Sommaire des résultats d’antibiorésistance des souches de Neisseria gonorrhoeae au Québec : 2017

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Depuis 1988, le Laboratoire de santé publique du Québec, en collaboration avec le réseau des laboratoires du Québec et le Ministère de la Santé et des Services sociaux, maintient un programme de surveillance des infections gonococciques. L’analyse des données du programme permet d'établir un portrait de l’antibiorésistance chez les souches isolées au Québec avec une emphase sur les résultats obtenus au cours de l'année 2017, particulièrement en ce qui a trait aux données de sensibilité réduite aux céphalosporines de troisième génération (C3G) et de résistance à l’azithromycine. Les détails méthodologiques sont disponibles dans les rapports de surveillance antérieurs déposés sur le site web du LSPQ.

Résultats

Le tableau 1 résume les résultats d'antibiorésistance de 2017.

Tableau 1 - Sommaire des antibiogrammes de N. gonorrhoeae au Québec en 2017 (n = 1478)

Antibiotiques Pourcentage*
S I R
Ceftriaxone 99,9 --- 0,1
Céfixime 99,9 --- 0,1
Azithromycine 69,1 --- 30,9
Ciprofloxacine 32 0,7 67,3
Tétracycline 12,9 65,28 21,9

S : sensible; I : intermédiaire; R : résistant
* Selon les critères du CLSI (M100-S27), sauf pour l’azithromycine (Tapsall et al., 1998). Ces critères sont aussi utilisés par le LNM (ASPC, 2017).

Une première souche non sensible à la céfixime (2 mg/L) et à la ceftriaxone (1 mg/L) a été retrouvée chez une femme de la région de Québec; son partenaire le plus récent avait eu des relations sexuelles en Asie (Lefebvre et al., 2018). Une autre souche, non sensible à la céfixime (CMI de 0,5 mg/L), mais sensible à la ceftriaxone, a été identifiée en 2017.

Les analyses ont démontré que 15 souches (1,0 %) présentent une sensibilité réduite (SR) à la céfixime (0,25 mg/L), selon les critères recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS, 2012).

La sensibilité à l’azithromycine (≤ 1 mg/L) continue de diminuer à un rythme inquiétant, atteignant 69,1 % en 2017 (figure 1). Cet antibiotique n’est plus recommandé en monothérapie, mais est utilisé en association avec une C3G dans plusieurs situations (INESSS, 2018a; INESSS, 2018b).

Entre 2010 et 2015, la sensibilité à la ciprofloxacine a oscillé entre 52 % et 68 %. Bien que cet antibiotique ne fasse pas partie des schémas thérapeutiques recommandés au Québec depuis plus de 10 ans, une diminution de la sensibilité semble s’installer, avec un taux de 40 % en 2016 et 32 % en 2017.
Uniquement 13 % des souches sont sensibles à la tétracycline (65 % intermédiaires et 22 % résistantes). Cet antibiotique est un indicateur de sensibilité à la doxycycline, utilisée en association avec une C3G dans certaines situations (INESSS, 2018a; INESSS, 2018b).

La gentamicine a fait son apparition dans les guides de traitement pharmacologique en 2018 (INESSS, 2018a; INESSS, 2018b). Cet antibiotique n’a pas été testé en 2017, mais les données disponibles pour 2015, basées sur les critères utilisés par le Laboratoire national de microbiologie (ASPC, 2017), suggèrent que 11 % des souches seraient sensibles à la gentamicine et 89 % seraient intermédiaires. En utilisant les critères du CLSI (2017) des entérobactéries, seulement 11 % des souches seraient sensibles à la gentamicine (83 % intermédiaires et 6 % résistants).

Le tableau 2 présente l'évolution de la sensibilité aux antibiotiques et le tableau 3, les données de SR aux C3G, depuis 2010. Pour plus de détails, consulter les rapports de surveillance sur le site du LSPQ (Lefebvre et al., 2016) : https://www.inspq.qc.ca/lspq/rapports-de-surveillance.

Figure 1 - Évolution de la sensibilité de N. gonorrhoeae à l'azithromycine au Québec en 2010-2017

 
Tableau 2 - Sensibilité* aux antibiotiques de N. gonorrhoeae au Québec, 2010 – 2017
Années (Nombre de souches testées) 2010
(n = 920)
2011
(n = 797)
2012
(n = 772)
2013
(n = 714)
2014
(n = 906)
2015
(n = 1031)
2016
(n = 1260)
2017
(n = 1478)
Azithromycine 909
(98,8 %)
789
(99,0 %)
759
(98,3 %)
702
(98,3 %)
845
(93,3 %)
903
(87,6 %)
1009
(80,1 %)
1021
(69,1 %)
Céfixime 920
(100 %)
797
(100 %)
772
(100 %)
714
(100 %)
906
(100 %)
1029
(99,8 %)
1259
(99,9 %)
1476

(99,9 %)
Ceftriaxone 920
(100 %)
797
(100 %)
772
(100 %)
714
(100 %)
906
(100 %)
1031
(100 %)
1260
(100 %)
1477
(99,9 %)
Ciprofloxacine 622
(67,6 %)
516
(64,7 %)
402
(52,1 %)
431
(60,4 %)
571
(63,0 %)
551
(53,4 %)
503
(39,9 %)
474
(32,1 %)

*Selon les critères du CLSI (M100-S27), sauf pour l'azithromycine (Tapsall et al., 1998). Ces critères sont aussi utilisés par le LNM (ASPC, 2017)

 

Tableau 3 - Sensibilité réduite* aux C3G chez N. gonorrhoeae au Québec, 2010 – 2017
Années (Nombre de souches testées) 2010
(n = 920)
2011
(n = 797)
2012
(n = 772)
2013
(n = 714)
2014
(n = 906)
2015
(n = 1031)
2016
(n = 1260)
2017
(n = 1478)
Céfixime 0,25 mg/L 2
(0,2 %)
6
(0,8 %)
4
(0,5 %)
3
(0,4 %)
2
(0,2 %)
20
(1,9 %)
3
(0,2 %)
15
(1,0 %)
Ceftriaxone 0,12 mg/L 1
(0,1 %)
1
(0,1 %)
3
(0,4 %)
3
(0,4 %)
35
(3,9 %)
37
(3,6 %)
4
(0,3 %)
Ceftriaxone 0,25 mg/L 0 0 0 0 0 0 0 0

*C3G : Céphalosporines de troisième génération; * Selon les critères recommandés par l'OMS (OMS, 2012)

Conclusion

La surveillance de la sensibilité aux antibiotiques en laboratoire chez N. gonorrhoeae est primordiale. Elle doit être maintenue, particulièrement en présence d’une diminution importante du niveau de la sensibilité à l’azithromycine et de l’apparition de souches non sensibles aux C3G. Cette surveillance permet d’orienter les guides thérapeutiques et soutenir la pratique clinique.

Références

  • CLSI. 2017. Performance standards for antimicrobial susceptibility testing; 27 ed informational supplement. Wayne, Pennsylvania. M100-S27.
  • Tapsall JW, Shultz TR, Limnios EA, Donovan B, Lum G, Mulhall BP. 1998. Failure of azithromycin therapy in gonorrhea and discorrelation with laboratory test parameters. Sex. Transm. Dis. 25:505-508.
  • ASPC. 2017. Surveillance nationale de la sensibilité aux antimicrobiens de Neisseria gonorrhoeae. Rapport sommaire annuel de 2015.
  • Lefebvre B, Martin I, Demczuk W, Deshaies L, Michaud S, Labbé AC, Beaudoin MC, Longtin J. Ceftriaxone-Resistant Neisseria gonorrhoeae, Canada, 2017. Emerg Infect Dis. 2018 Feb;24(2).
  • World Health Organization. 2012. Global action plan to control the spread and impact of antimicrobial resistance in Neisseria gonorrhoeae. http://www.who.int/reproductivehealth/publications/rtis/9789241503501/en/
  • Institut national d’excellence en santé et en service sociaux (INESSS). 2018a. Traitement pharmacologique des ITSS. Infection non compliquée à C. trachomatis ou à N. gonorrhoeae.
    https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Outils/Guides_ITSS/Guide_ITSS-Chlamydia_gonorrhoeae.pdf
  • Institut national d’excellence en santé et en service sociaux (INESSS). 2018b. Traitement pharmacologique des ITSS. Approche syndromique.
    https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/Outils/Guides_ITSS/Guide_ITSS-Syndromes.pdf Lefebvre B., Labbé AC, Longtin J. 2016.
  • Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ). Surveillance des souches de Neisseria gonorrhoeae résistantes aux antibiotiques dans la province de Québec : rapport 2014. https://www.inspq.qc.ca/lspq/rapports-de-surveillance
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