Le programme de surveillance de l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) au Québec a été mis en place en avril 2002. Il est basé sur la déclaration de l'infection par le Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) et sur le recueil de renseignements épidémiologiques sur la personne infectée auprès du professionnel de la santé qui a prescrit le test de dépistage confirmé positif.

Le LSPQ effectue toutes les analyses de confirmation à l'échelle de la province. Pour tout test confirmé positif, une intervenante de santé publique (ISP) téléphone au professionnel qui l'a prescrit en vue de l'enquête épidémiologique et l'enregistrement du cas, si ce dernier n'a jamais été enregistré au programme.

Le programme s'assure d'un enregistrement unique pour une même personne. Le numéro d'assurance maladie (NAM) est utilisé pour éliminer les doublons. L'encryptage du NAM permet de savoir si le cas a déjà été enregistré ou s'il doit faire l'objet d'une enquête épidémiologique pour son enregistrement.

Résultats saillants

Le nombre de tests de dépistage du VIH est à la hausse. Il a augmenté de 34,1 %, passant de 241 995 en 2003 à 324 478 en 2011. La proportion des tests confirmés positifs se maintient à moins de 1 % depuis le début du programme.

Une proportion élevée (21,7 %; 3 869/17 801) des spécimens confirmés positifs depuis 2002 n'ont pas mené à l'enregistrement des cas, essentiellement à cause de l'absence d'un NAM. La majorité (58,0 %; 2 242/3 869) de ces spécimens provenaient de demandeurs de résidence ou de statut de réfugié. Les autres étaient des spécimens à propos desquels les médecins n'ont pas donné suite à la demande de l'ISP pour la collecte épidémiologique, des sérologies d'enfants de moins de 2 ans, des spécimens de sujets recrutés dans des projets de recherche, des spécimens anonymes (provenant des services intégrés de dépistage et de prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang) ou des spécimens de résidants du Québec sans NAM.

Il est important de noter que les cas qui n'ont pas été enregistrés au moment d'un test positif donné peuvent l'avoir subséquemment été à l'occasion d'une nouvelle prescription d'un test, notamment s'ils ne l'étaient pas à cause de l'absence d'un NAM et qu'ils ont obtenu un NAM au moment de la nouvelle demande, ou s'ils ne l'étaient pas parce l'ISP n'avait pas obtenu les données épidémiologiques et que le prescripteur du nouveau test fournit ces informations.

Au total, 527 cas ont été enregistrés en 2011, dont 320 nouveaux diagnostics. De manière générale, le nombre de nouveaux diagnostics est à la baisse dans l'ensemble (p de tendance linéaire = 0,013). Cette diminution globale cache une possible tendance à la hausse chez les jeunes hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HARSAH).

La tendance est à la baisse (p < 0,05) dans les groupes d'âge de 30-49 ans dans l'ensemble, de 35-49 ans chez les hommes et de 15-49 ans chez les femmes.

Concernant les HARSAH, la tendance est à la hausse et à la limite de la signification statistique dans les groupes d'âge de 15-24 ans (p = 0,054) et de 25-34 ans (p = 0,055); elle atteint le seul de signification statistique (p = 0,029) dans le groupe d'âge formé par les HARSAH de moins de 35 ans; elle est à la baisse chez les 35-49 ans (p = 0,004).

Les cas de 2011 portent à 6 916 le nombre de personnes vivant avec le VIH (PVVIH) cumulativement enregistrées depuis avril 2002, dont 3 634 nouveaux diagnostics, 2 945 anciens (test confirmé positif antérieur) et 337 cas avec date de diagnostic indéterminée. À noter que 451 anciens diagnostics sont des cas qui avaient eu leur premier test confirmé positif après l'implantation du programme sans être enregistrés et qui l'ont été après une nouvelle prescription d'un test.

La proportion des nouveaux diagnostics qui avaient déjà été testés pour le VIH auparavant est à la hausse. Elle a augmenté de 25,7 % (114/443) en 2003 à 58,1 % (186/320) en 2011. Le dépistage semble plus important auprès des HARSAH, comparativement aux autres groupes de population à risque, et cela, depuis le début du programme. Près de trois sur quatre (74,2 %; 147/198) HARSAH nouvellement diagnostiqués en 2011 avaient un test négatif antérieur, ce qu'on observait pour moins d'un tiers (30,4 %; 14/46) des nouveaux diagnostics d'infection par des rapports hétérosexuels et 17,5 % (7/40) de ceux des immigrants de pays endémiques pour le VIH. Les HARSAH étaient aussi au premier rang pour le dépistage en 2003, avec 38,1 % (85/223) des nouveaux diagnostics déjà testés négatifs auparavant contre moins de 5,8 % pour les deux autres groupes de population à risque.

Le dépistage intervient encore tardivement dans une proportion relativement élevée (16,3 %; 52/320) des nouveaux diagnostics en 2011. Les personnes concernées étaient rendues au stade du sida ou des infections chroniques symptomatiques du VIH au moment du dépistage de la maladie. Les autres cas étaient asymptomatiques ou avaient des symptômes et maladies non spécifiques du virus.

La majorité (82,0 %; 2 980/3 634) des nouveaux diagnostics sont de sexe masculin.

Les femmes sont en moyenne plus jeunes que les hommes au moment du diagnostic de l'infection (âge médian de 37 ans versus 40 ans pour les hommes).

Une proportion de 14,1 % (92/653) des infections nouvellement diagnostiquées chez les femmes l'ont été lors d'une visite de suivi d'une grossesse. La majorité (69,6 %; 64/92) de ces cas dépistés lors d'une grossesse le sont chez des immigrantes d'Afrique subsaharienne ou d'Haïti.

Si 45,4 % (673/1 409) des femmes enregistrées depuis le début du programme situent leurs origines culturelles en Afrique subsaharienne ou en Haïti, dans l'ensemble, le Canada reste le principal pays de naissance et d'origine ethnoculturelle des cas (70,2 %; 4 773/6 798).

Les cas de 2011 sont comparables à ceux des années précédentes pour la fréquence des catégories d'exposition :

  • Les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HARSAH) restent les plus touchés avec 57,1 % (301/527) des cas et des proportions à la hausse dans les nouveaux diagnostics (61,9 %; 198/320 en 2011 contre 50,3 %; 223/443 en 2003). Plus des deux tiers (70,7 %; 198/280) des nouveaux diagnostics des hommes sont reliés à la transmission homosexuelle.
  • L'origine d'un pays endémique pour le VIH contribue pour 16,9 % (n = 89) des cas. Cette catégorie d'exposition est la plus fréquente chez les femmes avec 53,8 % (50/93) des cas (versus 9,0 %; 39/434 chez les hommes), et la seule qui enregistre annuellement plus de femmes que d'hommes dans les nouveaux diagnostics depuis le début du programme, excepté en 2006 et en 2011.
  • Les infections par des rapports hétérosexuels sans autre risque identifié forment 12,0 % (n = 63) en 2011. En les regroupant avec les cas reliés à l'origine d'un pays où le VIH est endémique et se transmet essentiellement par voie hétérosexuelle, celle-ci est en cause dans 28,8 % (n = 152) des cas. Elle prédomine chez les femmes (82,8 %; 77/93 versus 17,3 %; 75/434 chez les hommes).
  • Les utilisateurs et utilisatrices de drogues par injection (UDI) représentent 7,6 % (n = 40). Le nombre des nouveaux diagnostics UDI reste faible et à la baisse (p = 0,001) dans les données du programme, ce qu'on peut associer à la faible fréquentation des services de dépistage du VIH par les UDI et/ou à une taille de moins en moins importante de la population UDI par le fait qu'il y aurait de moins en moins de produits injectables et de plus en plus de produits absorbés par inhalation (sans injection) sur le marché des drogues.
  • Les individus à la fois HARSAH et UDI représentent 2,7 % (n = 14) des cas; cette proportion varie peu depuis le début du programme.
  • La transmission verticale reste marginale et rare chez les enfants nés de mères d'origine canadienne. Les cas de cette catégorie d'exposition sont majoritairement des immigrants infectés à leur naissance dans leurs pays d'origine. Depuis avril 2002, on compte 31 nouveaux diagnostics de transmission verticale, dont 13 enfants nés au Canada et 18 nés à l'extérieur. Dix des cas nés au Canada et 17 de ceux nés à l'extérieur sont des enfants d'immigrants; versus un enfant né au Canada en 2010 d'une mère d'origine canadienne.
  • La transmission par des dons de sang ou des facteurs de coagulation est également devenue rare après la mise en place du programme de détection et destruction des dons de sang provenant de PVVIH. Depuis avril 2002, le programme rapporte six nouveaux diagnostics de cette catégorie d'exposition pour des personnes pouvant avoir été infectées au Canada avant les mesures de sécurité transfusionnelle en 1985, ou en dehors du Canada pour trois de ces cas qui sont des immigrants.

Les cas restent concentrés à Montréal. Cette ville métropolitaine qui abrite un quart de la population du Québec et la grande majorité des immigrants au Québec, reste la région de résidence de la majorité des PVVIH (61,6 % des cas de 2011). À elle seule depuis le début du programme, elle enregistre 76,0 % (826/1 087) des cas attribués à l'origine d'un pays endémique, 69,3 % (2 398/3 462) des cas des HARSAH, 61,3 % (157/256) des cas à la fois HARSAH et UDI, la moitié (508/1 014) des cas UDI, ainsi que 47,5 % (431/907) des cas de transmission hétérosexuelle sans autre risque.

Commentaires

Le nombre cumulatif de cas au 31 décembre 2011 est en deçà des estimations de prévalence produites par l'Agence de la santé publique du Canada pour le Québec, selon lesquelles environ 19 300 personnes vivaient avec le VIH dans la province en 2011. Les données du programme n'estiment ni la prévalence ni l'incidence du VIH dans la province. Elles portent sur les cas confirmés depuis avril 2002 et dont la collecte épidémiologique est complétée, tandis qu'elles excluent les cas dépistés avant, les cas confirmés depuis avril 2002 qui ne sont pas enregistrés et dont la majorité ne le sont pas à cause de l'absence d'un NAM, et les PVVIH non dépistées qui ignorent qu'elles sont infectées.

Le nombre de nouveaux diagnostics est sous estimé. Les 451 cas ayant eu leur premier test confirmé positif après l'implantation du programme et qui ont été enregistrés après une nouvelle prescription d'un test, seraient des nouveaux diagnostics si le système avait permis de les enregistrer au moment du dépistage (premier test positif) de l'infection.

Les nouveaux diagnostics ne représentent pas les personnes infectées dans la période 2002-2011. L'infection à VIH est une infection chronique associée à une période de latence plus ou moins longue. Une infection contractée à un moment donné peut être diagnostiquée des années plus tard. Beaucoup de personnes peuvent avoir été infectées bien avant l'année du prélèvement du test qui s'est avéré positif et ce ne sont pas toutes les personnes infectées dans la période visée qui subissent un test de détection du VIH. Le nombre de nouveaux diagnostics n'estime donc pas l'incidence de la maladie.

L'élimination des doublons basée sur l'obtention du NAM pour tous les tests confirmés positifs constitue une limite importante à la collecte des données épidémiologiques. Afin d'augmenter la capacité du programme à documenter les cas dépistés, la collecte épidémiologique a été étendue aux cas confirmés sans NAM depuis avril 2012.

Le programme a une faible capacité de différencier les personnes récemment infectées de celles avec des séropositivités anciennes tardivement dépistées, ce qui rend difficile l'interprétation des variations observées dans le nombre de cas.

La tendance observée dans les nouveaux diagnostics chez les jeunes HARSAH est une indication d'une possible augmentation de la transmission de l'infection dans ce groupe de population au centre de l'épidémie du VIH au Québec. Elle pourrait aussi être liée associée au dépistage apparemment plus important chez les HARSAH, comparativement aux autres groupes de population à risque.

De toute évidence, le virus se transmet encore activement au Québec. Combinée à la progression observée des autres ITSS parmi les HARSAH et aux épidémies observées de ces maladies chez les UDI, la progression du VIH dans la population doit continuer d'interpeller les autorités de santé publique.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-66585-4

ISBN (imprimé): 

978-2-550-66584-7

ISSN (électronique): 

1913-3405

ISSN (imprimé): 

1913-3391

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