Évolution de l'usage de la cigarette chez les Québécois de 15 ans et plus de 1994-1995 à 2003

Ce rapport présente les grandes tendances de l'usage de la cigarette au Québec chez les 15 ans et plus entre 1994-1995 et 2003. Il fait suite à une autre étude qui avait couvert la période 1985 à 1994 (Aubin et al., 1996). Quant au tabagisme chez les jeunes et son évolution, il n'est pas présenté ici puisqu'il fait déjà l'objet d'une surveillance particulière chez les élèves du secondaire depuis 1998 par le biais des enquêtes de Santé Québec.

L’usage de la cigarette durant la période 1994-1995 à 2003 est très bien couvert par différentes enquêtes. En effet, pour les dix années à l’étude nous disposons de dix enquêtes et même onze si on considère que nous avons deux enquêtes qui couvrent l’année 2003.

Pourtant, malgré cette abondance de données, il existe quelques difficultés à décrire avec certitude l’évolution de la prévalence du tabagisme à travers les années. Une première difficulté découle du fait que les enquêtes utilisées ici sont d’envergure différente. La petitesse des échantillons pour plusieurs de ces enquêtes rend plus hasardeuses les comparaisons et il devient plus difficile de conclure surtout lorsque l’on pousse l’analyse selon l’âge et le sexe.

Une autre difficulté provient du mode de collecte qui diffère pour plusieurs enquêtes ce qui peut également affecter la mesure du phénomène et nous amener à conclure de façon erronée.

Enfin, certaines enquêtes sont des enquêtes générales de santé tandis que d’autres sont spécifiques à la surveillance de l’usage du tabac. Des auteurs ont questionné la comparabilité de la réponse d’une enquête à l’autre lorsque le contexte d’interview est différent.

Par conséquent, l’analyse de l’évolution de l’usage de la cigarette doit se faire en regardant la tendance générale sur la période. Il est hasardeux dans le contexte de trop s’attarder à des valeurs extrêmes de certaines enquêtes surtout lorsqu’elles ne comportent qu’un petit échantillon.

Aussi, l’analyse des résultats de ces enquêtes nous amène à décrire certaines tendances qui ne sont pas statistiquement significatives, mais qui semblent consistantes dans le temps. C’est le cas en particulier pour les jeunes où les effectifs restreints ne permettent pas toujours d’atteindre la signification statistique mais dont les données semblent bien présenter une tendance dans le temps.

Dans ce contexte, il est donc important de tenir compte des limites énoncées plus haut pour une lecture plus juste des résultats rapportés dans ce rapport. Cependant, tout en tenant compte de ces mises en garde, il est possible de dégager les grandes tendances de l’usage de la cigarette au Québec durant ces dix années.

Selon l’ESCC de 2003, 27 % des Québécois de 15 ans et plus sont des fumeurs actuels. Ceci représente une diminution appréciable de l’usage de la cigarette, le taux étant de 35 % en 1994-1995. Les hommes comme les femmes sont proportionnellement moins nombreux à fumer en 2003 qu’au début de la période à l’étude. Toutefois, la baisse enregistrée n’est pas la même selon l’âge.

Présentement, environ 30 % des jeunes âgés de 15-19 ans sont fumeurs actuels tant chez les garçons que chez les filles. Cette proportion a peu changé durant la période à l’étude alternant entre des baisses et des hausses et finalement en 2003, on ne note pas de variation statistiquement significative et la proportion de fumeurs est demeurée proche des valeurs observées en 1994-1995. Par ailleurs, l’écart entre garçons et filles de ce groupe d’âge s’est accentué et même inversé vers 1998-1999. La prévalence des filles devenant supérieure à celle des garçons. Ceci a perduré jusqu’en 2002, année où les proportions chez les deux sexes sont devenues semblables (32 %). Rappelons cependant que l’ensemble de ces observations ne sont que descriptives et ne sont pas toujours statistiquement significatives.

Bien qu’il semble que les jeunes de 20-24 ans aient enregistré une diminution de l’usage de la cigarette durant les dix années observées, il n’en demeure pas moins qu’ils constituent le groupe d’âge ayant présenté la plus grande proportion de fumeurs durant toute la période. Près d’un jeune de 20-24 ans sur deux, était fumeur en 1994-1995. En 2003, plus du tiers fument. Également, il faut noter que la baisse enregistrée pour ce groupe d’âge est plutôt le fait des jeunes hommes. En effet, la proportion de fumeuses n’a jamais vraiment diminué alternant entre baisses et hausses. En 2003, près de 40 % des femmes âgées de 20-24 ans sont fumeuses. Notons qu’à l’instar des 15-19 ans ces observations ne sont pas toujours statistiquement significatives.

La proportion de fumeurs actuels chez les 25-44 ans a diminué de près de 10 points de pourcentage entre 1994-1995 et 2003. La proportion de fumeurs chez les hommes est passée de 41 % à 33 % et chez les femmes, les taux chutent de 40 % à 28 %. Parmi l’ensemble des femmes, ce sont justement celles âgées de 25-44 ans qui ont diminué le plus leur habitude tabagique durant ces dix années.

Chez les individus âgés de 45-64 ans, les taux passent de 34 % à 27 %. Contrairement aux 25-44 ans, la diminution de la proportion de fumeurs observée ici est surtout le fait des hommes avec une réduction appréciable de 41 % à 27 % alors que les femmes présentent la même prévalence en début et en fin de période les proportions de fumeuses passant de 28 % à 26 %. Ceci a pour conséquence que l’on observe en 2003 des proportions semblables de fumeurs actuels chez les deux sexes, ce qui n’était pas le cas dix années auparavant.

Les personnes de 65 ans et plus sont celles qui sont les moins nombreuses à fumer pendant toute la période. Les proportions de fumeurs actuels varient de 19 % à 13 % sur la période. La baisse de l’usage de la cigarette pour ce groupe d’âge a été, ici aussi, plutôt le fait des hommes. La prévalence de fumeurs actuels chez ces derniers passant de 25 % à 14 %. Cette habitude de vie s’est peu modifiée chez les femmes au cours de la période, les proportions de fumeuses passant de 15 % à 12 %. Ceci a eu pour effet, que les hommes ont rejoint le niveau de prévalence observé chez les femmes en 1994-1995. La diminution de la prévalence tant chez les hommes que chez les femmes n’est pas statistiquement significative.

La proportion de personnes n’ayant jamais fumé se situe en 2003 à 42 % ce qui est semblable à ce qui était observé en 1998-1999. Cependant, on constate que les taux d’abandon ont augmenté entre 1999 et 2003.

La consommation quotidienne de cigarettes a également changé dans le temps. La proportion de fumeurs d’un paquet et plus de cigarettes par jour a diminué de moitié entre 1994-1995 et 2003. On constate également ce changement dans les habitudes des fumeurs quotidiens par le nombre moyen de cigarettes fumées qui est passé de 20,1 cigarettes à 16,9. Cette baisse est observée pour les deux sexes.

Notons également qu’entre 1998 et 2003, malgré une période plus courte d’observation, on peut voir que le tabagisme a reculé dans la majorité des régions à l’instar du Québec. Ce changement au sein des régions se répercute également sur les taux d’abandon et dans une moindre mesure sur le nombre de cigarettes fumées quotidiennement.

Si l’on se place dans le contexte canadien, malheureusement on doit constater que le Québec demeure parmi les provinces ayant la plus grande proportion de fumeurs, et ce, tant chez les hommes que les femmes et aussi chez les jeunes de 15-24 ans. Également, les Québécois consomment quotidiennement une plus grande quantité de cigarettes.

Fait plus heureux cependant, l’évolution des habitudes tabagiques dans le temps des Québécois fut semblable au reste des Canadiens et se traduit par une diminution tangible. Ainsi, on observe cette tendance tant pour la prévalence des fumeurs actuels, que pour le nombre de cigarettes fumées quotidiennement. Soulignons également qu’en 2003, le taux d’abandon du Québec est semblable au reste du Canada et, à l’instar de la majorité des provinces, il a augmenté à travers les années depuis 1999.

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2-550-47918-1

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2-550-47917-3

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