Consolidation des pratiques en violence conjugale dans les CLSC du Québec : étude exploratoire

Cette étude exploratoire porte sur les pratiques d'identification de cas et d'intervention en matière de violence conjugale dans les centres locaux de services communautaires (CLSC) du Québec.

L'étude vise à

  1. recenser les outils d'identification de cas et d'intervention existant au Québec (instruments et documents de référence, programmes de formation et sites Web),
  2. faire état des activités et des pratiques actuelles en violence conjugale dans les CLSC,
  3. identifier les besoins des intervenants dans ce domaine et
  4. identifier des actions pouvant répondre aux besoins identifiés.

Les données utilisées ont été recueillies par le biais de questionnaires remplis sur une base volontaire par des intervenants en violence conjugale (n = 276) et des responsables d'équipe et chefs de programme (n = 17) dans les CLSC, de même que par des répondants du dossier violence conjugale dans les agences de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux (n = 7) (ADRLSSSS). Les données proviennent aussi d'une recherche documentaire et d'entretiens téléphoniques réalisés auprès des répondants des ADRLSSSS et de répondants issus d'organismes travaillant en lien avec la problématique de la violence conjugale.

Cette étude a permis la recension de plus de 75 outils de toutes sortes (instruments et documents de référence, programmes de formation et sites Web) pouvant aider les intervenants des CLSC dans leurs activités d'identification de cas et d'intervention en violence conjugale.

Concernant les pratiques actuelles en violence conjugale, les difficultés des intervenants et leurs besoins, les principales observations qui se dégagent de l'analyse des 276 questionnaires complétés par des intervenants en CLSC sont les suivantes :

  • La majorité des intervenants interrogés (81,3 %) considèrent que leur connaissance de la violence conjugale est «nbsp;adéquate/très adéquatenbsp;» dans le cadre de leur pratique.
  • Les répondants ont en moyenne 11,6 années d'expérience en violence conjugale.
  • Les deux principaux rôles que les répondants se voient jouer en violence conjugale sont la détection de cas et la référence.
  • La référence la plus souvent proposée aux femmes et aux enfants est la référence à une maison d'hébergement. Les hommes sont surtout dirigés vers des groupes d'aide pour conjoints violents.
  • La proportion d'intervenants suivant des femmes victimes de violence conjugale (66,1 %) est presque le double de la proportion d'intervenants suivant des enfants exposés (34,4 %) et des conjoints ayant des comportements violents (34,5 %).
  • Près d'un intervenant questionné sur cinq (18,7 %) ne possède aucun outil d'identification de cas ou d'intervention en violence conjugale.
  • Près du quart des répondants (22,5 %) n'ont jamais été formés en violence conjugale.
  • Environ la moitié des intervenants n'ont pas accès dans leur CLSC à de la supervision clinique (50,2 %) ou à des discussions de cas (48,5 %).
  • Plusieurs intervenants ignorent s'il existe dans leur région des services spécialisés pour les femmes victimes de violence conjugale (2,2 % des intervenants), les enfants exposés (19 %) et les conjoints ayant des comportements violents (8,5 %).
  • Tous les intervenants questionnés disent rencontrer des difficultés dans leurs interventions en violence conjugale, les principales étant la négation du problème par la cliente, la négation du problème par le conjoint et le sentiment d'impuissance de l'intervenant.
  • Tous les intervenants interrogés ont des besoins en matière de violence conjugale. Les principaux besoins exprimés sont les suivants : outils simples et pratiques d'intervention (187 mentions), formation continue sur la problématique de la violence conjugale (173 mentions) et formation sur les aspects éthiques et légaux de l'intervention (156 mentions).
  • L'étude suggère qu'il existe, sur le plan des connaissances, du sentiment de compétence et des pratiques, certaines différences entre les intervenants des deux sexes et entre les intervenants des diverses professions. Les différences observées sont toutefois mineures en ce qui concerne les difficultés rencontrées et les besoins exprimés.

Pour terminer, l'analyse des données concernant les pratiques, les difficultés et les besoins des intervenants interrogés nous a permis d'identifier certaines actions susceptibles d'aider à mieux soutenir les intervenants en CLSC dans leur travail. En bref, elles suggèrent de :

  • Mettre à la disposition des intervenants des outils simples et pratiques d'intervention.
  • Leur faciliter l'accès à des outils d'évaluation de la dangerosité, à des tableaux des conséquences de la violence sur les enfants, à des tableaux des caractéristiques des conjoints violents et à des protocoles de référence écrits.
  • Offrir aux intervenants de la formation continue sur les thèmes suivants : problématique générale, aspects éthiques et légaux de l'intervention et techniques de détection et d'intervention.
  • Dans les formations, accorder une attention particulière aux enfants exposés et aux conjoints ayant des comportements violents.
  • Favoriser la participation des intervenants à des discussions de cas et leur faciliter l'accès à de la supervision clinique.
  • Faire connaître les ressources spécialisées en violence conjugale, particulièrement les ressources s'adressant aux enfants exposés et aux conjoints ayant des comportements violents.

Les résultats obtenus demeurent le reflet de la réalité des personnes ayant pris part à l'étude. Ils doivent donc être interprétés comme des tendances plutôt que comme des constats fidèles de la réalité du terrain.

Auteur(s): 

Sujet(s): 

Type de publication: 

ISBN (électronique): 

978-2-550-48904-7

ISBN (imprimé): 

978-2-550-48903-0

Notice Santécom: