Évaluation d’une politique obligatoire de vaccination contre l’influenza ou de port d’un masque pour les travailleurs de la santé

L’objectif d’une telle politique est de réduire le fardeau de l’influenza transmis par les travailleurs non vaccinés aux patients et de prévenir les éclosions dans les milieux de soins. Les prémisses sous-jacentes à cette politique sont que ce fardeau est important et que la vaccination des travailleurs contre l’influenza ou le port du masque le réduira substantiellement. Il est difficile d’obtenir, sur une base volontaire, des couvertures vaccinales de plus de 70 % chez les travailleurs des hôpitaux de soins aigus, alors que les politiques de vaccination obligatoire ou de VoM permettent d’atteindre et même dépasser ce niveau de couverture vaccinale.

Contrairement aux autres vaccins dont les composantes sont identiques d’année en année, le vaccin contre l’influenza est continuellement modifié de façon à apparier les souches d’influenza du vaccin à celles qu’on prévoie qui circuleront. De ce fait, alors que l’efficacité et la sécurité des autres vaccins sont bien connues et stables, ces caractéristiques sont plus variables et moins prévisibles pour le vaccin contre l’influenza.

Les connaissances actuelles ne permettent pas de bien quantifier le fardeau de la maladie chez les patients qui serait évitable par la vaccination des travailleurs de la santé, mais ce fardeau est beaucoup moins important que ce qu’ont suggéré les essais cliniques randomisés (ECR) en grappe réalisés dans des centres de soins de longue durée.

L’efficacité du vaccin à protéger directement l’individu vacciné contre l’influenza est très variable d’une saison à l’autre et se situe généralement entre 40 % et 60 %. Cependant, les ECR visant à démontrer l’efficacité de la vaccination des travailleurs pour prévenir indirectement l’influenza chez les patients dont ils ont soin rapportent des résultats plusieurs fois plus élevés que ce que pourrait produire la vaccination, ce qui remet en question les conclusions des auteurs.

Le port d’un masque de procédure durant toute la saison influenza par les travailleurs non vaccinés lorsqu’ils sont asymptomatiques dans le but de protéger les patients ne s’appuie pas sur des preuves scientifiques. Il n’y a pas d’études scientifiques de bonne qualité démontrant la contribution des personnes infectées par l’influenza et asymptomatiques dans la transmission de cette maladie aux patients. De plus, il n’existe pas d’étude démontrant que le port continu du masque de procédure par des travailleurs de la santé asymptomatiques soit une mesure efficace pour prévenir la transmission de l’influenza aux patients. Si l’objectif du port du masque est réellement de protéger les patients et si le masque était vraiment efficace pour réduire le risque de transmission aux patients, il faudrait logiquement qu’il soit aussi porté par les travailleurs vaccinés, puisque, selon la saison, près de la moitié d’entre eux restent susceptibles à la maladie compte tenu de l’efficacité du vaccin.

Le vaccin a un bon profil de sécurité mais sa reformulation annuelle a parfois causé des effets secondaires inattendus. Des études récentes ont rapporté que la vaccination répétée réduisait parfois la protection contre l’influenza.

Le CIQ considère qu’il y a des preuves scientifiques robustes de l’efficacité directe de la vaccination à prévenir l’influenza et celles-ci s’appliquent aux travailleurs vaccinés. Cette protection vaccinale directe des travailleurs de la santé amène vraisemblablement une protection indirecte des patients. Toutefois, le CIQ considère qu’il n’y a pas de quantification du fardeau de l’influenza chez les patients dû aux travailleurs non vaccinés et que les preuves manquent quant à l’efficacité de la vaccination des travailleurs de la santé à réduire ce fardeau en fournissant une protection indirecte aux patients. Une présomption que la vaccination des travailleurs permettrait de réduire un fardeau substantiel chez les patients est insuffisante pour justifier une obligation vaccinale. En l’absence de preuves scientifiques de qualité, le CIQ ne recommande pas la mise en place d’une politique VoM, ni d’une politique de vaccination obligatoire des travailleurs de la santé.

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978-2-550-76801-2

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