Mobiliser une communauté du sud du Québec pour contrer l'herbe à poux : analyse des coûts de l'intervention et de ses effets sur la distribution spatiale des plants, du pollen et des symptômes d'allergie chez des adultes

Ce rapport présente les principaux résultats d'une étude portant sur la gestion de l'herbe à poux (Ambrosia artemisiifolia), réalisé en collaboration avec la Direction de santé publique de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie, l'Institut National de la Recherche Scientifique – Centre Urbanisation Culture Société et l'Université de Montréal – Faculté de pharmacie. Elle vise principalement à orienter la prise de décision des organisations concernées par la gestion de l'herbe à poux tant aux niveaux provincial et régional que municipal, sur des bases scientifiques et économiques.

Le pollen de l'herbe à poux constitue la plus importante cause de rhinite allergique saisonnière dans tout le nord-est de l'Amérique du Nord (Ziska et al., 2011) et serait responsable de 50 à 90 % des allergies saisonnières (Comtois et al., 1988). L'ampleur de la problématique pour la société québécoise est appuyée par les coûts de la rhinite allergique imputables au pollen de cette plante. En 2005, les coûts pour la société sont évalués entre 156,5 et 240 M$ (Tardif, 2008). La prévalence de la rhinite semble être en constante augmentation depuis les dernières décennies, et ce, à l'échelle mondiale, notamment au Québec.

Si aucun contrôle de la plante n'est effectué, la durée et l'intensité des symptômes, ainsi que la prévalence de l'allergie au pollen de l'herbe à poux augmenteront inévitablement, ce qui contribuera à diminuer de façon notable la qualité de vie des personnes affectées et entraînera des coûts additionnels pour la société. Cela serait d'autant plus regrettable que ces impacts sont évitables puisque des méthodes de contrôle de l'herbe à poux jugées efficaces existent.

L'étude s'inscrit dans la continuité de quatre années d'intervention de mobilisation d'une communauté de la Montérégie autour du contrôle du pollen de l'herbe poux : le Projet Herbe à poux 2007-2010, réalisé par la Direction de santé publique de la Montérégie et Agriculture et Agroalimentaire Canada, en collaboration avec deux municipalités de Montérégie. Ce projet avait pour objectif d'évaluer les effets d'une mobilisation permettant une gestion multisectorielle de l'herbe à poux aux plans environnemental et sanitaire, dans un milieu expérimental (intervention optimale, soit une intervention intensive et concertée pour le contrôle de l'herbe à poux) et dans un milieu témoin (intervention minimale, soit une intervention régulière des terrains, sans accent particulier sur l'herbe à poux et sans mobilisation de la communauté, dans une municipalité comparable à celle du milieu expérimental). La présente étude se divise en deux volets : une analyse spatiale et temporelle ainsi qu'une analyse coût-utilité, à la suite desquelles une évaluation des dimensions sociales associées à la gestion de l'herbe à poux a été effectuée.

L'analyse spatiale et temporelle explore les liens possibles entre la répartition spatiale des plants d'herbe à poux, les concentrations polliniques et la gravité des symptômes d'allergie chez des adultes à partir de données collectées dans le cadre du Projet Herbe à poux 2007- 2010. L'utilisation des systèmes d'informations géographiques pour l'analyse des aéroallergènes est peu répandue et présente une avenue intéressante pour l'examen du phénomène. Cependant, certains résultats de l'analyse spatiale et temporelle justifient une utilisation prudente. Les analyses de régression entre les symptômes de rhinite allergique et les concentrations de pollen n'ont pas permis de mettre en évidence une association statistiquement significative. L'absence de liens forts entre le nombre de plants d'herbe à poux et les concentrations de pollen souligne le besoin d'utiliser des données environnementales plus précises dans ce type d'analyse. Enfin, le modèle généré spécifiquement pour cette étude gagnerait à intégrer des mises à jour récentes de certaines variables, notamment en ce qui concerne des données sur les inventaires de plants d'herbe à poux et sur des résultats récents sur la physiopathologie de la rhinoconjonctivite due au pollen de l'herbe à poux, ce qui permettra d'affiner les analyses.

Le Projet Herbe à poux 2007-2010 a mis en évidence une réduction statistiquement et cliniquement significative de l'intensité de certains symptômes chez une personne allergique sur 2 résidant dans le milieu expérimental, de même qu'une amélioration de la qualité de vie. Le mode d'intervention intégré, tel qu'appliqué, s'est donc montré efficace d'un point de vue de santé publique. Obtenir de tels résultats implique l'allocation de ressources humaines et financières pour certaines organisations, en particulier pour la municipalité, affectation qui pourrait être au détriment d'autres activités de ces organisations. C'est pourquoi une comparaison des 2 modes d'interventions sur l'herbe à poux : l'un optimal, tel que mis en place dans le milieu expérimental du Projet Herbe à poux 2007-2010, l'autre ne ciblant pas spécifiquement l'herbe à poux, sur la base de leurs coûts et de leurs conséquences sur l'environnement et la santé, a été réalisée grâce à une analyse coût-utilité. Il a ainsi été montré que le mode d'intervention intégré est une stratégie très coût-efficace, c'est-à-dire que les ressources sont bien investies comparativement aux gains de santé générés. Le ratio coût-utilité de 5 777 $/année de vie en bonne santé est très inférieur au seuil généralement admis au Canada pour ce type d'évaluation (soit 50 000 $/année de vie en bonne santé). Les résultats de cette évaluation économique appuient donc l'implantation d'un mode intégré de contrôle de l'herbe à poux.

L'analyse des dimensions sociales associées à la gestion de l'herbe à poux visait à déterminer l'acceptabilité des décideurs et des représentants des municipalités et du ministère des Transports du Québec de plusieurs régions du Québec au sujet des coûts et des conséquences du contrôle de l'herbe à poux. L'acceptabilité concernait trois dimensions : 1) les coûts d'une intervention optimale de contrôle de l'herbe à poux et les conséquences de l'intervention pour les personnes allergiques, 2) la volonté d'agir sur le problème visé et 3) l'action des acteurs impliqués dans le contrôle de l'herbe à poux. Six groupes de discussion ont été réalisés à cette fin. Les organisations considèrent comme pertinent le contrôle de la plante sur un plan sanitaire et la contrôlent déjà par différentes méthodes, mais sans tenir compte des périodes de libération du pollen et de l'action d'autres acteurs. Certaines organisations ont l'intention d'augmenter leur intervention suite à l'étude ou d'intervenir avant la libération du pollen de la plante. Par ailleurs, le soutien des instances gouvernementales aux municipalités pour leur contribution au bien-être de la population est souhaité. Les coûts de l'intervention optimale étudiée ont été perçus comme étant élevés, en particulier en ce qui a trait à la mobilisation. La mesure QALY ou les gains pour la santé des personnes allergiques ont suscité un intérêt, mais ces aspects n'ont pas été totalement compris.

Les résultats obtenus depuis le début du processus de recherche, en 2007, permettent d'orienter les actions de santé publique sur de nouvelles connaissances sur la problématique de l'herbe à poux au Québec. Celles-ci sont issues de la combinaison de deux recherches évaluatives et de savoirs tacites (accumulation des connaissances et des expériences pratiques). Elles s'inscrivent dans un courant de recherche internationale sur les conséquences de l'herbe à poux sur la santé publique dans un contexte de changement climatique. La consultation de décideurs et gestionnaires a permis une étape de validation importante des composantes essentielles pour une intervention de contrôle d'herbe à poux efficiente. Ils ont une perception favorable des résultats obtenus grâce à un processus de gestion intégrée et appuient la nécessité de contrôler la plante. Ils se montrent disposés à endosser cette responsabilité dans la mesure où ils seront soutenus dans l'adoption de nouvelles pratiques et alimentés par des connaissances tenant compte des réalités opérationnelles et organisationnelles diverses. Les facteurs ou conditions pouvant influencer la participation au contrôle de l'herbe à poux se résument en trois catégories : le savoir, le soutien, l'adaptation aux milieux.

Les résultats de la présente étude, combinés à l'identification de pratiques exemplaires de gestion de l'herbe à poux depuis 2007, semblent définitivement avoir un effet mobilisateur sur les municipalités. Elles sont en effet de plus en plus nombreuses à vouloir intervenir adéquatement pour le bien-être et la santé des personnes allergiques et à contribuer à la réduction du fardeau de l'allergie au pollen de l'herbe à poux sur la société québécoise.

Sujet(s): 

Type de publication: 

ISBN (électronique): 

978-2-550-69713-8

ISBN (imprimé): 

978-2-550-69712-1

Notice Santécom: