Projet de surveillance du diabète chez les Cris d'Eeyou Istchee

Si la prévalence du diabète est élevée dans la population québécoise en général, les études faites auprès des communautés autochtones révèlent que celles-ci présenteraient des prévalences trois fois plus élevées que celles observées dans la population générale (Canada 1999). La prévalence du diabète a connu une croissance importante au cours des 20 dernières années dans la population crie du Nord québécois (Eeyou Istchee) de 20 ans et plus passant de quelques cas avant les années 1980, à environ 5,2 % à la fin des années 80, à 7,1 % en 1991 et grimpant à environ 15 % en 2002 (Brassard, Robinson et al. 1993; CCSSS-BJ 2002). Ces résultats sont en conformité avec les données épidémiologiques observées aux États-Unis et dans certaines régions du Canada. Une étude du Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James montre (CCSSSBJ) qu’il y avait, en 2002, dans la population Eeyou, 1 064 cas connus de tous âges qui souffraient de diabète, soit proportionnellement trois fois plus que la population résidant au sud du Québec (CCSSS-BJ 2002).

Avec une prévalence aussi élevée, le Conseil de santé Cri d’Eeyou Istchee sera confronté à une croissance très importante des complications dues au diabète ce qui accentuera de façon marquée la pression sur son réseau de services dans les années à venir. L’importance de ce problème a d’ailleurs conduit le Conseil Cri de la santé à identifier le diabète comme l’une des deux priorités de santé adoptées en 1995. À titre d’exemple, parmi les cas connus ayant consenti à rendre accessible l’information sur leurs conditions : 58 % affichaient un problème rénal, 11 % souffraient d’un dommage au niveau oculaire, 12 % présentaient des atteintes aux nerfs périphériques et on notait des problèmes vasculaires chez 13 % des cas connus (CCSSS-BJ 2002). Par ailleurs, une étude réalisée parmi la population autochtone du Manitoba estime qu’entre 1996 et 2016, les accidents cérébraux vasculaires seront multipliés par cinq, les maladies cardiovasculaires par dix et la croissance au recours de certains services médicaux (dialyse, amputation des membres inférieurs, cécité) s’accroîtra également par dix (cité dans : Canada 2002).

Cette première étude effectuant le jumelage de bases de données de diverses sources a montré les possibilités de co-enrichissement des divers systèmes de surveillance. Ce jumelage permet une meilleure description des cas de diabète au Système québécois de surveillance du diabète ainsi qu’au NDSS. Ces deux systèmes améliorent l’exhaustivité des cas rapportés particulièrement pour les personnes résidant en région isolée où les services sont dispensés essentiellement par des médecins rémunérés à salaire ou à forfait. Le Système québécois de surveillance du diabète et le NDSS peuvent également mieux identifier les cas de diabète gestationnel et d’intolérance au glucose tout en ayant un diagnostic plus fiable pour l’ensemble des sujets. Par ailleurs, le Système québécois de surveillance du diabète et le NDSS ont la possibilité, par ce jumelage, de produire des prévalences pour une région sociosanitaire québécoise pour laquelle des données n’étaient pas disponibles auparavant. De plus, la date de diagnostic et par conséquent les calculs de durée de maladie sont plus précis.

Ce jumelage des bases de données permet une meilleure estimation des hospitalisations et des consultations médicales posées à l’extérieur de la région d’Eeyou Istchee auprès des cas du Système d’information du diabète cri avec une autre source permettant d’estimer certaines complications. Ce jumelage permet en effet de mieux connaître les actes médicaux posés auprès des cas et ainsi de mieux documenter les complications pour les différents sous-groupes, informations non disponibles actuellement. De plus, ces informations permettent d’estimer les déplacements effectués par les sujets inscrits au Système d’information du diabète cri et ainsi apprécier les coûts relatifs à ces déplacements. Ces informations deviennent très pertinentes pour la planification des services aux personnes diabétiques mais aussi pour l’évaluation des activités du programme de suivi des cas inscrits au Système d’information du diabète cri.

Nous suggérons d’effectuer un jumelage des banques de données sur une base annuelle afin d’améliorer les activités de surveillance et d’évaluation, tant au Système québécois de surveillance du diabète qu’au Système d’information du diabète cri. Ce jumelage pourrait être effectué par l’ajout des cas incidents de l’année au Système québécois de surveillance du diabète avec la même méthodologie que celle employée lors de cette étude. Des discussions entre les responsables des deux systèmes permettront de cerner plus précisément les modalités de transfert d’information entre les deux systèmes.

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2-550-43300-9

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