-autosoins-ou...

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ISSN : 1927-0801