Surveillance des maladies infectieuses chez les utilisateurs de drogue par injection – Épidémiologie du VIH de 1995 à 2008 – Épidémiologie du VHC de 2003 à 2008

Au 30 juin 2008, 19 911 questionnaires avaient été administrés à 11 240 individus (tableau 1).

Les trois quarts sont des hommes (8 256/10 931). L'âge moyen chez les hommes est de 34 ans. L'âge moyen des femmes est de 29 ans (tableau 1).

Les UDI recrutés sont moyennement scolarisés, un sur deux (1 926/3 942) n'ayant pas terminé son cours secondaire (tableau 3; données 2003-2008).

La cocaïne est la drogue dont l'injection est la plus répandue (86 % des 3 953 répondants en avaient fait usage); le dilaudid suit avec 35 %. On retrouve ensuite l'héroïne (blanche ou beige/brune) avec 28 % (tableau 5; données 2003-2008). La cocaïne est aussi la drogue la plus souvent injectée par 65 % (2 551/3 932) des participants; les drogues opiacées non prescrites suivent avec 28 % (1 098/3 932) (tableau 10; données 2003-2008).

L'usage des drogues injectées varie beaucoup d'une région à l'autre (tableau 5; données 2003-2008). Si la cocaïne est la drogue dont l'injection est la plus répandue dans toutes les régions (71 à 100 % des répondants dans chaque région), l'injection d'héroïne blanche et d'héroïne beige/brune est particulièrement répandue à Montréal (33 % et 31 % des 1 763 répondants respectivement) et celle de dilaudid l'est moins en Estrie et en Outaouais (15 % et 21 % respectivement). L'injection de morphine non prescrite et celle de crack est beaucoup plus répandue à Ottawa (47 % et 44 % des 807 répondants respectivement).

On remarque des différences importantes concernant les drogues injectées selon l'âge (tableau 7; données 2003-2008). L'injection de drogues opiacées non prescrites par exemple est rapportée par 76 % des UDI de 24 ans et moins (489/642) et par 52 % des UDI plus âgés (1 718/3 311).

Les personnes recrutées font aussi usage de drogues non injectées (tableau 6; données 2003-2008). Parmi 3 957 répondants, 79 % rapportent avoir consommé de l'alcool, 77 % du cannabis, 68 % ont fumé du crack/freebase et la moitié ont consommé de la cocaïne autrement que par injection (50 %). Le crack/freebase est la drogue non injectée la plus souvent utilisée par 27 % (1 044/3 851) des participants (tableau 12; données 2003-2008).

Si l'usage d'alcool et de cannabis est très répandu dans chacun des sites de recrutement, celui des autres drogues non injectées varie (tableau 6; données 2003-2008). L'usage d'amphétamines n'est rapporté, par exemple, que par 16 % des UDI recrutés à Ottawa (125/807) mais par 61 % de ceux du Saguenay–Lac-St-Jean (35/57).

Parmi les drogues consommées autrement que par injection (tableau 8; données 2003-2008), on observe que l'alcool, le cannabis, la cocaïne, les drogues opiacées non prescrites, l'ecstasy et les amphétamines sont plus populaires chez les 24 ans et moins et que les benzodiazépines le sont davantage chez les plus âgés. Parmi les drogues les plus fréquentes, le crack/freebase et le dilaudid sont toutes deux consommées par des proportions comparables de participants des deux groupes d'âge.

Les tendances dans la consommation de différentes drogues entre 2003 et 2007 sont présentées aux figures 1 à 5 (données 2003-2007). La consommation de cocaïne ou crack injectés est stable dans tous les sites de recrutement, sauf à Ottawa/Outaouais où elle est à la baisse. La consommation de drogues opiacées non prescrites injectées est la baisse à Montréal et, depuis 2005, dans les programmes semi-urbains alors qu'elle est à la hausse à Québec. La consommation de dilaudid injecté est à la hausse à Montréal, à Québec et, jusqu'en 2006, dans les programmes semi-urbains. La consommation d'héroïne injectée est à la baisse à Montréal et, depuis 2004, dans les programmes semi-urbains. L'usage d'oxycodone semble être en émergence, plus particulièrement à Québec et dans la région Ottawa/Outaouais. Il se pourrait toutefois que nous sous-estimions l'usage de cette drogue de 2003 à 2005 puisqu'elle n'a été ajoutée explicitement au questionnaire qu'en fin d'année 2005 (elle était auparavant enregistrée dans la catégorie « autres drogues »). La consommation des drogues opiacées non prescrites non injectées est la baisse à Montréal, à Ottawa/Outaouais et, depuis 2005, dans les programmes semiurbains alors que celle du crack/freebase non injecté a augmenté partout.

Le lieu d'injection des six derniers mois qui a été mentionné par le plus grand nombre d'UDI recrutés est sa propre résidence (50 %). Les lieux publics viennent au second rang avec un individu sur quatre (26 %) des UDI recrutés (tableau 16; données 2004-2008), la rue étant le plus fréquent parmi ces lieux publics.

Un individu sur quatre (25 %) a emprunté des seringues usagées (c'est-à-dire déjà utilisées par quelqu'un d'autre), un sur quatre a emprunté de l'eau (22 %) et un sur cinq, des contenants (20 %). On note aussi que 22 % des UDI prêtent des seringues déjà utilisées (tableau 17; données 2003-2008) et que 28 % se sont injectés à tous les jours dans le dernier mois (tableau 18).

Les UDI des milieux urbains présentent un niveau de risque plus élevé pour certains comportements, tant au niveau de la consommation de drogues (tableau 19) qu'au plan sexuel (tableau 22). Les UDI urbains sont par exemple plus souvent des UDI de longue date, plus réguliers dans leur consommation et plus enclins à s'injecter avec des inconnus. Les hommes recrutés en milieu urbain rapportent aussi plus souvent des relations homosexuelles tandis que les femmes rapportent plus souvent des activités de prostitution. Cependant, une plus grande proportion des UDI des milieux semi-urbains s'injectent avec des seringues ou du matériel déjà utilisés par d'autres et se procurent des seringues et les autres matériels principalement auprès d'inconnus.

L'utilisation du condom lors des relations anales ou vaginales, tant par les femmes que par les hommes (tableaux 20 et 21; données 2003-2008), reste trop peu fréquente pour être protectrice (que ce soit avec les partenaires réguliers, occasionnels ou de prostitution). Près d'un homme sur 10 (671/8 230) et près de deux femmes sur cinq (1 069/2 663) rapportent avoir eu des activités de prostitution.

La prévalence du VIH sur l'ensemble de la période d'observation (1995-30 juin 2008) est de 14 % (1 593/11 140). Chez les 40 ans et plus, près d'un individu sur quatre est déjà infecté (tableau 23). Pour la dernière année complète de recrutement (2007), la prévalence dans le réseau est de 18 % (163/909) selon le tableau 24 (données 1995-2007).

La prévalence du VHC sur l'ensemble de la période d'observation (2003-30 juin 2008) est de 63 % (2 480/3 943). Chez les 40 ans et plus, trois individus sur quatre sont déjà infectés (tableau 25; données 2003-2008). Pour la dernière année complète de recrutement (2007), la prévalence dans le réseau est de 68 % (635/933) selon le tableau 26 (données 2003-2007).

La prévalence du VIH est la plus élevée, variant entre 16 % et 18 %, à Montréal, à Ottawa et en Outaouais (tableau 27). La prévalence du VHC est de 65 % en milieu urbain et de 53 % en milieu semi-urbain (tableau 29; données 2003-2008).

Parmi ceux que nous avons trouvés infectés par le VIH, 87 % (507/586) sont aussi infectés par le VHC. À l'inverse, 21 % (507/2 443) de ceux trouvés infectés par le VHC sont aussi infectés par le VIH (tableau 30, données 2003-2008). Parmi l'ensemble, 35 % (1 382/3 904) ne sont infectés ni par le VIH ni par le VHC.

On constate au tableau 34 (données 2003-2008) que parmi ceux que nous avons recrutés, 13 % ignorent leur statut d'infection par le VIH (394 jamais testés et 107 qui ne sont pas allés chercher leur résultat parmi 3 925 individus). Parmi ceux déjà testés, trois sur quatre (74 %) ont eu leur dernier test dans une clinique ou un établissement.

On constate au tableau 35 (données 2003-2008) que parmi ceux que nous avons recrutés, 14 % ignorent leur statut d'infection par le VHC (482 jamais testés et 59 qui ne sont pas allés chercher leur résultat parmi 3 894 individus). Parmi ceux déjà testés, quatre sur cinq (79 %) ont eu leur dernier test dans une clinique ou un établissement.

L'accès aux soins pour le VIH et le VHC dépend de la connaissance du statut d'infection. Parmi ceux que nous avons trouvés infectés par le VIH et le VHC, 71 % savaient qu'ils étaient infectés par les deux virus (tableau 36; données 2003-2008). Parmi ceux-ci, 86 % ont vu un médecin pour une ou l'autre de leurs infections dans les 6 mois précédents, 61 % avaient déjà pris des médicaments pour le VIH, mais pas pour le VHC et 50 % en prenaient encore au moment de l'entrevue.

Parmi ceux que nous avons trouvés infectés seulement par le VIH, 76 % savaient qu'ils étaient infectés par ce virus (tableau 37; données 2003-2008). Parmi ceux-ci, 85 % ont vu un médecin dans les 6 mois précédents, 82 % avaient déjà pris des médicaments pour cette infection et 65 % en prenaient encore au moment de l'entrevue.

Parmi ceux que nous avons trouvés infectés seulement par le VHC, 73 % savaient qu'ils étaient infectés par ce virus (tableau 38; données 2003-2008). Parmi ceux-ci, 42 % ont vu un médecin dans les 6 mois précédents, 11 % avaient déjà pris des médicaments pour cette infection et seulement 2 % en prenaient encore au moment de l'entrevue.

Sur la période 1995-2007, la prévalence du VIH est à la baisse à Ottawa et en Outaouais et semble l'être dans le réseau depuis quelques années (figure 6). Par contre, la prévalence du VHC est stable pour toutes les régions (figure 7; données 2003-2007).

L'incidence du VIH est de 2,9 pour 100  personne-années (PA). Elle est de 3,5 par 100 PA à Ottawa/Outaouais, de 3,3 par 100 PA à Montréal, de 2,4 par 100 PA à Québec et de 1,3 par 100 PA dans les programmes semi-urbains (tableau 42).

L'incidence du VHC est de 27,0 par 100 PA. Elle est de 30,6 par 100 PA à Ottawa/Outaouais, de 27,4 par 100 PA à Montréal, de 30,8 par 100 PA à Québec et de 14,1 par 100 PA dans les programmes semi-urbains (tableau 43; données 1997-2008).

Les taux d'incidence du VIH ont constamment baissé pour l'ensemble du réseau jusqu'en 2002 et à Montréal jusqu'en 2001 (figure 8; données 1995-2006). Sur la période 1995-2003, on observe des diminutions significatives à Québec et à Ottawa/Outaouais. Les tendances à la hausse depuis 2002 dans le réseau, depuis 2001 à Montréal et depuis 2003 à Québec et à Ottawa/Outaouais ne sont pas statistiquement significatives mais devront être suivies de près.

Les taux d'incidence du VHC sont demeurés stables partout sauf à Montréal où une hausse statistiquement significative est observée entre 2002 et 2006 (figure 9; données 1998-2006).

L'emprunt de seringues et la cocaïne comme drogue la plus souvent injectée sont les facteurs de risque principaux associés à la transmission du VIH (valeur-p < 0,001). Le fait de s'injecter au moins une fois par jour dans le dernier mois (valeur-p = 0,072), un âge plus avancé (25 ans et plus, valeur-p = 0,004) et le fait de faire de la prostitution chez les femmes et les hommes (p = 0,012 et p = 0,030) sont aussi associés indépendamment à un risque plus élevé de contracter le VIH (tableau 44).

L'emprunt de seringues (valeur-p < 0,001), la cocaïne comme drogue la plus souvent injectée (valeur-p = 0,013), un âge plus avancé (25 ans et plus, valeur-p = 0,030) et le fait de faire de la prostitution chez les femmes (valeur-p = 0,003) sont associés indépendamment à un risque plus élevé de contracter le VHC (tableau 45; données 1997-2008).

Quand on étudie l'évolution de l'emprunt de seringues et de matériel chez les répéteurs, on observe dans ce sous-groupe une réduction significative des emprunts entre la première et la dernière visite à Montréal, à Québec et à Ottawa/Outaouais, mais pas dans les programmes semi-urbains (tableaux 46 et 47).

Des tendances de fréquence d'injection et d'emprunt de matériel d'injection dans le réseau et par programme de recrutement sont présentées au tableau 49 pour les années 2003-2007. Les nombres totaux d'injections faites avec des seringues déjà utilisées par d'autres ou d'autre matériel déjà utilisé par d'autres sont calculés à partir du nombre d'injections dans le dernier mois et du pourcentage d'emprunt de chaque UDI. On constate, dans l'ensemble du réseau et pour la période 2003-2007, que ce sont de 91 à 95 % des injections qui se sont faites avec des seringues neuves. Étant donné le nombre élevé d'injections rapportées, cela laisse toutefois des milliers d'injections faites avec des seringues déjà utilisées par d'autres.

La proportion de ceux qui rapportent avoir emprunté des seringues dans les six derniers mois a baissé de façon significative dans tout le réseau et dans tous les programmes de recrutement entre 1995 et 2007 (figures 10, 12, 14, 16 et 18). La tendance est aussi à la baisse à Québec bien que cette proportion ait augmenté entre 2001 et 2004 (figure 14). C'est dans les sites de recrutement semi-urbains que la proportion de ceux qui empruntent est par ailleurs la plus élevée (figure 18).

Les tendances observées de 1995 à 2007 dans la fréquence des autres facteurs de risque associés à une incidence plus élevée du VIH varient beaucoup d'un site de recrutement à l'autre (figures 10 à 19). Par exemple, on note une augmentation significative de la proportion de ceux qui rapportent s'être injecté de la cocaïne le plus souvent à Montréal (valeur-p < 0,001) alors que cette proportion baisse à Ottawa/Outaouais, (valeur-p < 0,001), à Québec (valeur-p = 0,002) ainsi que dans les programmes semi-urbains (valeur-p = 0,070).

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ISBN (électronique): 

978-2-550-57679-2

ISBN (imprimé): 

978-2-550-57678-5

ISSN (électronique): 

1918-4557

ISSN (imprimé): 

1918-4549

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