Enquête de santé auprès des Inuits du Nunavik 2004 : consommation d’alcool, de drogues et utilisation des jeux de hasard et d’argent chez les Inuits du Nunavik : profil épidémiologique

Consommation d’alcool et de drogues

L’Enquête de santé auprès des Inuits du Nunavik, menée à l’automne 2004 dans les 14 communautés de la région, dresse le portrait de l’utilisation de l’alcool et des autres drogues au sein de la population de 15 ans et plus, et identifie les caractéristiques sociodémographiques associées à ces pratiques.

Au Nunavik en 2004, la proportion de personnes ayant consommé de l’alcool au cours de l’année précédant l’enquête était de 77 %, un pourcentage moins élevé que celui observé dans le reste du Canada et du Québec. Ce pourcentage représente toutefois une augmentation de près de 17 % comparativement à 1992 pour le Nunavik. De façon générale, la proportion de buveurs était plus élevée chez les participants de moins de 45 ans, ceux ayant un niveau d’éducation plus élevé, un emploi et vivant dans une communauté où la vente d’alcool est permise.

La consommation élevée d’alcool (cinq consommations ou plus en une même occasion) est répandue au Nunavik; près de neuf buveurs sur dix ont eu une consommation élevée d’alcool au moins une fois au cours de l’année précédant l’enquête, un taux deux fois plus élevé que celui observé dans le sud du Québec et au Canada dans son ensemble. La fréquence des épisodes de consommation élevée d’alcool est aussi très importante au Nunavik : près du quart des buveurs ont consommé cinq consommations ou plus en une même occasion au moins une fois par semaine au cours de la dernière année, un taux trois fois plus élevé que celui observé chez les Canadiens et les Québécois vivant dans les régions au sud du Nunavik.

La proportion de consommateurs de drogues illicites au cours des 12 mois précédant l’enquête était de 60 % au Nunavik, un pourcentage plus de quatre fois plus élevé que celui observé au Canada, et cette consommation de drogues (cannabis, cocaïne, solvants) a nettement augmenté au cours des dix dernières années. Le cannabis demeure néanmoins la drogue la plus utilisée au Nunavik. Consommée par huit ou neuf hommes âgés de 15 à 24 ans sur dix, elle est aussi couramment utilisée chez les femmes, de même que dans la population de moins de 45 ans.

Utilisation des jeux de hasard et d’argent

L’offre de jeux de hasard et d’argent dépend de leur utilisation par la population, et cette utilisation est à son tour liée à l’émergence de problèmes de jeu. La participation fréquente au jeu et les paris élevés sont ainsi directement associés aux problèmes de jeu. Des recherches ont révélé que les minorités, les groupes ethniques et les groupes défavorisés présentent des taux plus élevés de problème de jeu.

Dans l’ensemble, trois Inuits sur cinq (60 %) ont parié au cours de l’année précédant l’enquête. Les femmes étaient proportionnellement plus nombreuses à participer au jeu que les hommes (67 % vs 53 %). Les jeux les plus populaires étaient les loteries instantanées (42 %) et le bingo (36 %). Les femmes (50 %) jouent beaucoup plus au bingo que les hommes (23 %); elles (46 %) participent aussi plus souvent aux loteries instantanées que ces derniers (37 %). Par contre, les hommes (27 %) étaient plus attirés par les jeux de cartes et de dés que les femmes (20 %); ces jeux sont aussi préférés par les adultes de 18 à 29 ans.

Sur une base annuelle, moins d’Inuits ont participé aux jeux de hasard et d’argent comparativement à la population du sud du Québec (Nunavik : 60 %; Québec : 81 %). Aucune différence n’a par ailleurs été observée entre les Inuits et les Québécois du sud en matière de participation au jeu sur une base hebdomadaire : 31 % des Inuits et 35 % des Québécois du sud affichent ce comportement. Par contre, les Inuits de 18 à 29 ans (37 %) avaient davantage tendance à s’adonner au jeu que les Québécois du sud du même âge (18 %).

Les Inuits qui ont participé aux jeux de hasard et d’argent y ont dépensé plus de 3 300 $ par année. Ceux qui ont joué aux cartes ou aux dés ont dépensé plus de 4 650 $ à cette activité et les joueurs de bingo ont consacré en moyenne 1 410 $ à cette activité par année. Le niveau de dépenses associées au jeu était sensiblement plus élevé au Nunavik que dans le sud du Québec où la moyenne annuelle est de moins de 900 $. Lorsqu’on leur demandait s’ils consacraient trop de temps ou d’argent au jeu, 22 % des Inuits qui s’adonnent au jeu ont répondu par l’affirmative, peu importe le sexe, l’âge ou le jeu pratiqué.

De façon générale, les Inuits sont moins nombreux à participer au jeu que les Québécois du sud. Certains jeux, dont le bingo et les jeux de cartes et de dés, sont néanmoins plus populaires au Nunavik. L’implication dans les jeux semble aussi beaucoup plus importante dans le Nord que dans le Sud, comme le montrent la participation hebdomadaire et les montants consacrés annuellement. Les données actuelles ne permettent toutefois pas d’évaluer directement l’ampleur du problème de dépendance au jeu au Nunavik – aucune échelle de jeu compulsif n’a été utilisée dans le cadre de cette enquête. Le comportement des femmes inuites en matière de jeu est par ailleurs plutôt inusité comparativement aux résultats obtenus chez les Autochtones du sud et les autres minorités : leur participation est plus élevée de même que les montants consacrés au jeu chaque année. Ces résultats supportent l’hypothèse voulant que le jeu compulsif soit plus prévalent chez les femmes dans les communautés du Nunavik.

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