Bilan épidémiologique de la pandémie d'influenza A(H1N1) : province de Québec - 2009

La première pandémie du 21e siècle s'est produite au cours de l'année 2009. L'introduction du nouveau virus A(H1N1) pandémique s'est faite à une période inhabituelle de l'année (en avril 2009) et à partir de voyageurs porteurs du virus et en contact avec des Québécois à leur retour du Mexique. Au total, entre le 16 avril 2009 et le 11 mai 2010, 13 566 cas auront été confirmés dont 46 hors Québec, 3 064 cas auront été hospitalisés dont 466 aux soins intensifs et 109 cas sont décédés.

Le présent document propose le portrait épidémiologique de cet épisode pandémique tel qu'il s'est produit au Québec entre avril et décembre 2009. Le Groupe provincial de surveillance et de vigie de l'influenza a statué sur la durée des deux vagues pandémiques qui ont déferlé sur le Québec au cours de l'année 2009. Il a défini la première vague comme ayant eu lieu entre le 3 mai et le 1er août 2009 (semaines CDC 18-30), et la deuxième vague entre le 4 octobre et le 19 décembre 2009 (semaines CDC 40-50). Aux fins de ce bilan, l'analyse de ces périodes a été privilégiée en plus de considérer l'ensemble des semaines 18 à 50, soit entre le 3 mai et le 19 décembre 2009 (annexe 1).

Le milieu scolaire a servi de lieu d'amplification du virus chez les jeunes entre 5-17 ans. Dans la première partie des 2 vagues, les 5-17 ans ont en effet été le groupe d'âge déterminant dans la dissémination du virus.

La première vague s'est produite à la fin de la saison 2008-2009 et la deuxième vague au tout début de la saison 2009-2010 (semaines CDC 40-50). L'activité grippale a été presque nulle entre janvier et mai 2010.

Le virus influenza circulant a été presqu'exclusivement le A(H1N1) pandémique, que ce soit au cours de la première ou de la deuxième vague ou du reste de la saison 2009-2010.

Les cas confirmés

Entre le 3 mai et le 1er août (semaines CDC 18-30), 2 566 cas confirmés ont été enregistrés. Entre le 4 octobre et le 19 décembre (semaines CDC 40-50), 10 809 cas confirmés supplémentaires ont été dénombrés pour un total pendant les 2 vagues pandémiques de 13 375 cas. Entre les semaines CDC 18 et 50 inclusivement, 13 466 cas ont été dénombrés.

Le taux d'attaque (TA) lors de la première vague au Québec a été estimé à 3 % alors qu'il a été estimé entre 16 et 18 % pour la deuxième vague.

Au cours de la première vague, l'incidence de cas confirmés a été de 33,1 cas/100 000 personnes alors que pour la deuxième vague elle était de 139,5 cas/100 000 personnes. La deuxième vague a donc été plus importante que la première. Au total, entre les semaines CDC 18 et 50, l'incidence de cas confirmés a été de 173,7 cas confirmés de grippe A(H1N1)/100 000 personnes.

Les jeunes enfants ont eu des incidences de cas confirmés beaucoup plus importantes que le reste de la population. Il en est de même lors de l'influenza saisonnière. La diminution progressive du nombre de cas positifs à partir de la cinquantaine est cependant spécifique à l'épisode pandémique.

Les régions très urbaines de Montréal, de Laval et de Québec ont été plus fortement touchées à la première vague par rapport aux autres régions. Par contre, elles ont été relativement épargnées par la suite. À l'opposé, les autres régions ont été peu affectées lors de la première vague, ce qui laissait un grand bassin de personnes vulnérables au début de la deuxième vague pour transmettre l'infection. Plusieurs régions périphériques comprenant des villes de taille moyenne (10 000 à 100 000 habitants) ont d'ailleurs présenté des incidences de cas confirmés très élevées au cours de la deuxième vague. Pour l'ensemble de la pandémie, les villes de moins de 10 000 habitants et le monde rural à l'exclusion des régions du nord (Nord-du-Québec, Terres-Cries-de-la-Baie-James et Nunavik) ont affiché les incidences de cas confirmés les plus faibles.

Les cas hospitalisés y compris aux soins intensifs

L'incidence de cas hospitalisés été de 39,3/100 000 personnes entre les semaines CDC 18 à 50, alors que l'incidence de cas hospitalisés aux soins intensifs à été de 6/100 000 personnes.

Ces incidences ne sont pas comparables à travers le monde, car elles sont directement liées aux modes de surveillance instaurés. Les rapports d'incidences cumulatives entre la première et la deuxième vague sont très semblables cependant au Québec et au Canada tant pour les hospitalisations (4,4 au Québec par rapport à 4,32 pour le Canada (excluant le Québec)) que pour les hospitalisations aux soins intensifs (3,5 au Québec par rapport à 3,8 pour le Canada (excluant le Québec)).

Le pourcentage de personnes hospitalisées (y compris ceux hospitalisés aux soins intensifs) parmi les cas confirmés est resté autour de 26 % au cours des deux vagues.

La deuxième vague a été plus importante que la première au niveau des cas hospitalisés. On a observé des incidences de cas hospitalisés quatre fois plus élevées lors de la deuxième vague atteignant 31,9/100 000 par rapport à 7,2/100 000 personnes lors de la première vague.

Il en est de même pour les cas hospitalisés aux soins intensifs où des incidences trois fois plus élevées lors de la deuxième vague ont été observées, atteignant 4,6/100 000 par rapport à 1,3/100 000 personnes lors de la première vague.

Lors de la première vague, 18,3 % des patients hospitalisés ont eu un séjour aux soins intensifs alors que lors de la deuxième vague cette proportion était légèrement plus faible (14,5 %).

Au total, les patients hospitalisés (y compris ceux admis aux soins intensifs) étaient plus âgés au cours de la deuxième vague par rapport à la première (différence de médianes de 12,5 ans, p < 0,01 entre les deux vagues pour les cas admis aux soins intensifs). Un phénomène identique a été remarqué lorsque chaque vague a été analysée en comparant les semaines du début (~5-6 premières semaines) à celles de la fin de la vague (~6-7 dernières semaines).

Hospitalisation et groupes d'âge

Pour l'ensemble de la période (semaines CDC 18-50), les incidences d'hospitalisations ont été plus élevées chez les nourrissons. Par la suite, l'incidence a diminué rapidement jusqu'à 14-15 ans et plus lentement jusqu'à la mi-trentaine. Une hausse significative des incidences d'hospitalisation a été observée entre 36 et 50 ans (+12,9 % par période de deux années d'âge), suivie d'une lente diminution à partir du début de la cinquantaine.

Les incidences d'hospitalisation ont été particulièrement élevées lors de la deuxième vague chez les moins de 5 ans où elles ont été 6 à 7 fois plus élevées que lors de la première vague et chez les 55 ans et plus où elles sont de 5 à 8 fois plus élevées selon les sous-groupes d'âge.

Pour l'ensemble de la période (semaines CDC 18-50), les incidences d'hospitalisations aux soins intensifs ont aussi été plus élevées chez les nourrissons, diminuant progressivement jusqu'à 16-17 ans et augmentant par la suite jusqu'à 55-60 ans où elles ont été aussi élevées que chez les nourrissons (+7,1 % par période de deux années). À partir de la soixantaine, les incidences ont diminué à mesure de la progression de l'âge.

Bien que l'incidence des cas hospitalisés aux soins intensifs soit toujours restée la plus élevée chez les nourrissons, les incidences chez les plus de 40 ans se sont rapprochées de celles des enfants de 6 mois à 4 ans, pendant la deuxième vague. Celles-ci ont été 5 à 6 fois plus élevées à la deuxième vague qu'à la première et jusqu'à 12 fois plus élevée chez les 75 ans et plus. Les 40 ans et plus ont constitué 69 % des hospitalisations aux soins intensifs à la deuxième vague alors qu'ils n'en constituaient que 48 % lors de la première vague.

De fait, le risque d'hospitalisation aux soins intensifs a été deux fois plus élevé chez les plus de 20 ans par rapport aux plus jeunes. Ce risque était 2 à 3 fois plus élevé lors de la première vague, 6 fois plus élevé à la deuxième vague et près de 5 fois plus élevé pour l'ensemble de la de la période (semaines CDC 18-50).

Hospitalisations selon la zone géographique

Des différences ont été observées au niveau des régions quant aux incidences de cas hospitalisés à l'intérieur de chaque vague et entre les 2 vagues pandémiques.

Pour l'ensemble de la période (semaines CDC 18-50), les incidences de cas hospitalisés étaient plus élevées dans les villes comptant entre 10 000 et 100 000 habitants et les villes de moins de 10 000 habitants (respectivement 61,0 et 46,6 par 100 000) que dans les villes plus densément peuplées (36,1 et 33,2 par 100 000). Il en a été de même pour les incidences de cas hospitalisés aux soins intensifs.

Létalité

Entre les semaines CDC 18 à 50 de 2009, 108 décès ont été dénombrés. Les cas décédés étaient plus jeunes que ceux observés lors de la grippe saisonnière. Pour l'ensemble de la période (semaines CDC 18 à 50), l'âge médian des décès était de 60 ans (0-102 ans). La létalité globale pour la pandémie (semaines CDC 18 à 50, 2009), a été de 3,5 décès pour 100 hospitalisations. La létalité observée au Québec est comparable à celle observée ailleurs dans le monde.

Les groupes à risques

Pour l'ensemble de l'épisode pandémique, le risque d'hospitalisation aux soins intensifs a été près de 5 fois plus élevé pour les individus dans les groupes d'âge des 20-49 ans et des 50 ans et plus.

La présence d'au moins une condition sous-jacente telle que notamment un problème cardiaque, le diabète, un problème rénal, de l'immunosuppression ou un problème pulmonaire chronique explique en grande partie l'excès de risque d'hospitalisation aux soins intensifs tant chez les hommes que chez les femmes, une fois les calculs ajustés pour l'âge. Les cas décédés avaient également au moins une condition sous-jacente dans une proportion de 88 % et de 97 % respectivement au cours des première et deuxième vagues.

Le risque d'hospitalisation semble plus élevé chez les personnes plus défavorisées, surtout sur le plan matériel. Les incidences de cas confirmés sont un peu plus élevées à mesure que le quintile progresse vers la défavorisation et la tendance est plus importante pour les cas hospitalisés.

Au cours de la pandémie, l'incidence de cas hospitalisés chez les femmes enceintes était six fois plus élevée que chez les femmes en âge de procréer.

Les personnes vivant dans une région sociosanitaire à prédominance autochtone, soit la région 17 (Nunavik) ou la région 18 (Terres-Cries-de-la-Baie James), ont été sévèrement touchées par la pandémie par rapport aux autres régions, principalement au cours de la première vague. Pour l'ensemble de la pandémie (semaines CDC 18-50), les incidences de cas hospitalisés et de cas hospitalisés aux soins intensifs étaient respectivement neuf et treize fois plus élevées chez les personnes des régions 17 et 18 que dans les autres régions.

Les incidences de cas hospitalisés ont également été calculées pour les personnes vivant sur une réserve autochtone. Celles-ci présentaient des incidences de cas hospitalisés plus élevées que les personnes d'autres régions pour la première vague (RICA = 2,81 [1,11-7,12]). Par contre, le risque n'était pas statistiquement significatif lorsque calculé pour l'ensemble de l'épisode pandémique (RICA = 1,44 [0,85-2,44]).

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ISBN (électronique): 

978-2-550-60929-2

ISBN (imprimé): 

978-2-550-60928-5

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