Rapport sur l'utilisation d'un vaccin contre la varicelle au Québec

La varicelle est une maladie virale qui touche 90 % des enfants avant l'âge de 10 ans. Le virus reste présent dans l'organisme. Il produira un zona chez 10 à 20 % des personnes atteintes. Généralement bénigne, la varicelle comporte un risque de complications plus élevé que ce qui est perçu généralement. Ces complications sont surtout cutanées, pulmonaires, neurologiques, digestives et hématologiques. Elles sont particulièrement sévères chez les personnes immunodéprimées. L'infection chez la femme enceinte durant la première moitié de la grossesse peut provoquer une varicelle congénitale grave chez le nourrisson. Les données recueillies au Québec sont comparables à ce qui est observé ailleurs en Amérique du Nord.

La varicelle produit environ deux décès par an au Québec et 400 à 500 hospitalisations, soit un pour 200 cas de varicelle. Chez les enfants, les surinfections cutanées constituent 50% des complications observées. Parmi celles-ci, on note depuis quelques années une recrudescence des infections invasives à Streptocoque β- hémolytique du groupe A. Chez les adultes, ce sont les pneumonies qui sont la complication la plus fréquente (42 %). On observe 1 700 hospitalisations par année pour zona sur un total de 18 000 cas. Plus de 50 % des patients de plus de 60 ans éprouvent des douleurs persistantes (algies post-zona) pendant plusieurs mois.

Le vaccin, à virus vivant atténué, produit une séroconversion chez 95 % des enfants en bonne santé de 12 mois à 12 ans avec une seule dose de vaccin. Il présente une efficacité de 85 % pour prévenir l'infection et 95 % pour prévenir les complications. On sait que la présence d'anticorps persiste pendant plusieurs années mais on ignore évidemment si la protection sera efficace pour la vie entière. L'enfant immunodéprimé et l'adulte obtiennent une protection un peu plus faible et nécessitent l'administration de deux doses. On ignore pour l'instant l'efficacité du vaccin à prévenir le zona. Le vaccin donne peu d'effets indésirables : réaction locale au site d'injection (20 %) et éruption vésiculaire (moins de 5 %). Cette éruption permet la transmission aux contacts réceptifs et peut être suivie d'un zona atténué. À noter que le vaccin homologué actuellement est plus sensible à la chaleur que les autres vaccins du programme régulier.

Le vaccin a fait l'objet d'une recommandation de vaccination universelle des enfants à partir de l'âge de 12 mois de la part des comités aviseurs canadiens et américains. Certains groupes adultes réceptifs devraient également recevoir le vaccin, notamment les travailleurs de la santé et les personnes en contact avec des personnes à haut risque de complications.

Plusieurs travaux de modélisation mathématique ont été réalisés par différentes équipes de chercheurs, dont une équipe du Québec, pour prédire l'impact de la vaccination sur un éventuel déplacement du fardeau de la maladie chez les adultes qui ont des manifestations cliniques plus sévères que les enfants. Deux éléments importants ont été démontrés. La fréquence globale des hospitalisations va diminuer quelque soit le taux de couverture vaccinale atteint, mais il serait souhaitable d'atteindre au moins 80 % de couverture vaccinale pour éviter toute augmentation de la fréquence de l'infection chez les adultes. En l'absence de rattrapage, on peut prévoir la survenue de deux épidémies importantes au cours des 15 à 20 années suivant le début du programme.

Plusieurs études économiques ont été réalisées dont au moins une avec les données canadiennes. De façon générale, ces études démontrent que la somme des frais directs et indirects engendrés par la maladie est supérieure au coût estimé du programme universel. Par contre, les coûts directs sont inférieurs au coût du programme de vaccination si le prix du vaccin reste au-dessus de 35 $ pour une dose.

Le Comité sur l'immunisation du Québec considère donc que la vaccination contre la varicelle constitue un moyen efficace et sécuritaire de diminuer la mortalité et surtout la morbidité engendrée par la varicelle. Différents modèles d'intervention ont été comparés dans le rapport en fonction de leur avantages, inconvénients et coûts associés. Le comité estime que la stratégie la plus efficiente consisterait à introduire la vaccination universelle à 12 mois avec la première dose de vaccin RRO, accompagnée pendant cinq ans d'une vaccination de rattrapage offerte aux enfants recevant leur rappel préscolaire de DCTP et à ceux qui reçoivent l'hépatite B en 4e année et qui n'ont pas encore fait la varicelle.

Comme pour tout programme d'immunisation, certaines études devraient être mises en place en plus de la surveillance de routine afin d'assurer un suivi adéquat et permettre une prise de décision éclairée sur les réaménagements futurs du programme. Il serait en particulier important de suivre une cohorte de vaccinés pour évaluer sur le long terme la nécessité d'administrer des rappels à l'âge adulte. Une meilleure connaissance du zona constitue également une priorité. Enfin, compte tenu du scepticisme de certains travailleurs de la santé sur les bénéfices de l'élimination de la varicelle, il y aurait lieu de mesurer pendant quelques années l'évolution des croyances et attitudes sur la maladie et le programme de vaccination.

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2-550-36998-X

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