Risque de survenue du syndrome de Guillain-Barré à la suite de l'administration de vaccins pandémiques A(H1N1) durant l'automne 2009 dans la province de Québec

Une campagne de vaccination de masse a été réalisée durant l'automne 2009 au Québec, afin de contrôler une pandémie causée par le virus de l'influenza A(H1N1). Un vaccin monovalent A(H1N1) inactivé adjuvanté (AS03) a été principalement utilisé. À la fin de la campagne, 57 % de la population cible avait été vaccinée. Vu l'histoire de survenue du syndrome de Guillain-Barré (SGB) dans une situation similaire en 1976 aux États-Unis, un mandat d'enquête épidémiologique a été donné, avec l'objectif de détecter tout excès de risque dans les semaines suivant l'administration de ce vaccin.

La période d'étude a débuté le 13 octobre 2009 pour se terminer le 31 mars 2010. Les cas de SGB survenus au cours de cette période ont été recherchés de deux façons. Premièrement, le SGB a été mis sur la liste des maladies à déclaration obligatoire, et un système de surveillance renforcé a été mis en place avec l'obligation de déclarer les nouveaux cas sans égard au statut vaccinal. Tous les neurologues du Québec étaient invités régulièrement à collaborer au signalement. Deuxièmement, tous les patients hospitalisés au cours de cette période avec un diagnostic principal de SGB ont été recensés dans le fichier Med-Écho. Les dossiers médicaux des cas recensés ont été revus, validés et classifiés selon les critères de certitude de la collaboration de Brighton. Le statut vaccinal des cas a été recherché dans le registre provincial de vaccination contre l'influenza pandémique. Les taux d'incidence observés à la suite de la vaccination ont été calculés et comparés aux taux observés dans la population non exposée. Plusieurs fenêtres de risque ont été analysées, soit les 4, 6 ou 8 semaines et les semaines 5 à 8 suivant la vaccination. Les rapports de taux d'incidence et leurs intervalles de confiance avec ajustement pour l'âge et le sexe ont été calculés par régression en fonction d'une distribution de Poisson. Le nombre de cas attribuables par million de doses a été estimé. La méthode du « self-controlled cases series » qui compare le risque de survenue d'un SGB chez les vaccinés durant la période qui suit immédiatement l'administration du vaccin avec le risque observé plus tardivement a également été utilisée. Des analyses de sensibilités ont été réalisées pour tester la robustesse des résultats.

Au total, 83 nouveaux cas de SGB répondant aux critères de sélection ont été répertoriés, dont 71 étaient de certitude de Brighton 1 à 3. Pour l'ensemble de la période d'étude, le taux d'incidence du SGB 1-3 dans la population québécoise âgée de 6 mois ou plus a été de 1,96/100 000 personnes-années, et le taux était de 2,29/100 000 personnes-années en incluant les cas de niveau 4. Chez les vaccinés, un agrégat de cas a été observé dans la période de 4 semaines suivant l'administration du vaccin. Par rapport à l'incidence du SGB dans la population non exposée au vaccin, l'augmentation du risque de SGB de certitude 1 à 3 était statistiquement significative durant la période de 4 semaines suivant l'administration du vaccin (RR = 2,3, IC = 1,2-4,1; p = 0,007), alors que le risque n'était pas augmenté au cours des semaines 5 à 8 (RR = 1,0; IC : 0,4-2,3). Par ailleurs, le risque était augmenté chez les personnes âgées de 50 ans et plus, mais non chez les plus jeunes. Le risque attribuable au vaccin adjuvanté pandémique au cours des 4 semaines suivant la vaccination était d'environ 2 cas par million de doses administrées.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-66946-3

ISBN (imprimé): 

978-2-550-66945-6

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