Estimation des hospitalisations attribuables à l’influenza selon différentes méthodes

L’impact de la circulation du virus influenza sur la morbidité hospitalière et la mortalité est mesuré traditionnellement par l’analyse des cas d’influenza et de pneumonies (IP), des cas de maladie respiratoire et des cas de décès recensés à l’aide des fichiers administratifs d’hospitalisations, de mortalité et des données de laboratoire de circulation de l’influenza. On estime, à partir de ces chiffres, les cas en excès pendant les épidémies saisonnières du virus par rapport au nombre de cas en période de non-circulation du virus. Cependant, on ne sait pas dans quelle mesure l’utilisation de ces méthodes indirectes est une bonne estimation du fardeau de l’influenza. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a demandé à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) d’estimer l’excès d’hospitalisations et de décès dus à l’influenza selon la meilleure méthode disponible, afin de permettre une mesure plus réaliste de l’impact annuel de l’influenza au Québec.

La première étape de l’approche adoptée a été la conduite d’une étude prospective menée sur plusieurs saisons, afin de mesurer directement la morbidité et la mortalité attribuables à l’influenza. À ce jour, l’étude a été menée pendant les pics de quatre saisons d’influenza. Les rapports pour les trois premières saisons sont disponibles sur le site de l’INSPQ.

La deuxième étape consiste dans une comparaison de la morbidité estimée dans les études prospectives périodiques avec les valeurs estimées obtenues en utilisant des méthodes statistiques indirectes. Cette comparaison, basée sur les données disponibles à ce jour, fait l’objet de ce rapport.

Les résultats de l’étude prospective pour les saisons 2011-2012, 2012-2013 et 2013-2014 ajustés pour l’échantillonnage ont été la référence pour les taux d’hospitalisations attribuables à l’influenza. Des régressions de Poisson selon les méthodes utilisées par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont été appliquées aux données de circulation provinciale de l’influenza du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) et des hospitalisations pour un diagnostic respiratoire extraites de la banque administrative MED-ÉCHO, afin d’obtenir des valeurs estimées indirectes des hospitalisations attribuables à l’influenza.

De manière générale, les deux méthodes suivaient les différences entre les groupes d’âge examinés et les variations d’une saison à l’autre. Cependant, leurs valeurs estimées étaient souvent différentes de ce qui a été observé dans l’étude prospective, sans qu’il soit possible de détecter de tendance claire à la baisse ou à la hausse. Les deux méthodes utilisées ont fourni des valeurs estimées comparables, mais la valeur estimée selon le modèle employé par l’ASPC avait tendance à être plus élevée que celle calculée selon le modèle utilisé par les CDC. La plus grande surestimation par les deux méthodes a été observée parmi les personnes de ≥ 75 ans en 2011-2012 et en 2013-2014, avec des surestimations allant jusqu’à plus de 3 fois que ce qui a été observé dans l’étude prospective.

En conclusion, les méthodes statistiques indirectes utilisées ont la capacité d’identifier les changements relatifs dans les hospitalisations attribuables à l’influenza par strate d’âge et par saison. Cependant, les valeurs estimées ponctuelles spécifiques par groupe d’âge et par saison peuvent ne pas correspondre aux données mesurées dans les études prospectives; des surestimations étant observées le plus souvent, mais des sous-estimations aussi étant possibles. En absence d’autres sources de données, les méthodes statistiques indirectes pourraient être utilisées pour évaluer les tendances historiques des hospitalisations attribuables à l’influenza. Cependant, elles ne sont pas appropriées pour quantifier la morbidité attribuable à l’influenza dans des sous-populations spécifiques pendant des saisons particulières. Étant donné la non-disponibilité en temps réel des banques de données administratives, les méthodes statistiques indirectes ne peuvent pas être utilisées pour la vigie. Une étude ou une surveillance prospective avec confirmation de laboratoire en utilisant des tests pour l’influenza hautement sensibles et spécifiques est essentielle, afin de répondre aux objectifs de surveillance et de vigie.

À la suite de cette analyse, nous recommandons :

  • L’évaluation de la performance de méthodes statistiques améliorées par rapport aux modèles traditionnellement utilisés par les CDC et l’ASPC;
  • L’élargissement de la surveillance à un nombre plus grand de centres hospitaliers (CH), afin d’améliorer la représentativité notamment des complications dues à l’influenza. La possibilité d’utiliser des plateformes informatiques existantes pourrait être explorée;
  • La poursuite des études prospectives, afin de pouvoir calculer plus précisément les taux de référence pour la validation des méthodes indirectes sur plusieurs saisons.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-74971-4

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