Étude des nouveaux cas de maladies professionnelles pulmonaires reliées à l'exposition à l'amiante au Québec : 1988-2003

Cette étude est la suite d'un premier projet décrivant les nouveaux cas de maladies professionnelles pulmonaires reliées à l'exposition à l'amiante au Québec entre 1988 et 1997. L'information sur les travailleurs ayant l'une ou l'autre de ces maladies entre 1998 et 2003 a été recueillie. Le présent rapport décrit les résultats de l'ensemble des deux périodes, soit de 1988 à 2003.

Tous les travailleurs ayant une amiantose, un mésothéliome et un cancer du poumon relié à l'exposition à l'amiante reconnus comme des maladies professionnelles pulmonaires par le Comité spécial des maladies professionnelles pulmonaires (CSMPP), aussi appelé Comité spécial des Présidents, ont été inclus dans l'étude. L'information sur les travailleurs vus entre 1998 et 2003 a été recueillie dans leurs dossiers conservés à la Direction des services médicaux de la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec (CSST). L'information sur les années 1988 à 1997, déjà analysée, a été ajoutée pour constituer un fichier unique pour l'ensemble de la période.

L'exposition à l'amiante a été décrite selon qu'elle avait eu lieu dans

  1. les mines d'amiante,
  2. dans les usines de transformation de l'amiante,
  3. dans la construction,
  4. dans l'entretien et la réparation de produits ou de structures contenant de l'amiante (entretien/réparation) et
  5. dans d'autres circonstances ou milieux, notamment par une exposition ambiante provenant du travail de collègues (autres).

C'est ce que nous avons appelé les secteurs/occupations. L'exposition a été aussi décrite selon l'occupation des travailleurs :

  1. les cadres, les travailleurs de bureau et des sciences,
  2. les travailleurs de métiers spécialisés,
  3. les opérateurs et les conducteurs et
  4. les manœuvres.

Entre 1988 et 2003, 1348 travailleurs ont été atteints de 1512 maladies professionnelles pulmonaires reliées à l'amiante. Sur les 1348 travailleurs, 57,3 % (n = 772) présentaient une amiantose, 27,9 % (n = 376) un mésothéliome et 27,0 % (n = 364) un cancer pulmonaire. Les travailleurs étaient âgés en moyenne de 66,7 ans et ils avaient été exposés à l'amiante en moyenne 25,8 ans. La majorité (98,7 %) était des hommes et 89,1% étaient des fumeurs ou des ex-fumeurs qui avaient consommé en moyenne 35,5 paquets-années de cigarettes. Cinquante-cinq pour cent des travailleurs résidaient dans les régions de Montréal (20,3 %), de Chaudière-Appalaches (19,2 %) et de la Montérégie (15,5 %) au moment de leur réclamation.

La répartition des travailleurs selon les secteurs/occupations montre qu'ils proviennent à peu près également des mines (29,1 %) et de l'entretien/réparation (28,4 %). Suivent ensuite la construction (21,0 %), la transformation de l'amiante (11,3 %), puis les regroupements autres (6,9 %). L'évolution du nombre de travailleurs de 1988 à 2003 montre une augmentation dans les secteurs/occupations construction, entretien/réparation et autres; on observe une certaine stabilité dans les mines et dans la transformation. Les travailleurs avec un mésothéliome se démarquent des autres par leur exposition plus fréquente dans l'entretien/réparation (40,2 %) et les travailleurs avec un cancer du poumon par le fait qu'ils ont été majoritairement exposés dans les mines (56,5 %). Un peu plus de 80 % des travailleurs des mines résidaient dans les régions de Chaudière-Appalaches (50,8 %) et de l'Estrie (30,6 %) au moment de leur réclamation et 68,2 % des travailleurs de la construction et de l'entretien/réparation résidaient à Montréal (23,8 %), en Montérégie (22,4 %), dans la Capitale-Nationale (11,6 %) et dans Lanaudière (10,4 %).

Pour l'ensemble des maladies, la durée de l'exposition à l'amiante des travailleurs des mines est plus longue (31,4 ans) et celle des travailleurs de la transformation est plus courte (16,7 ans) que celle de l'ensemble des travailleurs (25,8 ans). L'exposition des travailleurs des usines d'amiante a probablement été moins bien contrôlée que celle des mines et elle a pu aussi comprendre une exposition plus importante aux amphiboles.

La répartition des travailleurs selon l'occupation montre que 49,1 % avaient un métier spécialisé, 17,2 % étaient des manœuvres, 11,4 % des opérateurs et des conducteurs et 5,2 % des cadres et travailleurs apparentés. Parmi les métiers spécialisés, 53,2 % étaient des tuyauteurs-plombiers-soudeurs, des calorifugeurs et des électriciens. Les travailleurs avec un mésothéliome qui étaient des calorifugeurs avaient été exposés à l'amiante moins longtemps que l'ensemble des métiers spécialisés (14,6 ans versus 24,6 ans). Leur travail entraînait probablement une exposition plus fréquente et plus intense à l'amiante que celui des autres travailleurs.

Bien que les résultats issus de l'analyse de données d'indemnisation comportent des limites, elles représentent, au Québec, une des rares sources d'information qui a l'avantage de jumeler des renseignements à la fois sur la maladie et sur l'exposition. Le principal résultat montre que, pour l'ensemble des maladies reliées à l'amiante, les travailleurs ont surtout été exposés dans les secteurs/occupations réunis de la construction et de l'entretien/réparation (49,4 %) et qu'ils résidaient principalement dans la grande région de Montréal. La problématique des maladies reliées à l'exposition à l'amiante ne concerne donc plus uniquement les villes minières du Québec. Même si les maladies indemnisées aujourd'hui résultent d'expositions remontant à plusieurs années dans le passé, elles témoignent de l'importance de la prévention puisque ces maladies auraient pu être évitées par le contrôle de l'exposition. Elles appuient l'importance de continuer, sinon d'augmenter, les efforts de prévention par rapport à ce contaminant, particulièrement dans les secteurs de la construction et de l'entretien/réparation.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-56905-3

ISBN (imprimé): 

978-2-550-56904-6

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