Étude d'impact stratégique du Plan d'intervention gouvernemental de protection de la santé publique contre le virus du Nil occidental - Rapport sectoriel 1 : problématique du virus du Nil occidental

L'arrivée du virus du Nil occidental (VNO) au Québec a emmené le gouvernement québécois à élaborer un plan d'intervention visant à réduire les risques de ce virus sur la santé de la population québécoise. Pour être en mesure d'évaluer les différentes stratégies envisageables pour contenir le VNO le plus efficacement possible, il est important de connaître davantage l'agent pathogène ainsi que ses vecteurs principaux, les moustiques. Ce rapport présente donc dans un premier temps le virus et ses effets sur la santé et il s'attarde à la biologie des moustiques susceptibles de transmettre le VNO au Québec en second lieu.

Le VNO est un arbovirus de la famille des flaviviridés qui a été isolé pour la première fois en Afrique en 1937, dans la province ougandaise du Nil occidental ce qui explique l'origine de son nom. Il s'agit d'un virus à ARN ayant une affinité particulière pour les cellules neurales. Avant d'atteindre ces cellules, le VNO doit cependant entrer dans la circulation sanguine de l'hôte via la piqûre d'un moustique infecté. Les oiseaux constituant le réservoir principal du virus, les moustiques doivent, pour devenir vecteurs, préalablement piquer un oiseau abritant le virus. Une fois les virus ingérés par un moustique, la température joue un rôle important dans leur réplication. En effet, une température élevée favorisera une réplication rapide des virus alors que ce processus ne pourra être complété s'il fait trop froid. On peut distinguer deux types de vecteurs, soit les vecteurs primaires et les vecteurs passerelles. Les vecteurs primaires sont ceux qui ont une affinité particulière pour les animaux constituant le réservoir du virus (dans le cas du VNO, les oiseaux) et ont pour effet d'amplifier la présence du virus chez les espèces réservoirs. Les vecteurs passerelles sont plus généralistes dans le choix de leurs hôtes et piquent les espèces réservoirs comme les hôtes accidentels (par exemple, certains mammifères). Ce sont donc eux qui transmettent généralement l'infection à l'humain.

De manière générale, les personnes les plus à risque de développer des symptômes graves à la suite d'une infection au VNO sont celles dont le système immunitaire est affaibli. Les aînés ainsi que les gens immunosupprimés sont par surcroît plus à risque que la moyenne de la population alors que les enfants, contrairement à la croyance populaire, réagissent mieux à cette maladie que la plupart des adultes. Les effets du VNO sur la santé humaine peuvent être multiples et ont une sévérité très variable. La majorité des cas d'infection par le VNO passent toutefois inaperçus puisque 80 % des cas sont asymptomatiques. La plupart des cas déclarés présentent des symptômes légers pouvant inclure une fièvre. Les personnes atteintes le plus sévèrement peuvent quant à eux voir leur système nerveux affecté par le virus. D'autres symptômes peuvent alors être reliés à la maladie. On estime la proportion de cas sévères à un sur 150 ce qui varie cependant beaucoup avec l'âge. Pour le moment, il n'existe ni vaccin ni traitement spécifique pour combattre le VNO. Les malades les plus sévères doivent donc avoir recours à des traitements de support aidant à minimiser les effets de la maladie.

Bien que le VNO constitue une nouvelle réalité en Amérique du Nord, plusieurs éclosions ont été documentées au Moyen-Orient, en Asie du Sud et en Europe au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle. Depuis une dizaine d'années, d'importantes épidémies ont touché des pays d'Europe de l'Est ainsi qu'Israël. L'épidémie nord-américaine qui a débuté dans la région de New York en 1999 est cependant d'une ampleur inégalée alors qu'elle s'est propagée à l'ensemble du continent nord-américain en moins de cinq ans. La persistance de l'épidémie dans le temps ainsi que sa sévérité constituent également un précédent pour le VNO. Au Canada, le virus a fait son apparition en 2001, alors qu'il a été détecté pour la première fois au Québec en 2002 avec 20 cas humains confirmés. La période 2001-2002 correspond aussi au moment où le VNO a connu son expansion la plus fulgurante. En 2001, 66 cas humains répartis dans 10 États américains ont été observés alors qu'en 2002, 4 156 cas humains touchant 39 États américains ont été recensés. Cette année-là, le virus a également été détecté pour la première fois en Amérique centrale et dans les Antilles bien qu'aucun cas humain n'y ait été rapporté. L'année 2003 verra le virus atteindre une ampleur jusque-là inégalée (plus de 11 000 cas humains au Canada et aux États-Unis) bien que le nombre de décès soit légèrement en baisse par rapport à l'année précédente. Une réduction des cas humains et des décès par rapport à ces deux années sera par la suite enregistrée en 2004 et en 2005.

Les principaux vecteurs du VNO sont les moustiques, communément appelés maringouins. Les habitats typiques et propices au développement des larves de moustiques consistent en des plans d'eau stagnante et peu profonde (moins de un mètre). Ces plans d'eau peuvent être permanents ou temporaires et se trouver dans un milieu naturel ou artificiel. Au Québec, la majorité des espèces se développent dans l'eau douce alors que quelques espèces sont capables de compléter leur cycle de vie dans l'eau saumâtre ou salée. Le cycle de vie des moustiques comprend quatre stades séparés et distincts (oeuf, larve, nymphe et adulte). Les trois premiers stades sont aquatiques, alors que le stade adulte est aérien. L'eau joue donc un rôle vital dans le développement des moustiques. Après leur émergence, les moustiques adultes mâles et femelles cherchent à se disperser pour subvenir à leurs besoins. Ils se nourrissent du nectar des fleurs ou d'autres sources de sucres. En plus du nectar, les femelles de la plupart des espèces ont également besoin de sang comme source de protéines pour compléter la maturation de leurs oeufs. Pour obtenir ce précieux liquide, elles piquent donc des animaux à sang chaud ou à sang froid selon les espèces. Plusieurs stimuli olfactifs, thermiques ou visuels guident la femelle moustique dans le choix d'un hôte approprié. Ainsi, le dioxyde de carbone émis par l'hôte potentiel, sa température, son odeur et ses mouvements sont des indices dont se servent les femelles pour repérer leur cible.

Seule une faible proportion de la soixantaine d'espèces retrouvées au Québec ne présente toutefois un risque significatif pour la transmission du VNO. En effet, ce ne sont pas toutes les espèces qui ont la capacité de devenir vecteur lorsqu'elles contractent le virus à partir d'un hôte infecté, alors que les habitudes alimentaires d'autres espèces n'en font pas de bons vecteurs pour le VNO. C'est le cas par exemple des espèces qui piquent exclusivement (ou presque) les mammifères. De plus, l'abondance de certaines espèces n'est pas assez importante pour qu'elles représentent une menace significative et l'habitat d'autres espèces ne coïncide pas avec les zones où vivent les humains ou avec les régions suffisamment chaudes pour permettre la réplication du VNO. Dans le cadre de la lutte contre le VNO, il importe d'identifier les espèces vecteurs du VNO présentes dans la province ainsi que de documenter leur écologie de manière à intervenir efficacement.

Au Québec, les principales espèces responsables de l'amplification du VNO dans le réservoir aviaire sont Culex (Cx) pipiens et Cx restuans. Ces deux espèces ornithophiles sont donc des vecteurs primaires, mais peuvent également agir comme vecteur passerelle puisqu'ils piquent occasionnellement des humains. D'après les données de surveillance entomologique, ces deux espèces représenteraient à elles seules près de 90 % des lots trouvés positifs pour le VNO depuis 2002. En infectant de nombreux oiseaux dans le cycle oiseau-moustique-oiseau, les Culex augmentent également la probabilité, pour les vecteurs passerelles, de transmettre le VNO des oiseaux aux humains. Cx pipiens et Cx restuans sont des espèces très abondantes dans le sud du Québec, notamment dans les régions urbaines où elles se reproduisent dans les puisards et dans les mares d'eau temporaires.

Après les deux espèces du genre Culex précédemment mentionnées, l'espèce québécoise considérée comme la plus problématique quant à la transmission du VNO aux humains est Aedes (Ae.) vexans. Il s'agit du moustique le plus abondant de la deuxième moitié de la saison VNO dans tout le sud québécois. Bien qu'on considère la compétence vectorielle de cette espèce comme étant relativement peu élevée, sa très grande abondance, son agressivité envers les humains et son importante capacité de dispersion en font un vecteur passerelle préoccupant.

Parmi les autres espèces de moustiques pouvant jouer le rôle de vecteur pour le VNO au Québec, notons Ochlerotatus (Oc.) canadensis, Coquillettidia (Cq.) perturbans et Anopheles (An.) punctipennis. Ces espèces, à l'image d'Ae. vexans, sont des vecteurs passerelles ayant une compétence vectorielle faible et ont déjà été trouvées infectées par le VNO au Québec. La surveillance des moustiques mise en place dans le cadre de la lutte contre le VNO a aussi permis d'identifier pour la première fois à l'intérieur des frontières québécoises des espèces qui pourraient être des vecteurs pour le VNO. C'est le cas d'Oc. japonicus, d'Ae. albopictus, de Cx salinarius et de Cx tarsalis. La situation est particulièrement préoccupante dans le cas d'Oc. japonicus et de Cx tarsalis. La première espèce est considérée comme un vecteur passerelle ayant une forte capacité à transmettre le VNO. Elle a récemment été introduite en Amérique du Nord et, à l'image du VNO, elle est en expansion depuis. En 2005, un premier lot positif pour le VNO appartenant à cette espèce a été identifié au Québec. Pour ce qui est de Cx tarsalis, il s'agit d'un des principaux vecteurs primaires du VNO aux États-Unis.

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