Perceptions de la population québécoise en lien avec les programmes de prévention de la toxicomanie et du VIH

La toxicomanie est un problème de santé important pouvant entraîner plusieurs conséquences néfastes pour l’individu et la collectivité. Les efforts de répression n’ayant donné peu de bénéfices reconnus, le ministère de la Santé et des Services sociaux s’affaire à proposer de nouvelles orientations qui misent sur la promotion de la santé et la prévention en matière d’usage inapproprié de substances psychotropes. Cette approche plus pragmatique vise en fait la réduction des méfaits liés à l’usage de drogues. L’absence de données pouvant servir à l’évaluation du degré d’ouverture de la population québécoise au regard des programmes de réduction des méfaits justifie la tenue d’un sondage en population générale. En second plan, une telle enquête permettrait de dégager les perceptions de la population en lien avec les drogues et surtout du phénomène de la toxicomanie.

Ces différentes perceptions ont été étudiées dans le cadre d’un sondage téléphonique réalisé en février 2001 par la firme B.I.P. de Montréal. 2253 répondants répartis dans trois strates : région de Montréal, grands centres urbains et autres régions du Québec ont accepté de participer à l’enquête. Le taux de réponse fut de l’ordre de 70% avec une possible sous estimation de l’opinion chez les personnes âgées de 75 ans et plus. La firme a procédé à un redressement de l’échantillon pour qu’il soit représentatif de la population québécoise de 15 ans et plus dans chaque strate. Cela représente une marge d’erreur maximale de 2,2%, 19 fois sur 20, pour les estimations faites sur l’ensemble du Québec.

La présente étude a été comparée à des enquêtes similaires effectuées en Suisse et en France. Puisque la Suisse est reconnue comme un pays plus pragmatique, il ne faut pas se surprendre de constater une plus forte proportion d’accord pour les mesures proposées. De plus, depuis quelques années, ce pays a mis en branle toutes sortes de programmes pour la prévention de la toxicomanie et pour changer la perception des personnes toxicomanes dans la population1. Les enquêtes à diverses périodes dans le temps (91, 94, 97) montre une évolution positive des attitudes à l’égard des mesures de réduction des méfaits. Par exemple, la proportion de gens en faveur des sites d’injection supervisés est passé de 63% en 1991 à 76% en 1994 pour se stabiliser à 72% en 1997. Leur campagne de sensibilisation dans le but de rendre plus humains les problèmes que vivent les toxicomanes semblent avoir donné du fruit. Humaniser davantage le problème de la toxicomanie est essentiel à la réussite de l’implantation de mesures qui semblent controversées.

Les résultats obtenus lors de cette enquête téléphonique laissent supposer qu’une campagne de sensibilisation auprès de la population visant à changer les mentalités envers les toxicomanes pourrait aboutir à un consensus encore plus élargi en faveur de l’approche de réduction des méfaits. Le modèle de communication qui a été développé en Suisse à cet égard, a démontré une évolution positive des attitudes de la population qui soutient maintenant les mesures prônées au regard de la problématique de la toxicomanie dans une perspective de réduction des méfaits. Les personnes toxicomanes doivent être présentées avec un regard autre que celui du criminel, celui de personnes qui ont besoin de soutien et d’aide.

Dans le contexte où le MSSS s’apprête à publier de nouvelles orientations de prévention en toxicomanie et à adopter une position avec les Gouvernements fédéral et provinciaux du Canada en regard de la problématique de l’usage de drogues par injection, les résultats viennent préciser les attitudes de la population québécoise quant à de nouvelles avenues de prévention. Afin de soutenir ces nouvelles mesures, il est recommandé d’axer davantage le problème de la toxicomanie sur les personnes et non sur le phénomène en général. Pour y arriver, on suggère donc :

  • D’informer et d’éduquer la population québécoise sur la réelle personnalité du toxicomane et briser les mythes entourant cette problématique dans le but que sa perception soit plus positive;
  • D’axer davantage tant l’information que les interventions en toxicomanie sur la personne et son contexte de consommation que sur le produit comme tel.
  • Tel que suggéré par le Comité permanent de lutte aux toxicomanies, présenter l’approche de la réduction des méfaits comme un moyen à l’intérieur d’une approche plus globale, comme un outil à travers plusieurs autres sur un même continuum d’intervention.
  • De présenter les toxicomanes comme des personnes ayant des besoins comme tous et que leurs droits se doivent d’être respectés. Ces personnes vivent souvent des situations difficiles et la plupart veulent s’en sortir.
  • D’établir des partenariats afin d’harmoniser les différentes approches et les différents partenaires dans une perspective de santé publique.
  • D’intégrer l’approche de la réduction des méfaits à un ensemble d’actions en matière de prévention et de promotion de la santé.
  • De s’assurer d’une formation continue pour l’ensemble des intervenants en regard de nouvelles approches et en lien aux problématiques connexes à la toxicomanie.
  • De favoriser l’expérimentation de projets ou sites pilotes à petite échelle associée à la recherche et l’évaluation.
  • De continuer de développer des activités de promotion, de prévention ( primaire, secondaire et tertiaire ), et de protection et de les intégrer aux pratiques cliniques et dans les continuums de services tel qu’il est indiqué au Plan stratégique 2001-2004 du ministère de la Santé et des Services sociaux.
  • De maintenir des actions adaptées à certaines clientèles comme l’indique le Plan d’action en toxicomanie 1999-2001 pour les personnes qui ont des problèmes avec la justice ou qui utilisent des drogues par injection et la Stratégie québécoise de lutte contre le sida, phase 4, 1997-2002.

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ISBN (imprimé): 

2-550-38133-5

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