La berce du caucase

Volume 26, Numéro 2

  • Pierre-Yves Tremblay
    M. Sc., Pharmacologue, Institut national de santé publique du Québec
  • Lyse Lefebvre
    B. Pharm., Pharmacienne, Institut national de santé publique du Québec

Dernière modification: 

20 février 2018

Révision scientifique:
René Blais, MD, F.R.C.P.C., ABMT
, Directeur médical, Centre antipoison du Québec
Pierre-André Dubé, M. Sc., Pharmacien, Institut national de santé publique du Québec

Introduction

La berce du Caucase est une plante envahissante à haut potentiel de morbidité. Elle a été introduite sur le continent américain pour des raisons horticoles et a été répertoriée pour la première fois au Québec en 1990. Depuis quelques années, les cas d’intoxication par cette plante au Québec ne font qu’augmenter. Diverses affections cutanées sont causées par cette plante, plus particulièrement les photodermatites(1).

Description

La berce du Caucase, ou Heracleum mantegazzianum (photos 1-3, voir version pdf), est généralement retrouvée le long des berges des cours d’eau, des fossés, des chemins de fer et des routes, mais également dans les prés et les terrains vagues. Il s’agit d’une plante herbacée de la famille des Apiaceae pouvant atteindre jusqu’à 5 m de hauteur. Ses feuilles sont profondément découpées, légèrement dentées et mesurent entre 50 et 150 cm de diamètre. Ses fleurs sont blanches, regroupées en ombelles et atteignent en moyenne entre 20 et 50 cm. Sa sève est liquide, incolore, inodore et elle est présente sur l’ensemble de la plante(2,3).

Toxicité

Selon Langley, le contact avec la plante intacte n’est pas dommageable(4). C’est l’exposition à la sève claire et aqueuse provenant des fruits, des feuilles ou des tiges cassées qui induit une réaction. En effet, la sève contient des furocoumarines (psoralènes) qui rendent la peau sensible à la lumière naturelle et à la lumière artificielle (photosensibilisation). Le contact de la peau humide avec la sève, suivi par l’exposition à la lumière, entraîne, sur les parties exposées dans les 48 h, l’apparition de rougeurs puis de phlyctènes qui peuvent, dans de rares cas, évoluer vers une brûlure de pleine épaisseur. Les photodermatites causées par la berce du Caucase ont été fréquemment rapportées dans la littérature(1,4-8). Les cas surviennent principalement au printemps et à l’été, probablement en raison de l’augmentation de la concentration des furocoumarines (psoralène, 8-méthoxypsoralène, 5-méthoxypsoralène, 4,5,8-triméthoxypsoralène) dans la sève de la plante et de la puissance plus élevée des rayons ultraviolets à cette période de l’année.

Les symptômes apparaissent à la suite d’activités extérieures telles que randonnées, jardinage ou même par contact avec un animal exposé à la sève de la plante. Les chiens sont souvent impliqués dans ce type de transmission parce que la sève adhère à leur pelage et se transfère ensuite à l’humain par contact direct. Lorsqu’activées, les furocoumarines réagissent avec l’ADN cellulaire pour causer, dans un premier temps, la photodermatite proprement dite (photos 4 et 5, voir version pdf), et par la suite une photosensibilité qui pourra durer plusieurs mois. Il peut également y avoir présence de fièvre dans les cas sévères. L’intensité de la réaction phototoxique dépend de plusieurs facteurs(7) :

  • Concentration en furocoumarines :
    • La concentration est maximale dans le fruit, intermédiaire dans les feuilles et plus faible dans les tiges.
  • La concentration dans les feuilles peut aussi varier en fonction de la saison et de l’endroit où croît la plante.
  • Humidité :
    • Un haut niveau d’humidité peut favoriser l’absorption percutanée des psoralènes
  • Intensité et durée d’exposition :
    • L’intensité et la durée de l’exposition aux rayons ultraviolets de longueur d’onde de plus de 320 nm (principalement exposition au soleil) affectent la gravité de la réaction.

Diagnostic différentiel

La photodermatite peut facilement être confondue avec d’autres affections dermatologiques telles que dermatite allergique, purpura, impétigo, herpès, infections fongiques et même maltraitance d’enfants(9). En raison de sa progression rapide, la photodermatite à la berce du Caucase peut même être confondue avec une infection à staphylocoque résistant à la méthicilline (SARM) ou avec une fasciite nécrosante(4).

Traitement

Le traitement des photodermatites en est un de support et s’apparente au traitement des brûlures en général (tableau 1, voir version pdf). Les objectifs du traitement sont d’optimiser les résultats cosmétiques et de minimiser la morbidité fonctionnelle des brûlures tout en assurant un soulagement efficace de la douleur.

Conclusion

Les photodermatites par exposition à la berce du Caucase sont fréquentes pendant l’été. Cette plante indésirable croît dans de nombreuses régions du Québec et plusieurs cas d’exposition ont été rapportés aux services Info-Santé et aux autorités de santé publique au cours des dernières années. Il importe que les professionnels de la santé connaissent le potentiel phototoxique de cette plante. Le public devrait apprendre à identifier la berce du Caucase et connaître les mesures à prendre en cas de contact accidentel avec cette plante.

Références

  1. Camm E, Buck HW, Mitchell JC. Phytophotodermatitis from Heracleum mantegazzianum. Contact Dermatitis 1976 Apr;2(2):68-72. 
  2. Page N, Wall R, Darbyshire S, Mulligan G. The biology of invasive alien plants in Canada. 4.Heracleum Mantegazzianum Sommier & Levier. Can J Plant Sci 2006;(86):569-89. 
  3. Pereg D. La berce du Caucase : Un envahisseur toxique. Québec: Direction régionale de santé publique, Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale; 2010 Sep. 
  4. Langley DM, Criddle LM. A 43-year-old woman with painful, vesicular lesions from giant hogweed photodermatitis. J Emerg Nurs 2006 Jun;32(3):246-8. 
  5. Drever JC, Hunter JA. Giant hogweed dermatitis. Scott Med J 1970 Sep;15(9):315-9.
  6. Jones JG, Russell DG. Giant hogweed dermatitis. Practitioner 1968 May;200(199):704-6. 
  7. Lagey K, Duinslaeger L, Vanderkelen A. Burns induced by plants. Burns 1995 Nov;21(7):542-3. 
  8. Smellie JH. Giant hogweed. Br Med J 1968 Jul 13;3(5610):123. 
  9. Nice G, Johnson B, Bauman T. The infamous giant hogweed. Purdue Extension Weed Science 2004 October 25; [En ligne] http://www.btny.purdue.edu/weedScience/2004/articles/gianthogweed04.pdf (consulté le 2010-04-29). 
  10. Guenther L. Skin disorders: Sunburn. ETherapeutics online 2009 April; [En ligne] http://www.e-therapeutics.ca (consulté le 2010-04-29).
  11. Kienzler JL, Magnette J, Queille-Roussel C, Sanchez-Ponton A, Ortonne JP. Diclofenac-Na gel is effective in reducing the pain and inflammation associated with exposure to ultraviolet light - results of two clinical studies. Skin Pharmacol Physiol 2005 May;18(3):144-52. 
  12. Rodriguez-Burford C, Tu JH, Mercurio M, Carey D, Han R, Gordon G, Niwas S, Bell W, Elmets CA, Grizzle W, Pentland AP. Selective cyclooxygenase-2 inhibition produces heterogeneous erythema response to ultraviolet irradiation. J Invest Dermatol 2005 Dec;125(6):1317-20. 
  13. Warren D. Skin disorders: Burns. ETherapeutics online 2008 November; [En ligne] http://www.e-therapeutics.ca (consulté le 2010-04-29).

Tremblay PY, Lefebvre L. La berce du caucase. Bulletin d’information toxicologique 2010;26(2):13-16. [En ligne] https://www.inspq.qc.ca/toxicologie-clinique/la-berce-du-caucase

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ISSN : 1927-0801