Effets et enjeux d'application des politiques publiques d'affichage nutritionnel : une synthèse de connaissances

Nous avons recueilli des données dans les littératures scientifique et grise et auprès d’acteurs canadiens de la lutte contre l’obésité pour documenter l’efficacité des politiques publiques d’affichage nutritionnel, leurs effets non recherchés, leur équité, leurs coûts, leur faisabilité et leur acceptabilité. Nous en présentons ici les grandes lignes.

Les politiques d’affichage nutritionnel étudiées visent les aliments préemballés ou les restaurants, pour qu’y soit présentée de l’information nutritionnelle soit de manière détaillée (tableau de la valeur nutritive), soit de manière simplifiée (logos). Ces politiques peuvent rendre l’affichage obligatoire ou le laisser facultatif mais encadré par des lignes directrices auxquelles doivent se conformer les firmes qui choisissent d’afficher de l’information nutritionnelle sur leurs produits.

La logique d’intervention des politiques d’affichage suppose que l’information nutritionnelle sera lue, qu’elle sera comprise et qu’elle mènera au choix d’une alimentation plus saine en quantité et en qualité, ce qui contribuera à prévenir l’obésité.

En pratique, ces étapes se vérifient, mais seulement pour une partie des consommateurs. Ainsi, environ la moitié d’entre eux disent lire l’information nutritionnelle, et souvent cette lecture n’est que partielle. L’information détaillée (tableau de la valeur nutritive) est mal comprise, car trop complexe pour le niveau de littéracie et de numéracie de nombreux consommateurs. L’information simplifiée sous forme de logos est mieux comprise, ce qui explique probablement que cette option soit de plus en plus envisagée. L’information nutritionnelle influence positivement les choix alimentaires, mais seulement pour une partie des consommateurs, et parfois modestement. D’autres facteurs concurrencent cette information, notamment les préférences gustatives et le prix des aliments. Peut s’y ajouter le fait, dans le cas des restaurants, que ces derniers représentent parfois une occasion de « se gâter ». Cependant, dans bien d’autres cas, ils sont un lieu d’alimentation fréquent et donc banal.

Finalement, l’impact de l’affichage nutritionnel varie selon les segments de la population : les groupes auprès desquels il est plus efficace sont les femmes, les personnes contrôlant leur alimentation, les personnes les plus éduquées et celles ayant des revenus plus confortables. Malgré leur intérêt pour l’information nutritionnelle, les aînés éprouvent des difficultés à la comprendre.

Pour éviter de creuser les inégalités sociales de santé, un effet incident de l’affichage nutritionnel semble à certains auteurs plus intéressant que l’affichage lui-même. Il s’agit de la reformulation des aliments. L’industrie y procède pour répondre aux pressions des consommateurs que l’information nutritionnelle pousse à réclamer des produits plus sains. Parce que les aliments reformulés profitent même à ceux qui ne consultent pas l’information nutritionnelle, certains auteurs recommandent de privilégier des politiques menant directement à la reformulation. Cependant, ni l’affichage nutritionnel ni la reformulation n’agissent sur l’accessibilité financière des aliments sains, qui représente un enjeu pour les groupes défavorisés.

Quelques données renseignent sur les enjeux d’application de l’affichage nutritionnel.

Les coûts d’application des politiques d’affichage sont assumés par le gouvernement (cf. supervision) et surtout par l’industrie (cf. analyse nutritionnelle des aliments et impression de l’information) qui peut les répercuter sur les prix des aliments, et donc sur les consommateurs. Ces coûts sont plutôt modestes, du moins pour les grandes compagnies. Et ils sont très inférieurs aux bénéfices économiques estimés des politiques d’affichage, réalisés grâce à la baisse des dépenses de santé et à l’augmentation de la productivité (estimations qui doivent cependant être considérées avec prudence, car elles semblent optimistes si on les compare aux données empiriques sur l’efficacité de l’affichage nutritionnel).

La faisabilité de l’affichage nutritionnel repose sur la coopération des multiples acteurs de l’industrie alimentaire. Aussi, les autorités porteuses des politiques d’affichage s’efforcent d’encadrer l’industrie mais aussi de la consulter. Cela n’a pourtant pas toujours empêché des contestations en justice ni le lobbying de l’industrie pour bloquer l’adoption des politiques d’affichage. Sur le plan de la faisabilité concrète, nous avons relevé les problèmes que ces politiques peuvent soulever et les réponses que les acteurs y apportent.

Les consommateurs semblent en majorité favorables à l’affichage sur les aliments et en restaurant, dans un format uniforme, simple mais informatif. La coercition envers l’industrie (affichage obligatoire) leur semble acceptable, et seulement certains considèrent l’affichage nutritionnel comme intrusif envers eux-mêmes.

L’industrie est souvent réticente devant les politiques publiques d’affichage, bien qu’ellemême prenne de nombreuses initiatives en la matière. La coercition déplaît aux membres de l’industrie, mais ils reconnaissent du moins un avantage aux politiques publiques : l’harmonisation de l’affichage, qui le rend plus facile à appliquer et met toute l’industrie sur un pied d’égalité.

Les acteurs oeuvrant en santé et en protection des consommateurs sont en majorité favorables à l’affichage obligatoire, pourvu qu’il soit facilement compréhensible.

Quelle que soit la pertinence d’une politique donnée, il faut garder à l’esprit que l’obésité est un problème multifactoriel perçu de manière variable d’un contexte à un autre. Toute politique doit s’inscrire dans une stratégie cohérente utilisant un ensemble de politiques sélectionnées parmi les plus adaptées pour le contexte ciblé.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-61871-3

ISBN (imprimé): 

978-2-550-61870-6

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