Changements climatiques et vulnérabilités à la chaleur des travailleuses et travailleurs canadiens – regard sur les provinces du centre et de l’ouest du Canada

Cette étude porte sur la relation entre la température estivale et la santé des travailleurs et travailleuses de cinq provinces canadiennes. Elle a permis de générer des connaissances inédites pouvant orienter les décideurs et les parties prenantes de la prévention. S’appuyant sur les données d’indemnisation des lésions professionnelles du Québec, de l’Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta, ainsi que sur des données météorologiques, il a été montré que :

  • Chaque 1 °C d’augmentation de la température maximale quotidienne en été de la période 2001-2016 est accompagné d’une augmentation entre 28 et 51 % du nombre journalier de réclamations pour des problèmes de santé liés à la chaleur (ex. : œdème, syncope, épuisement, insolation/coup de chaleur), selon la province et l’indicateur d’exposition thermique utilisé. Appliquée à la province de Québec, une augmentation de 34 % (modèle utilisant l’indicateur Tmax) représente sept réclamations additionnelles acceptées par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail, pour des problèmes de santé liés à la chaleur durant les cinq mois chauds de chaque année de la période 2001-2016;
  • Pour les problèmes de santé liés à la chaleur de cette étude, aucun écart n’est soulevé selon le sexe et l’âge. Pour le Québec et l’Alberta, où l’information sur les industries a pu être analysée, aucun écart n’est soulevé selon le travail dans une industrie dont les activités se déroulent principalement à l’extérieur ou à l’intérieur;
  • Pour les blessures traumatiques (ex. : fracture, coupure, brûlure), chaque 1 °C supplémentaire de la température d’un jour en été s’accompagne d’une augmentation du nombre journalier de réclamations pour des blessures se situant entre 0,2 et 0,6 % sur cette période; quoique cette augmentation puisse paraître faible, elle revêt une importance du fait qu’elle concerne un grand nombre d’individus. Appliquée au Québec, une augmentation de 0,2 % représente environ 64 réclamations additionnelles acceptées pour des blessures durant les cinq mois chauds de chaque année de la période 2001-2016;
  • Le risque de blessure traumatique par 1 °C supplémentaire par jour est plus élevé chez les hommes, la main-d’œuvre plus jeune (15-24 ans) et pour les personnes œuvrant dans les industries dont les activités se déroulent principalement à l’extérieur. Cette dernière donnée concernant le risque par industrie est spécifique au Québec et à l’Alberta, seules provinces où l’information sur l’industrie a été analysée.

Cette étude présente, pour la première fois, des projections chez les travailleurs et travailleuses, du nombre quotidien de problèmes de santé liés à la chaleur (ex. : œdème, syncope, épuisement, insolation/coup de chaleur) qui pourraient être acceptés à l’horizon 2050, compte tenu du réchauffement climatique projeté :

  • Des hausses préoccupantes du nombre quotidien de ces problèmes de santé sont estimées, se situant entre 73 et 113 % sous un scénario optimiste d’émission de gaz à effet de serre (RCP4.5) et entre 110 et 165 % sous un scénario pessimiste (RCP8.5), selon la province et l’indicateur d’exposition thermique;
  • Appliqué au Québec, le nombre de problèmes de santé liés à la chaleur par année durant la période estivale passerait de 21 au temps de référence à 39 à l’horizon 2050 sous un scénario optimiste et à 47 sous un scénario pessimiste (modèles Tmax).

Nos résultats soulignent le besoin de poursuivre et même d’accentuer les efforts de prévention auprès des travailleurs et travailleuses et d’adaptation des milieux de travail.

  • Les résultats relatifs aux projections revêtent une grande importance en matière de prévention puisqu’ils permettraient une sensibilisation plus ciblée et la mobilisation des législateurs, de la communauté de chercheurs et des principaux acteurs de la prévention.
  • Les projections étant basées sur les programmes et stratégies actuelles de prévention et ces problèmes de santé étant souvent évitables, les gains découlant d’actions concertées seraient sans doute importants.
Auteur(-trice)s
Céline Campagna
chercheure d’établissement, Institut national de santé publique du Québec
Audrey Smargiassi
Institut national de santé publique du Québec, Direction de santé publique de Montréal et Centre de recherche Léa-Roback
ISBN (électronique)
978-2-550-89712-5
Notice Santécom
Date de publication