Enquête sur la couverture vaccinale des enfants de 1 an et 2 ans au Québec en 2008

L'immunisation constitue l'une des plus grandes réussites en matière de santé publique. Elle est en effet reconnue comme une des mesures les plus efficaces pour prévenir la mortalité, la morbidité et les complications des maladies infectieuses chez les enfants. Les succès dans ce domaine ne sont toutefois pas acquis et il faut exercer une vigilance à cet égard sans quoi les risques de résurgence de ces maladies évitables sont bien réels. Il est donc essentiel de monitorer la couverture vaccinale de façon continue afin de maintenir à un niveau optimal la protection de la population, particulièrement des enfants, contre les maladies évitables par la vaccination. La couverture vaccinale correspond à la proportion de la population visée qui a reçu toutes les doses requises d'un vaccin contre une maladie évitable. Il s'agit d'un indicateur important de la santé des populations et reflète bien le degré de susceptibilité à l'égard des maladies évitables par la vaccination.

Cette étude est la seconde à être réalisée à l'échelle de la province et a utilisé la même méthodologie que celle de l'étude de 2006. Il s'agit d'une étude descriptive transversale réalisée auprès d'un échantillon d'enfants sélectionnés à partir du fichier des personnes assurées (FIPA) de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). La collecte de données s'est déroulée de mai à novembre 2008 auprès de deux cohortes de 1 000 enfants chacune. Les enfants de la cohorte 1 an étaient âgés entre 15 et 17 mois et ceux de la cohorte 2 ans, entre 24 et 26 mois au 1er avril 2008. La collecte de données a été effectuée à l'aide d'un questionnaire postal auto-administré qui reproduisait les pages du carnet de vaccination. Les parents devaient y répondre par écrit et le retourner par courrier. Les parents qui n'ont pas répondu au 1er envoi recevaient une relance postale suivie d'une relance téléphonique et ils pouvaient, s'ils le désiraient, répondre au questionnaire par téléphone. Les dossiers incomplets étaient validés auprès du ou des vaccinateur identifiés par le parent lorsqu'un consentement écrit avait été obtenu.

Les objectifs principaux de l'étude étaient : d'obtenir un estimé de la couverture vaccinale des enfants québécois à l'âge de 15 mois et 24 mois; d'obtenir un estimé de la couverture vaccinale contre l'influenza des enfants québécois à l'âge de 15 mois et 24 mois ainsi que celle de leurs contacts domiciliaires; d'estimer la couverture vaccinale régionale à l'âge de 2 ans des enfants de quatre régions du Québec : Mauricie et Centre-du-Québec, l'Outaouais, Lanaudière et les Laurentides. L'étude avait également comme objectifs de mesurer la conformité au calendrier de vaccination et les retards vaccinaux, de mesurer l'importance de certaines occasions manquées de vaccination, de vérifier l'impact de certaines occasions manquées et des retards vaccinaux sur la complétude du calendrier de vaccination à 15 mois et 24 mois et de mesurer l'impact de certains facteurs sociodémographiques sur la couverture vaccinale.

Les taux de participation sont de 66 % (652/988) pour la cohorte 1 an et de 64 % (629/985) pour la cohorte 2 ans. Un total de 268 dossiers incomplets ont été validés auprès du ou des vaccinateurs. À l'exception de la région de Montréal qui est un peu sous représentée dans les deux cohortes, la répartition des enfants quant au sexe, au rang de l'enfant dans la famille, à l'âge, à la scolarité et à la langue maternelle de la mère est similaire à ce qui est observé avec les données sur les naissances au Québec. Les familles monoparentales sont toutefois sous représentées. Environ 55 % des enfants ont reçu tous leurs vaccins en centre de santé et de services sociaux (CSSS) (mission CLSC).

Les résultats montrent que 75 % des enfants de la cohorte 1 an ont reçu tous leurs vaccins avant l'âge de 15 mois. Cette proportion s'élève à 85 % si on inclut les vaccins administrés à 15 mois et plus. Pour la cohorte 2 ans, ces proportions sont respectivement de 78 % et de 83 %. Dans le cas de la cohorte 2 ans, ces pourcentages signifient une légère diminution par rapport à la situation de 2006. L'écart entre les proportions d'enfants complètement vaccinés avant 15 mois ou 24 mois et les proportions d'enfants vaccinés après ces âges illustre bien l'importance des retards au calendrier de vaccination. Malgré le fait que les enfants rattrapent le retard au cours de la première et deuxième année de vie, il demeure que la protection n'est pas optimale pendant plusieurs mois qui peuvent s'avérer être critiques. Les proportions d'enfants ayant reçu tous leurs vaccins dans un délai d'un mois suivant l'âge recommandé sont assez faibles, soit 32 % pour la cohorte 1 an et 21 % pour la cohorte 2 ans. Par contre, le nombre d'enfants n'ayant reçu aucun vaccin demeure faible, soit entre 1 % et 2 %.

La couverture vaccinale spécifique à chaque antigène révèle que 97 % des enfants de la cohorte 1 an ont reçu les trois doses du vaccin contre la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la poliomyélite et l'haemophilus influenza b (DCaT-P-Hib) avant 15 mois et 86 %, les quatre doses prévues pour la cohorte 2 ans avant 24 mois. Pour les trois doses du vaccin contre le pneumocoque, les proportions sont respectivement de 85 % et 92 % selon la cohorte. En ce qui concerne le vaccin conter la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO), c'est 89 % qui ont reçu le vaccin avant 15 mois (cohorte 1 an) et 84 % qui ont reçu les deux doses prévues au calendrier avant 24 mois (cohorte 2 ans).

Environ un enfant sur quatre a reçu les deux doses du vaccin influenza à l'automne 2007. Cela représente une diminution par rapport à l'enquête de 2006 où il s'agissait d'un enfant sur trois. Il est intéressant de souligner que les enfants ayant reçu au moins une dose du vaccin contre l'influenza en 2007 ont une couverture vaccinale complète nettement supérieure à ceux non vaccinés contre l'influenza (85 % vs 69 % (p < ,0001) pour la cohorte 1 an et 87 % vs 74 % (p = ,0004) pour la cohorte 2 ans).

Plusieurs variables caractérisant l'enfant et sa famille sont liées significativement à une couverture vaccinale complète en analyse univariée. Dans le cas de la cohorte 1 an, il s'agit du lieu de naissance de l'enfant (né au Québec vs né hors Québec), du lieu de vaccination (exclusivement en CSSS vs CM/CH de façon exclusive ou non), du rang de l'enfant dans la famille (1er vs 2e ou plus), de la langue maternelle de la mère (français vs anglais ou autre). Dans le cas de la cohorte 2 ans, le lieu de naissance, le lieu de vaccination et le rang de l'enfant dans la famille ressortent comme étant significativement associés à une meilleure couverture vaccinale. Le taux de population urbaine (TPU) de la MRC de résidence démontrent également un lien significatif avec la couverture vaccinale complète où les territoires ayant un TPU de 99 % à 100 % présentent une couverture vaccinale plus faible (70 %) que les autres MRC (couvertures vaccinales oscillant entre 78 % et 83 %). Il faut noter qu'aucune variable socio-économique n'est liée significativement à la couverture vaccinale.

Les enfants qui reçoivent leur premier vaccin avant l'âge de 3 mois ont une couverture vaccinale de beaucoup supérieure à ceux l'ayant reçu à 3 mois ou après (78 % vs 51 % (p = ,0001) pour la cohorte 1 an et 81 % vs 36 % (p < ,0001) pour la cohorte 2 ans). Les enfants qui n'ont pas reçu en même temps les deux vaccins prévus à 2 mois affichent des couvertures vaccinales complètes très faibles (24 % pour la cohorte 1 an et 39 % pour la cohorte 2 ans). En ce qui concerne les quatre vaccins prévus à la visite de 12 mois, seulement 71 % des enfants de la cohorte 1 an et 72 % de la cohorte 2 ans les reçoivent simultanément. Ces derniers présentent une couverture vaccinale complète de beaucoup supérieure à ceux qui ne reçoivent pas les quatre injections simultanément (99 % vs 43 % (p < ,0001) pour la cohorte 1 an et 91 % vs 53 % (p < ,0001) pour la cohorte 2 ans).

En ce qui concerne l'âge d'administration des différents vaccins, 93 % des enfants de la cohorte 1 an et 95 % de la cohorte 2 ans reçoivent la 1re dose du vaccin DCaT-P-Hib avant l'âge de 3 mois (2 mois + 4 semaines). Comme en 2006, les retards identifiés à 2 mois s'accumulent avec les 2e et 3e doses de DCaT-P-Hib. Ainsi, les proportions d'enfants recevant la 3e dose du vaccin DCaT-P-Hib dans les quatre semaines suivant l'âge recommandé (6 mois) se situent autour de 76 %. En ce qui concerne les vaccins prévus à 12 mois et à 18 mois, les proportions se situent entre 63 % et 74 %.

Des analyses multivariées ont été réalisées afin de mieux comprendre la non-complétude vaccinale. Sommairement, au Québec, le fait de recevoir son premier vaccin à l'âge de 3 mois ou plus alors qu'il est prévu à 2 mois, de ne pas recevoir simultanément les deux injections prévues à cette visite, d'être le 2e enfant ou plus dans la famille, pour la mère d'avoir une langue maternelle autre que le français et pour l'enfant d'être né à l'extérieur du Québec sont des facteurs de risque de ne pas compléter le calendrier de vaccination. Le fait de ne pas recevoir en même temps les quatre vaccins prévus à 12 mois s'ajoute également à ces indices. La présence d'un de ces indicateurs devrait entraîner un suivi particulièrement serré de ces enfants. Des actions doivent donc être entreprises pour augmenter l'accessibilité aux services de vaccination en vue de rejoindre les clientèles les plus vulnérables, réduire les fausses contre-indications, appuyer l'importance des injections multiples tant auprès des vaccinateurs qu'auprès des parents et encourager l'utilisation des calendriers accélérés lorsqu'un retard est constaté. Un système de rappel avant le moment prévu pour la vaccination permettrait également d'améliorer la conformité au calendrier de vaccination.

Cette enquête est la seconde du genre à être menée au Québec et elle devrait être répétée minimalement aux deux ans, tant que le registre de vaccination prévu par la Loi sur la santé publique n'est pas mis en place et complètement opérationnel. La méthodologie d'enquête demeure, en attendant le registre, le meilleur moyen de monitorer l'impact des programmes de vaccination, l'introduction des nouveaux vaccins et l'efficacité des interventions. Aucun système d'information ne permettra toutefois de mettre en lumière certains aspects psychosociaux entourant la vaccination et les études par enquête demeureront un des meilleurs moyens pour comprendre les déterminants de l'atteinte de hauts niveaux de couverture vaccinale.

La formation des vaccinateurs demeure une priorité pour que les programmes de vaccination soient une réussite. Compte tenu du nombre de vaccins à administrer, de la complexité des calendriers d'immunisation, de la réticence des vaccinateurs ainsi que des parents face aux injections multiples, il demeure essentiel de mettre à jour et d'améliorer les compétences des intervenants dans le domaine de l'immunisation.

 

Note(s): 

Veuillez noter que, dans cette publication, différentes corrections ont été apportées dans les tableaux aux pages suivantes : 95, 103, 115, 123, 137, 145, 148, 159 et 167. Il faudrait remplacer ces pages du document par celles jointes à l'errata. (2 juin 2010)

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ISBN (électronique): 

978-2-550-58096-6

ISBN (imprimé): 

978-2-550-58095-9

ISSN (électronique): 

1927-2049

ISSN (imprimé): 

1927-2030

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