En juin 2004, la table de concertation nationale en promotion et prévention a confié à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) le mandat d'examiner le degré de conformité des interventions de prévention du tabagisme déployées au Québec en fonction des critères d'efficacité définis par la recherche scientifique et l'état des connaissances. La présente analyse examine donc le potentiel d'efficacité des programmes scolaires et communautaires de prévention du tabagisme implantés au Québec par rapport aux meilleures pratiques de santé publique en matière de lutte au tabagisme.

Pour réaliser ce mandat, deux grilles d'analyse ont été élaborées, une pour les programmes scolaires et une pour les programmes communautaires. Les critères d'efficacité de la grille d'analyse des programmes scolaires ont été tirés de l'avis scientifique sur la prévention du tabagisme chez les jeunes, réalisé par l'INSPQ en 2004, alors que ceux de la grille d'analyse des programmes communautaires découlent de travaux récents ou en cours sur différents modes d'évaluation des interventions de promotion de la santé.

L'analyse du potentiel d'efficacité des programmes scolaires de prévention du tabagisme chez les jeunes a été effectuée pour les quatre programmes Méchant problème, Sam Chicotte Plus, Mission TNT.06 et La gang allumée pour une vie sans fumée, ainsi que pour le plan d'action de lutte au tabagisme de six écoles. L'analyse du potentiel d'efficacité des programmes communautaires de prévention du tabagisme chez les jeunes a porté sur les deux interventions suivantes : «nbsp;Prévention du tabagisme dans les organismes communautaires du quartier Pointe Saint-Charlesnbsp;» à Montréal et «nbsp;Lieux publics sans fuméenbsp;» en Outaouais. Les grilles d'analyse ont été remplies à l'aide des documents écrits fournis par les directions de santé publique, complétées lorsque nécessaire, par des entrevues téléphoniques. Deux analystes ont utilisé les grilles de façon indépendante pour porter un jugement sur les programmes retenus. Ils ont ensuite comparé leurs résultats. Dans les cas où des différences d'appréciation étaient observées, ils ont révisé les informations disponibles et se sont entendus sur un résultat final.

Cinq grands paramètres ont été retenus pour évaluer le potentiel de succès des programmes scolaires, soit la présence

  1. de certaines caractéristiques générales du programme telles que son caractère écologique, l'implication des jeunes et les modalités d'évaluation prévues,
  2. d'une politique scolaire,
  3. d'activités préventives s'adressant aux jeunes
  4. d'activités impliquant la communauté et
  5. d'activités favorisant la cessation tabagique.

La grille d'analyse comporte 46 critères de succès touchant l'ensemble de ces paramètres à l'exception des interventions de cessation qui n'ont pas été comprises dans la présente étude. Pour les programmes communautaires, trois grands paramètres ont été retenus, soit

  1. le degré de planification du programme,
  2. le caractère écologique du programme (cibles et milieux) et
  3. le degré de participation communautaire.

Pour rendre compte de ces trois paramètres, 36 critères de succès composent la grille d'analyse.

L'analyse du potentiel d'efficacité des programmes de prévention en milieu scolaire montre que des améliorations importantes sont à apporter à tous les programmes si on veut que ceux-ci se conforment aux meilleures pratiques. Pour ce faire, il importe en premier lieu de rendre les programmes de prévention en milieu scolaire plus écologique. À cet effet, des activités liées à la mise en place d'une politique scolaire et à la cessation, de même que des activités destinées aux parents et à d'autres groupes de la communauté, sont des volets complémentaires à développer. Il importe, en deuxième lieu, de réviser et de compléter les activités éducatives en classe. Le programme Méchant problème est celui qui s'approche le plus des meilleures pratiques au niveau du contenu. Il se démarque aussi par la durée et le nombre des activités proposées et par la présence du programme au niveau secondaire. Tous les programmes analysés devraient réduire le temps consacré à la transmission des connaissances et mettre l'accent sur le développement des habiletés à résister aux influences sociales favorables à l'initiation du tabagisme. De même, tous les programmes éducatifs en classe devraient être plus intenses et cibler les élèves du secondaire.

Le programme La gang allumée pour une vie sans fumée diffère des programmes éducatifs menés dans les classes. Il s'agit en effet d'un programme qui mise sur les projets que réalisent eux-mêmes les jeunes pour faire avancer la cause du non-usage du tabac. Le programme propose de très nombreuses idées d'activités aux jeunes, mais celles-ci touchent généralement la transmission de connaissances. Pour respecter les meilleures pratiques, le programme doit orienter davantage ces activités vers l'action sociale et l'action publique.

L'analyse des plans d'action des écoles montre que les intervenants locaux combinent plusieurs programmes touchant la prévention et la cessation du tabagisme et peuvent aussi ajouter leurs propres activités notamment pour rejoindre les parents et la communauté. Les plans d'action des écoles respectent ainsi davantage le caractère écologique d'un programme scolaire de lutte au tabagisme en déployant des activités visant l'élève (programmes éducatifs dans la classe), l'école (programmes parascolaires1 de prévention, politique scolaire et activités de cessation tabagique s'adressant au personnel et aux élèves), les parents et la communauté (activités complémentaires de prévention). Les forces et les faiblesses des programmes préventifs inclus dans les plans d'action sont les mêmes que celles des programmes scolaires analysés.

Enfin, très peu d'interventions communautaires touchant la prévention du tabagisme chez les jeunes sont réalisées au Québec. Les deux seuls programmes analysés ont porté sur

  1. la réalisation d'une stratégie de plaidoyer et d'actions publiques «nbsp;advocacynbsp;» pour l'adoption d'un règlement antitabac dans une municipalité et
  2. le développement d'activités préventives dans des organismes communautaires d'un quartier défavorisé.

Dans le premier cas, plusieurs types de savoirs ont favorisé l'efficacité de l'intervention du point de vue des processus de mise en oeuvre de la stratégie. Dans le deuxième cas, plusieurs difficultés ont été rencontrées en raison, principalement, d'un manque de données scientifiques et d'expériences pour ce type d'interventions.

Les résultats obtenus conduisent à formuler plusieurs recommandations :

  1. pour les programmes scolaires de prévention du tabagisme, les contenus et les outils devant être développés ont été identifiés,
  2. pour les programmes communautaires de prévention du tabagisme, le développement de la recherche dans ce domaine est préconisé.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-52583-7

ISBN (imprimé): 

978-2-550-52582-0

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