Ce document vise à déterminer les conditions à respecter pour réduire le risque de blessures associé aux déplacements à pied ou à vélo entre la maison et l'école chez les élèves du primaire, au Québec. Cet intérêt pour la sécurité des jeunes piétons et cyclistes est lié à la volonté du gouvernement du Québec et de plusieurs organismes de promouvoir les modes de déplacements actifs auprès des élèves du primaire. La promotion de ces modes de déplacements est l'une des stratégies proposées pour lutter contre la sédentarité chez les jeunes et ainsi prévenir les problèmes de santé qui y sont associés. Environ 30 % des élèves du primaire se déplacent à pied entre la maison et l'école et près de 2 % à vélo.

Plusieurs programmes ont été développés dans divers pays afin de promouvoir le transport actif auprès des élèves du primaire. Ces programmes s'adressent principalement aux jeunes qui demeurent à une distance « marchable-cyclable » de l'école. Ils ont pour principal objectif d'inciter les jeunes qui se déplacent par automobile à marcher ou à utiliser le vélo. Or, plusieurs études démontrent que l'insécurité routière est l'une des principales raisons invoquées par les parents pour choisir l'automobile comme mode de déplacement de leur enfant entre la maison et l'école. Dans ce contexte, la sécurité des enfants comme piéton ou cycliste constitue non seulement un enjeu en soi, mais également un moyen de promouvoir les modes de déplacements actifs entre la maison et l'école auprès des élèves du primaire.

Au Québec, on estime que 371 enfants âgés de 5 à 12 ans ont été blessés, en moyenne, chaque année, lors des déplacements entre la maison et l'école, durant la période 2003-2007, ce qui représente environ un blessé chaque jour ou un blessé tous les 5 ans pour une école comptant 400 enfants. De ce nombre, 112 enfants ont été blessés comme piéton, 61 comme cycliste et 197 comme occupant d'une automobile. Dans plus de 90 % des cas, il s'agit de blessures légères (blessures ne nécessitant pas d'hospitalisation). La majorité des piétons et des cyclistes ont été blessés en secteur résidentiel et une proportion importante en périphérie de l'école. Lorsqu'ils ont été blessés, la plupart d'entre eux étaient sur la chaussée, le plus souvent à une intersection, mais également entre deux intersections. Ces données concernent uniquement les blessures impliquant un véhicule motorisé en mouvement sur la voie publique, ce qui a pour effet de sous-estimer le nombre d'enfants blessés, en particulier pour les cyclistes.

Les données disponibles dans les régions de Montréal, Québec, Sherbrooke et Trois-Rivières ont permis d'estimer le risque de blessures chez les enfants âgés de 5 à 12 ans selon les modes de déplacements. Les résultats observés démontrent que les enfants qui se déplacent à pied ou à vélo sont plus à risque de blessures que ceux se déplaçant par automobile. Ces résultats démontrent également que le risque de blessures est plus important pour les enfants qui se déplacent à vélo que pour ceux se déplaçant à pied. À titre d'exemple, dans la région de Montréal, le taux de blessures chez les enfants qui se déplacent par automobile est de 65 blessés par 100 millions de kilomètres parcourus comparativement à 307 blessés pour les enfants se déplaçant à pied et à 1 181 blessés pour les enfants se déplaçant à vélo. Selon ces données, le risque de blessures est 4,7 fois plus élevé chez les piétons et 18,1 fois plus élevé chez les cyclistes que chez les enfants qui se déplacent en automobile.

Le risque accru de blessures pour les déplacements à pied et à vélo laisse présager qu'un programme de promotion du transport actif pourrait avoir pour effet d'augmenter le nombre d'enfants blessés par le biais d'un transfert modal. Selon la littérature pertinente, il serait surprenant que ce type de programme entraine un transfert des déplacements par automobile vers les déplacements actifs chez plus de 50 % des jeunes ciblés. Des analyses complémentaires ont permis d'évaluer l'effet d'un tel transfert sur le nombre de blessés dans la région de Montréal, pour la période 2003-2007. Les résultats de cette évaluation démontrent qu'un transfert de 50 % des déplacements par automobile en faveur des déplacements à pied (scénario 1) augmenterait de 7 % le nombre annuel moyen d'enfants blessés dans cette région lors des déplacements entre la maison et l'école (166 blessés au lieu de 155). Par ailleurs, cette augmentation serait de 32,5 % (206 blessés au lieu de 155) avec un transfert en faveur des déplacements à vélo (scénario 2). Les données disponibles ne permettent pas d'effectuer ce type d'analyses à l'échelle du Québec, mais on peut penser que les mêmes tendances seraient observées. À titre indicatif, au Québec, une augmentation de 7 % (scénario 1 : transfert auto vers à pied) ferait passer de 371 à 397 (+ 26) le nombre annuel moyen d'enfants blessés lors des déplacements entre la maison et l'école (période 2003-2007). Parallèlement, ce nombre passerait de 371 à 492 (+ 121) avec une augmentation de 32,5 % (scénario 2 : transfert auto vers vélo). Ces estimations suggèrent que l'augmentation du nombre d'enfants blessés serait relativement modeste dans le cas d'un transfert de 50 % des déplacements par automobile vers les déplacements à pied (scénario 1). Par contre, l'augmentation du nombre de blessés serait nettement plus importante dans le cas d'un transfert vers les déplacements à vélo (scénario 2). Or, ce dernier scénario est peu réaliste. En effet, à moins d'un changement radical dans les habitudes de déplacements des élèves du primaire, il est peu probable que le vélo occupe une proportion importante des déplacements entre la maison et l'école.

Ces dernières analyses démontrent que le nombre d'enfants blessés au primaire lors des déplacements entre la maison et l'école pourrait augmenter à la suite de l'implantation de programmes de promotion du transport actif, mais tout indique que cette augmentation serait relativement peu importante. Cela étant dit, il est important d'éviter une augmentation du nombre de blessés, si minime soit-elle, d'autant plus que l'insécurité routière des piétons et des cyclistes est l'une des principales raisons invoquées par les parents pour privilégier l'automobile comme mode de déplacements des enfants entre la maison et l'école. Pour cela, il faut prévoir des mesures permettant de réduire le risque de blessures chez les enfants piétons et cyclistes. D'ailleurs, la plupart des programmes de promotion du transport actif comportent de telles mesures. Ces dernières visent non seulement à protéger les nouveaux adeptes du transport actif, mais également ceux qui se déplacent déjà à pied ou à vélo, ce qui a pour effet d'en élargir la portée. Ce faisant, les parents devraient être plus enclins à privilégier les modes de déplacements actifs entre la maison et l'école pour leurs enfants. D'où l'importance de favoriser un choix éclairé des mesures à privilégier, ce qui suppose une bonne connaissance des facteurs de risque de blessures comme piéton et cycliste chez les enfants ainsi que des mesures de prévention actuellement disponibles.

La recension des écrits a permis d'identifier les principaux facteurs de risque de blessures chez les enfants en tant que piéton et cycliste, notamment lors des déplacements entre la maison et l'école. En premier lieu, il apparaît que l'enfant piéton ou cycliste a des limites au niveau de son développement cognitif, physique, psychomoteur et perceptuel qui le rendent vulnérable dans la circulation. Les autres facteurs de risque sont surtout liés à la vitesse des véhicules motorisés, au volume de la circulation, au nombre de voies de circulation et aux obstacles visuels, surtout ceux liés au stationnement aux abords de la chaussée. Ces facteurs doivent être pris en compte dans les choix des mesures de prévention.

La littérature analysée aux fins du présent avis a également permis d'identifier plusieurs mesures de prévention, soit l'éducation à la sécurité routière, l'aménagement de l'environnement routier (ex. : dos-d'âne allongés, réduction de la largeur des rues, avancées de trottoir, îlots pour piétons), l'accompagnement des enfants par un adulte, l'utilisation de brigadiers adultes, la surveillance policière ainsi que le port d'un casque protecteur pour les cyclistes. Plusieurs études ont démontré que les mesures portant sur l'aménagement routier sont efficaces pour réduire les blessures chez les enfants comme piétons. Plusieurs études ont porté également sur les programmes d'éducation à la sécurité routière, mais aucune n'a permis de démontrer leur efficacité à réduire le nombre de décès ou de blessés chez les enfants piétons et cyclistes. Par contre, il a été démontré que ces programmes peuvent avoir un effet positif sur les connaissances et les habiletés des enfants piétons lors de la traversée d'une rue, en contexte d'expérimentation, mais uniquement lorsqu'un volet d'enseignement pratique est inclus dans le programme. Quant aux autres types de mesures (ex. : brigadiers et accompagnement), on retrouve très peu d'études permettant d'en évaluer l'efficacité. Malgré cela, ces mesures sont recommandées par plusieurs organismes voués à la prévention des blessures chez les enfants et elles sont largement utilisées un peu partout dans le monde. Même en l'absence de preuve d'efficacité, elles sont considérées comme faisant partie des bonnes pratiques de prévention des blessures chez les enfants.

Les recommandations formulées dans le présent avis s'appuient sur les données disponibles dans la littérature scientifique. Elles portent sur l'aménagement de l'environnement routier, le contrôle de la vitesse, l'accompagnement des enfants par un adulte, l'utilisation de brigadiers scolaires adultes, l'éducation à la sécurité routière et le port d'un casque protecteur pour les cyclistes. Une priorité est toutefois accordée aux mesures visant à sécuriser l'environnement routier parce que la plupart de ces mesures sont démontrées efficaces et parce qu'une fois implantées, leur effet protecteur est toujours présent, et ce, quel que soit l'âge ou le sexe des enfants. Les recommandations relatives à ce type de mesures visent à sécuriser 1) l'ensemble du quartier où se trouvent les enfants se déplaçant à pied ou à vélo, 2) les trajets empruntés par plusieurs enfants et tout particulièrement les « corridors scolaires  » ainsi que 3) les abords de l'école. Il est également recommandé d'accorder une attention particulière aux quartiers défavorisés dans l'application de ces mesures, étant donné que le risque de blessures pour les enfants piétons et cyclistes y est plus élevé que dans les quartiers favorisés.

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Type de publication: 

ISBN (électronique): 

978-2-550-61716-7

ISBN (imprimé): 

978-2-550-61715-0

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