Épidémiologie et effets de l'infection par le virus du Nil occidental sur la santé humaine : mise à jour 2004

Pour une troisième année consécutive, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) a demandé à l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) de lui fournir une recension des écrits sur l'épidémiologie du virus du Nil occidental (VNO) et ses effets sur la santé humaine en Amérique du Nord. Les connaissances sur le VNO ont progressé vertigineusement au cours de ces dernières années. De nouveaux modes de transmission et de nouveaux syndromes ont été découverts, ce qui permet de mieux comprendre l'épidémiologie et le tableau clinique du VNO et d'apporter une meilleure assistance aux malades. Face à la difficulté de trouver des traitements et des vaccins appropriés, les décideurs ont basé leur stratégie de prévention sur les changements de comportements des populations et la lutte antivectorielle.

De nouvelles informations et découvertes en 2004 complètent les connaissances acquises au cours des dernières années de présence du VNO en Amérique. La présente recension des écrits a permis de mettre en lumière les principaux éléments suivants.

Le VNO est un virus à ARN auquel les trois protéines structurales confèrent des rôles de protection, de contrôle de la fusion avec la cellule hôte et des propriétés biologiques. Ces propriétés biologiques du virus permettent aux organismes infectés d’induire une réponse immunitaire protective et de produire des anticorps neutralisants. Ces connaissances ont été utilisées pour produire des tests de diagnostic plus performants.

L’analyse des repas de sang des moustiques a confirmé que les espèces du complexe Cx pipiens se nourrissent principalement chez les oiseaux et les mammifères. Ce résultat soutient l’hypothèse que ces moustiques, particulièrement Cx pipiens hybrides, peuvent donc être un vecteur prépondérant dans l’amplification virale en milieu zoonotique et à la fois un vecteur passerelle vers les mammifères et les humains. De plus, dans ces repas sanguins, les corneilles étaient sous-représentées. On constate pourtant des mortalités élevées chez cette espèce d’oiseau. La fréquence de l’infection chez celles-ci pourrait être reliée à une transmission par contact direct et par ingestion, compte tenu de ses particularités biologiques notamment l’instinct grégaire et le régime alimentaire omnivore. En outre, des auteurs ont montré que la transmission verticale était possible pour certaines espèces de moustiques.

L’infection par le VNO a été détectée par la présence d’anticorps pour la plupart des espèces animales, souvent en l’absence de signes cliniques. Les carnivores domestiques (chats et chiens) semblent ne pas développer une virémie élevée nécessaire à l’infection de moustiques comme c’est le cas chez la plupart des oiseaux. La transmission orale par ingestion de proies infectées par le VNO semble être une source de transmission entre les prédateurs (mammifères ou oiseaux) et les oiseaux.

Les conditions idéales pour l’expansion du VNO ont été réunies aux États-Unis avec la conjonction de plusieurs éléments favorables dont le fait que les oiseaux soient tous susceptibles à l’infection, n’ayant jamais été en contact avec le virus, la présence d’une espèce de moustique hybride (Cx pipiens à la fois ornithophile et mammophile) vivant à proximité des humains dans des territoires densément peuplés et le climat particulièrement chaud en 1999, 2002 et 2003. Le virus a survécu à l’hiver chez les oiseaux malades ou migrateurs ou les moustiques, ce qui a vraisemblablement contribué à l’établissement du VNO et à son expansion à toute l’Amérique du Nord, de l’est à l’ouest.

Les récentes données épidémiologiques maintiennent qu’environ 80 % des personnes infectées par le VNO sont asymptomatiques alors qu’approximativement 20 % développent une infection fébrile. Généralement, moins de 1 % des personnes infectées font une maladie neurologique grave. La maladie chez les enfants est le plus souvent peu ou pas symptomatique. Cependant, le risque de maladie grave est présent. Par exemple, en 2002, les enfants de 19 ans et moins constituaient 3,6 % des personnes infectées par le VNO qui ont été diagnostiqués et déclarés aux CDC et 70 % ont eu une maladie neuro-invasive, ce qui est compatible avec le fait que l’on demande des épreuves sérologiques surtout lorsque les enfants ont une atteinte sévère.

Les séquelles observées chez les patients adultes infectés par le VNO qui ont une maladie neuro-invasive sont très sévères et persistent longtemps. Seulement, un tiers environ des patients récupèrent totalement au bout d’un an et après 18 mois, une grande proportion des malades a encore des difficultés pour marcher, de la faiblesse musculaire et de la fatigue.

Trois voies de contamination des patients transplantés ont été décrites, soit lors de la transplantation d’organes provenant d’un donneur infecté par le VNO, par l’utilisation de sang infecté chez un patient transplanté et par l’acquisition de l’infection par piqûre de moustiques après le congé de l’hôpital.

Chez l’humain, la fréquence de l’infection causée par le VNO a considérablement diminué, de près de quatre fois aux États-Unis de 2003 à 2004 passant respectivement de 9 862 cas à 2 470 cas. La même tendance est observée au Canada (9 provinces et 1 388 cas en 2003 contre 5 provinces et 25 cas en 2004) et au Québec (17 cas en 2003 contre 3 cas en 2004). Le front épidémique qui a atteint la partie ouest de l’Amérique du Nord semble s’essouffler. L’analyse par zone géographique des données épidémiologiques américaines et canadiennes pour la période 1999-2004 révèle une incidence plus faible dans la zone Atlantique par rapport aux zones Centrale Est, Centrale Ouest et Pacifique. Rares sont les États de la zone Atlantique où l’incidence des cas sévères excède cinq cas par million d’habitants et où la mortalité dépasse un décès par million.

Plusieurs indicateurs sont de plus en plus utilisés pour mesurer l’intensité de la transmission au niveau entomologique et environnemental. La présence de surfaces en eau, la densité et le type de végétation, la perméabilité du sol et le relief ont un impact marqué sur le développement des vecteurs. Des auteurs ont observé que le couvert végétal et la densité démographique des populations humaines pourraient être considérés comme des facteurs de risque de transmission du VNO. De même, des associations entre certaines espèces de moustiques et des regroupements d’espèces végétales ont été mises en évidence. Il est donc parfois possible, à partir de la végétation d’un milieu, de prédire les espèces de moustiques s’y trouvant.

À partir de ces faits, il demeure pertinent que les activités de surveillance doivent être maintenues au Canada et au Québec encore pour quelques années. L’information à la population doit continuer à être orientée sur les méthodes de prévention individuelles et des méthodes de contrôle des moustiques. Des campagnes de sensibilisation doivent cibler particulièrement les personnes les plus à risque de développer une maladie sévère qui sont les personnes immunosupprimées, dont les personnes qui ont reçu une transplantation, et les personnes âgées.

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