Cancer chez les Autochtones du Québec vivant dans les réserves et les villages nordiques, de 1984 à 2004 : incidence et mortalité

À notre connaissance, aucune donnée sur l’incidence et la mortalité par cancer chez l’ensemble des Autochtones du Québec n’a fait l’objet de publication. La seule mention connue a été dans une étude de faisabilité d’un registre du cancer chez les Inuits au Nunavik pendant un certain temps au cours des années 1970 et 1980. Cette étude révélait que le cancer était quasi inexistant dans cette population. En effet, entre 1969 et 1989, on ne rapporte que 180 cas au Nunavik, bien que le nombre ait tendance à augmenter d’une année à l’autre. Des études réalisées au Canada et aux États-Unis ont suggéré que le profil des populations autochtones est différent du reste de la population générale. Ce petit bassin de population présente une faible incidence de cancer et une faible mortalité par cancer .

Cependant, on constate une augmentation tant de l’incidence du cancer que de la mortalité par cancer. Le changement de mode de vie de ces populations peut favoriser l’émergence des pathologies chroniques qui jadis étaient surtout présentes dans la population non autochtone, et le cancer en fait partie. Ce changement préoccupe les instances de santé publique.

Au Québec, il y a 11 nations autochtones réparties dans 59 réserves et villages. Ces nations sont : les Abénakis, les Algonquins, les Attikameks, les Cris, les Hurons-Wendat, les Inuits, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks, les Innus et les Naskapis. Elles sont dispersées dans les 18 régions sociosanitaires du Québec. La surveillance des cancers chez ces nations, à partir du Fichier des tumeurs et du Fichier des décès, est problématique car il n’y a pas, dans ces banques de données, d’identifiant spécifique pour distinguer les Autochtones du reste de la population.

C’est en utilisant le lieu de résidence fourni dans le Fichier des tumeurs et le Fichier des décès que la présente étude essaie d’identifier les cas de cancer chez les Autochtones afin de dresser le portrait actuel du cancer dans la population autochtone vivant dans les réserves et dans les villages nordiques et de faire état de son évolution entre 1984 et 2004. Ce travail s’inscrit dans le cadre d’un comité sur la surveillance du cancer chez les Autochtones aux États-Unis et au Canada. Ce comité a été formé récemment, et le Québec y participe. L’objectif du comité est de normaliser la surveillance du cancer chez les Autochtones de l’Amérique du Nord et ainsi rendre possible des comparaisons entre les différentes nations autochtones des deux pays puisque, par le passé, plusieurs études ont utilisé des méthodologies différentes les unes des autres.

Les populations autochtones du Québec qui, il y a à peine une vingtaine d’années, étaient peu touchées par le cancer, affichent aujourd’hui des taux d’incidence et de mortalité élevés pour plusieurs types de cancers. De plus, avec une utilisation réduite des mesures de prévention et des services de santé, ces populations disposent de moyens limités pour combattre cette terrible maladie.

Par ailleurs, ces populations sont défavorisées et présentent des caractéristiques et des problèmes de santé comme l’obésité, l’alcoolisme, la faible scolarité, le tabagisme et le diabète qui sont tous autant de facteurs de risque de cancer.

Ainsi, l’ensemble des organisations gouvernementales responsables de la lutte contre le cancer chez les Autochtones du Québec est confronté à plusieurs défis comme la réduction des inégalités en santé, l’augmentation de l’accès aux soins et au dépistage, la réduction de la pauvreté ainsi que les barrières socioculturelles.

Enfin, cette étude a démontré la faisabilité d’une approche qui pourrait s’avérer être une alternative, employée de façon systématique, pour faire la surveillance des cancers chez les Autochtones du Québec. Elle pourrait également être utilisée dans d’autres provinces canadiennes si celles-ci disposent d’un identifiant géographique similaire dans leurs bases de données. Les renseignements portant sur les données de population méritent une investigation particulière. Il faut donc réaliser des estimations de population, soit en ajoutant d’autres sources, soit en utilisant la modélisation pour corriger le sous-dénombrement et ajouter les réserves pour lesquelles il n’y a pas de données disponibles dans les recensements.

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Type de publication: 

ISBN (électronique): 

978-2-550-52088-7

ISBN (imprimé): 

978-2-550-52087-0

Notice Santécom: 

24415