Certaines pratiques courantes au Nunavik, telles que la consommation d’eau naturelle et de viande crue de gibier, peuvent favoriser l’exposition aux agents pathogènes responsables des zoonoses – infections susceptibles d’être transmises de l’animal à l’humain – ainsi que des maladies d’origine hydrique et alimentaire. Dans le cadre de l’Enquête de santé auprès des Inuits du Nunavik réalisée en 2004, des informations ont été recueillies afin de décrire l’approvisionnement en eau potable et de connaître la prévalence de certaines infections, dont les gastroentérites, parmi la population inuite.

Les résultats révèlent que la région d’appartenance et les caractéristiques socioéconomiques (âge, scolarité et revenu) des répondants principaux (n = 521) sont associées au mode d’approvisionnement en eau potable des ménages (source d’eau potable, type de traitement utilisé à la maison et fréquence de nettoyage du réservoir domestique). Environ le tiers des ménages prélèvent principalement leur eau d’une source naturelle, une pratique plus courante chez les répondants de 50 ans et plus, les moins scolarisés ou ceux résidant sur la côte de la baie d’Hudson. Pour leur part, les participants plus scolarisés, ceux avec un meilleur revenu individuel ou ceux résidant sur la côte de la baie d’Ungava utilisent davantage la filtration comme mode de traitement de l’eau à la maison. Le nettoyage du réservoir domestique est, en contrepartie, plus fréquent parmi les ménages de la baie d’Hudson.

En ce qui concerne les maladies infectieuses, l’enquête a permis de documenter la prévalence des gastroentérites sur une période de trente jours parmi les membres des ménages échantillonnés (n = 2550). Les résultats montrent une prévalence globale pondérée des gastroentérites de 9,6%, avec des taux plus élevés parmi les groupes d’âge extrêmes.

Bien que le mode de préparation des viandes, la promiscuité, la principale source d’eau potable ou le type de traitement de l’eau utilisé par le ménage ne montrent pas d’association avec les épisodes de gastroentérite, le nettoyage fréquent du réservoir d’eau domestique semble avoir un effet protecteur, ce qui suggère que l’eau potable pourrait possiblement être impliquée dans la transmission des infections gastro-intestinales.

Des prélèvements sanguins, réalisés chez des adultes de 18 à 74 ans (n = 917), ont permis de vérifier la séroprévalence des anticorps pour huit zoonoses, soit la trichinellose, la toxocarose, l’échinococcose, la brucellose, la leptospirose, la fièvre Q, la toxoplasmose et la tularémie. Bien que des cas soient rarement déclarés au Nunavik, nos résultats montrent que la population inuite est exposée aux microorganismes responsables de certaines de ces infections, en particulier à Toxoplasma gondii. La consommation fréquente de viande de mammifères marins, de gibier à plumes ou de poisson, ainsi que le nettoyage fréquent du réservoir d’eau domestique semblent être associés à l’infection par T. gondii. Néanmoins, les individus consommant de la viande de phoque cuite ainsi que ceux consommant principalement de l’eau embouteillée ou préalablement filtrée ou bouillie semblent moins infectés.

En regard des zoonoses et des maladies transmises par l’eau ou les aliments, une attention particulière doit être portée aux mesures d’hygiène dans la préparation et la manipulation des aliments. Étant donné les incertitudes quant aux sources potentielles d’infection par T. gondii, il importe de réitérer la recommandation d’éviter la consommation de viande crue ou insuffisamment cuite pour les femmes enceintes séronégatives et les personnes immunosupprimées.

Concernant l’eau de surface non traitée, il serait prudent pour l’ensemble de la population d’éviter d’en consommer sans l’avoir fait bouillir au préalable, en particulier pour les groupes plus à risque. Par ailleurs, les efforts en cours devraient être poursuivis afin de bien identifier les risques microbiologiques associés à l’eau potable au Nunavik.

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