Traumatismes et défavorisation au Québec

Des études montrent que les traumatismes, qu’ils soient intentionnels ou non intention-nels, ne sont pas indifférents aux inégalités sociales (Marmot et al., 1999; Leclerc et al., 2000). Cette réalité est cependant peu connue au Québec, car les données sur les traumatismes proviennent surtout de fichiers administratifs (mortalité et hospitalisation) dans lesquels on ne retrouve aucune information permettant de caractériser le niveau socio-économique des personnes concernées.

Le développement récent d’un indice de défavorisation (Pampalon et al., 2000) qui peut être introduit dans les fichiers administratifs permet de pallier, du moins partiellement, à cette lacune. Dans ce court texte, nous verrons comment, au Québec, la défavorisation matérielle et sociale de la population est associée à la mortalité et à l’hospitalisation pour traumatismes intentionnels et non intentionnels.

La défavorisation matérielle et sociale est une réalité profondément associée aux trau-matismes au Québec. Si les traumatismes non intentionnels, et en particulier les trauma-tismes routiers, sont sensibles à la forme matérielle de défavorisation, les traumatismes intentionnels (le suicide et l’homicide) réagissent autant à la forme matérielle que sociale de défavorisation. L’aspect social n’apparaît donc pas comme un facteur prépondérant pour expliquer la présence de traumatismes tels les accidents routiers, les chutes, les in-toxications et les noyades.

Dans le cas des traumatismes intentionnels, le risque associé à chaque forme de défa-vorisation double le risque d’hospitalisation, entre les quintiles les plus et les moins dé-favorisés. Si l’on combinait les deux formes de défavorisation, ce qui est possible étant donnée leur relative indépendance au plan statistique, le risque relatif d’hospitalisation pour traumatisme intentionnel grimperait à plus de 4 pour 1 entre les groupes extrêmes, soit entre les personnes les plus et les moins défavorisées simultanément sur les deux dimensions.

Cela montre l’importance tant des conditions économiques que du réseau social dans les cas de suicide et d’homicide. Une étude épidémiologique du suicide à Londres, utilisant des outils similaires aux nôtres, démontre également le rôle de la défavorisation maté-rielle et de l’isolement social (Congdon et al. 1999).

Il ne fait donc pas de doute que les interventions axées sur la prévention des traumatis-mes doivent tenir compte de la défavorisation et considérer celle-ci sous toutes ses for-mes, tant matérielle que sociale.

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2-550-39265-5

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