Mesures de contrôle du Burkholderia cepacia et d'autres pathogènes multi-résistants chez les patients atteints de fibrose kystique du pancréas

L’acquisition de Burkholderia cepacia peut avoir des conséquences sérieuses chez les patients atteints de fibrose kystique du pancréas (FKP). Ce microorganisme vit habituellement dans l’eau, le sol et la végétation. Il peut survivre pendant des mois dans un environnement humide mais résiste mal à la sécheresse. B. cepacia présente une résistance naturelle à de nombreuses classes d’antibiotiques. Son pouvoir pathogène est généralement très limité; les patients à risque de s’infecter avec ce microorganisme sont les immunosupprimés, les nouveau-nés, les patients hospitalisés gravement malades et les patients atteints de FKP. Des bactériémies nosocomiales dont des éclosions associées à des solutions intraveineuses contaminées, des infections urinaires et des infections de plaies ont été rapportées. Les souches isolées des patients atteints de FKP diffèrent souvent des souches environnementales et de celles impliquées dans les éclosions associées à des solutions contaminées.

Les patients atteints de FKP et colonisés avec B. cepacia sont généralement plus âgés que ceux qui ne le sont pas. L’acquisition de B. cepacia fait généralement suite à la colonisation avec du Pseudomonas aeruginosa. La présence de B. cepacia peut être asymptomatique dans environ un tiers des cas ou entraîner une détérioration lente de la fonction respiratoire dans un autre tiers et une détérioration rapide avec décès prématuré dans le dernier tiers (cepacia syndrome). La colonisation transitoire des voies respiratoires chez les patients atteints de FKP est très rare. Quoique les facteurs de l’hôte aient un rôle à jouer dans l’évolution clinique du patient nouvellement colonisé, il semble que certaines souches de B. cepacia sont plus virulentes que les autres.

Les patients atteints de FKP qui sont colonisés avec B. cepacia démontrent une très grande concentration de microorganismes dans leurs expectorations. On a pu mettre en évidence du B. cepacia dans les échantillons d’air obtenus auprès de patients qui toussent. On a également isolé la même souche sur les surfaces de l’environnement de ces patients et ce, pour des périodes excédant 24 heures après émission par la toux; la survie dans l’environnement a excédé plusieurs semaines si on maintenait l’environnement humide. La contamination d’équipement respiratoire mal asséché ou avec désinfection inadéquate a été rapportée. La transmission de B. cepacia peut se produire lors d’une poignée de mains à partir de mains contaminées lors de la toux. Il y a donc un risque évident de transmission par contact direct, indirect et par gouttelettes entre les patients atteints de FKP. Les travailleurs de la santé ne se colonisent pas avec ce microorganisme mais peuvent transitoirement être porteurs au niveau des mains et transmettre le B. cepacia à un (d’) autre(s) patient(s).

La transmission de B. cepacia parmi des patients atteints de FKP a été décrite à l’intérieur des établissements de santé, à la maison et lors d’événements sociaux tels des camps destinés à cette clientèle. Les taux de transmission rapportés varient grandement parmi les centres hospitaliers et pays ayant documenté cette transmission parmi les patients. Certaines souches semblent beaucoup plus transmissibles que d’autres. Plusieurs centres ont documenté une diminution de la transmission parmi les patients après avoir mis en place des mesures de contrôle visant à séparer les patients colonisés de ceux qui ne le sont pas.

Le fait de cohorter les patients colonisés de ceux qui ne le sont pas comporte des risques. En effet B. cepacia est un micro-organisme difficile à identifier au laboratoire et l’état de porteur pourrait passer inaperçu. À l’inverse, une identification erronée de B. cepacia pourrait résulter en la mise en cohorte d’un patient non colonisé par B. cepacia avec les patients colonisés. De plus, les patients colonisés avec une souche peu virulente pourraient acquérir une seconde souche plus virulente avec des conséquences cliniques défavorables pour le patient. En effet, le complexe B. cepacia englobe plusieurs espèces distinctes (genomovars) dont la transmissibilité et le pouvoir pathogène varient significativement. Finalement, l’identification d’un patient atteint de FKP comme porteur de B. cepacia entraîne un phénomène de stigmatisation à son égard. Il est donc très important d’adopter des mesures de contrôle de la transmission parmi ces patients visant à prévenir des nouveaux cas de colonisation sans pour autant stigmatiser les patients déjà colonisés.

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