La dermatite à rhus

Volume 13, Numéro 3

  • Lyse Lefebvre
    B. Pharm., Pharmacienne, Institut national de santé publique du Québec

Dernière modification: 

20 février 2018

Pourquoi consacrer un article à une pathologie que tout le monde semble connaître? Parce que même si, en général, tous les praticiens savent reconnaître et traiter une personne affectée par cette dermatite, il est important de connaître la toxine responsable de cette affection, la façon dont elle se propage, les moyens d'éviter de contracter la dermatite et d'éradiquer la plante lorsque cela s'avère nécessaire.

Agent responsable de la dermatite à Rhus

La dermatite à Rhus est provoquée par trois plantes qui contiennent une sève vénéneuse. Ces plantes sont l'herbe à la puce (Rhus Radicans L.), le sumac à vernis (Rhus Vernix L.) et le Rhus Diversiloba. L'herbe à la puce est la plus commune des trois et elle provoque l'affection de la peau la plus répandue chez les Canadiens.

L'herbe à la puce croît sur les berges sablonneuses, pierreuses ou rocailleuses, à la lisière des bois et dans les clairières. Elle est abondante dans le Sud de l'Ontario et du Québec. Peu de gens sont susceptibles d'être en contact avec le sumac à vernis qui se développe dans des marécages boisés. Quant au Rhus Diversiloba, on n'en retrouve pas au Québec.

Ces plantes contiennent une sève toxique qui se trouve dans les racines, les tiges, les feuilles et les fruits. Cette sève, le toxicodendrol, est une résine phénolique huileuse qui contient de l'urushiol, un mélange de catéchols et d'antigènes.

Contamination et propagation de la dermatite

L'exposition à l'urushiol se produit par contact avec la sève libérée de la plante abîmée tant par les insectes que par piétinement. Il faut donc être très prudent en présence d'herbe à la puce puisque très peu de plants sont parfaitement intacts.

D'autre part, outre le contact direct avec la plante, il faut savoir que l'urushiol étant un allergène huileux et non volatil, il imprègne facilement les objets. Il est donc possible d'être contaminé par contact avec des objets contaminés tel que des chaussures, vêtements, outils ou même des animaux. Par exemple, un individu a été affecté par une dermatite aux mains pendant plusieurs mois avant de réaliser qu'il s'agissait d'une contamination par l'herbe à la puce provenant des lacets des chaussures qu'il portait quotidiennement. À noter, plusieurs espèces animales non sensibles à l'urushiol peuvent être porteuses de l'antigène sans en être affectées mais l'humain peut être contaminé à leur contact. Des cas ont aussi été rapportés suite à l'inhalation de fumée produite par la combustion de plants d'herbe à la puce.

La persistance de la toxicité de l'urushiol est impressionnante. Par exemple : des feuilles d'herbe à la puce entreposées à la température de la pièce pendant 5 ans n'ont perdu qu'une proportion négligeable de leur potentiel toxique; des branches laissées sur le toit d'un garage pendant 18 mois étaient toujours toxiques; des vêtements contaminés étaient encore toxiques après 1 an; des brindilles conservées dans l'eau pendant 16 mois étaient toujours actives et la sève portée à ébullition pendant 12 heures n'était pas totalement dépourvue d'effets toxiques. Par contre, les grains de pollen de l'herbe à la puce ne contiennent pas d'antigène actif.

Cette persistance peut expliquer qu'une personne se présente à l'urgence avec une dermatite à Rhus sans que l'histoire ne révèle de contact récent avec la plante. En effet, le contact avec des vêtements contaminés remisés pendant plusieurs mois est suffisant pour déclencher la réaction allergique.

D'autre part, la réaction à l'urushiol étant de type allergique, la personne ne réagit jamais lors d'un premier contact mais pourra développer une dermatite à Rhus lors d'une exposition subséquente à la plante ou à un objet contaminé.

Symptômes et traitement de la dermatite à Rhus

L'exposition à l'herbe à la puce se manifeste principalement par une dermatite qui apparaît généralement 24 à 48 heures après le contact mais qui peut se manifester 8 heures à 2 semaines plus tard selon la sensibilité de l'individu, la quantité de sève avec laquelle la personne a été en contact ainsi que les régions de la peau qui sont affectées.

La dermatite se manifeste d'abord par une démangeaison plus ou moins intense et l'apparition d'un érythème. Par la suite, il peut y avoir inflammation et formation de cloques et de vésicules. L'évolution est variable mais si le contact n'est pas répété, l'érythème simple disparaît en quelques jours et les vésicules se dessèchent. Les vésicules et les cloques peuvent se rompre, suinter et se recouvrir de croûtes. Cependant le liquide qui s'écoule ne contaminera habituellement pas d'autres régions de la peau puisqu'il ne contient pas d'antigène, à moins qu'il ne facilite le transport d'urushiol n'ayant pas encore été lié aux protéines et donc actif, vers d'autres parties non affectées.

Par contre, la dermatite peut facilement être propagée par grattage, car l'antigène peut demeurer sous les ongles pendant plusieurs jours si un nettoyage attentif afin d'éliminer l'urushiol n'est pas effectué.

Le traitement vise essentiellement à soulager les symptômes par l'application d'antihistaminiques ou de corticostéroïdes topiques ou même l'administration de corticostéroïdes per os dans les cas sévères.

La guérison dépend de la sévérité de l'intoxication. La plupart des cas guérissent en 7 à 10 jours mais certaines éruptions sévères nécessitent plus de 3 semaines avant la guérison.

Prophylaxie et décontamination

Lors d'exposition à l'herbe à la puce, il est important de nettoyer à fond toute région exposée, à l'eau savonneuse. Le nettoyage sera d'ailleurs plus utile s'il est effectué dans les 5 minutes qui suivent l'exposition.

En effet, les oléorésines responsables de la dermatite à Rhus se lient rapidement à la peau et le lavage d'une zone affectée 10 à 15 minutes après le contact est peu efficace pour éliminer l'antigène.

Bien qu'un nettoyage immédiat soit recommandé, il n'est pas toujours possible. Il est cependant impératif de procéder à un nettoyage en profondeur de toutes les régions affectées dès que possible, même si le délai de 5 à 15 minutes est dépassé. De plus, l'urushiol est une huile peu soluble dans l'eau, c'est pourquoi les vêtements et objets contaminés devront être lavés à l'eau et au savon à plusieurs reprises avant d'être portés ou utilisés à nouveau. Attention, il faut porter des gants lorsqu'on manipule des vêtements ou objets contaminés.

Les bains ou douches à l'eau chaude sont déconseillés. Ils peuvent masquer les symptômes et augmenter les séquelles physiologiques de la vasodilatation, de l'érythème et de l'odème. L'exposition répétée à l'eau chaude peut même augmenter le prurit.

La décontamination de la peau devrait donc se faire à l'eau froide. Par la suite, des douches répétées plusieurs fois par jour pourront procurer une sensation de soulagement et enlever les exsudats accumulés qui constituent un milieu favorable au développement bactérien, diminuant ainsi les risques d'infections secondaires.

Prévention de l'exposition

Le meilleur moyen d'éviter la dermatite à Rhus est d'éviter tout contact avec ces plantes. Il faut donc apprendre à identifier l'herbe à la puce et le sumac à vernis.

L'éradication de la plante nécessite des précautions afin d'éviter d'être contaminé lors de l'opération ou en touchant des vêtements ou objets contaminés.

Certains herbicides ont été utilisés avec plus ou moins de succès. L'arrachage manuel est efficace mais la plante a tendance à réapparaître même lorsqu'on a pris soin d'arracher les racines.

Enfin, la dermatite pouvant être contactée par inhalation de fumée dégagée par la combustion de la plante, il est préférable de disposer des plants arrachés en les plaçant dans des sacs de plastique. Ne brûlez jamais ces plantes. L'inhalation des particules antigéniques peut causer une réaction pulmonaire sévère. Enfin, évitez tout contact avec les vêtements ou objets utilisés lors de l'éradication avant qu'ils n'aient été nettoyés à fond.

Ouvrages consultés

Lampe KF, Fagerström R (1968) Plant Toxicity and Dermatitis, The Williams & Wilkins Company, Baltimore.

Mulligan GA, L'herbe à la puce, le sumac à vernis et le Rhus Diversiloba, Agriculture et Agroalimentaire Publication 1699/F, Ministère des Approvisionnements et Services Canada [Online] (1990). Disponible HTTP: http://res.agr.ca/brd/poisivy/titlef.html> [14 février 1996].

Poisindex® Editorial Staff : Plants-Toxicodendrol (Management/Treatment Protocol) dans Rumack BH, Hess AJ & Gelman CR (Eds): Poisindex® System. Micromedex, Inc., Englewood, Colorado (Edition expires 97/05/31).

Sacoolas J. Poison Oak/Ivy dans The Great Outdoors. Internet WWW page à URL: http://www-scf.usc.edu/~sacoolas/oak-ivy1.html>(version courante le 5 juin 1997).

Wayne State University. OTC Handbook Chapter Poison Ivy, Oak and Sumac Products. Poison Ivy and Poison Oak Products Homepage. Internet WWW page à URL: http://wizard.pharm.wayne.edu/pastudies/poisoniv.html> (version courante le 11 juin 1997)

Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801