En 2007, deux études, l'une européenne et l'autre américaine, avaient conclu que le risque de thromboembolie veineuse (TEV) lié à l'utilisation des contraceptifs oraux combinés (COC) contenant de la drospirénone était semblable à celui lié à l'utilisation des COC contenant du lévonorgestrel. En 2009, le British Medical Journal publiait deux nouvelles études, l'une danoise et l'autre néerlandaise, rapportant des résultats opposés aux premières études, soit un risque augmenté de TEV avec l'utilisation des COC contenant de la drospirénone comparativement à ceux contenant du lévonorgestrel. À cette période, les médias nord-américains avaient alerté le public et plusieurs publications, y compris un avis non publié de l'Institut national de santé publique du Québec, avaient exprimé des réserves quant aux conclusions de ces études. Deux ans plus tard, en 2011, le débat reprend&bnsp;: deux autres études, l'une britannique et l'autre américaine, sont publiées sur le même sujet avec des résultats qui remettent en question l'innocuité des COC contenant de la drospirénone. Afin de soutenir les cliniciens dans leurs décisions en matière de soins contraceptifs, l'Institut a réuni, le 9 juin 2011, des experts scientifiques concernés par cette situation afin de dégager un consensus sur les données probantes et les incertitudes scientifiques qui demeurent.

La révision extensive de toutes les études publiées permet de tirer les conclusions suivantes :

  • Les COC, quelle que soit leur composition, augmentent le risque de TEV et ce risque est nettement inférieur à celui associé à la grossesse, à l'accouchement et au post-partum immédiat;
  • Toutes les études présentent des faiblesses méthodologiques qui peuvent invalider leurs résultats;
  • Certaines études suggèrent que les COC contenant du lévonorgestrel seraient associés à un risque de TEV moins élevé que ceux contenant de la drospirénone, mais ces études comportent des faiblesses méthodologiques;
  • Certaines études suggèrent que les COC de 2e et de 3e générations mis ensemble ou les COC de 3e génération seuls seraient associés à un risque de TEV semblable à celui des COC contenant de la drospirénone, mais ces études comportent des faiblesses méthodologiques.

Compte tenu des conclusions énoncées précédemment et en prenant en compte les avantages non contraceptifs des COC et les effets délétères d'une information inadéquate sur les comportements contraceptifs, la position des professionnels et médecins réunis par l'Institut s'énonce comme suit :

  • S'il existe une différence de risque de TEV entre les COC contenant de la drospirénone et ceux contenant du lévonorgestrel, cette différence est faible, de l'ordre de 1 à 2 cas de plus sur 10 000 femmes-années, et ne nécessite pas, dans l'état actuel des connaissances, de changer les pratiques cliniques;
  • L'ordonnance de COC nécessite une démarche clinique qui consiste en :
    • l'évaluation de l'état de santé et de la situation personnelle de la femme,
    • l'élimination des contre-indications absolues,
    • la recherche d'interactions médicamenteuses,
    • le respect des préférences individuelles,
    • le counseling sur les effets secondaires, les signes de danger et les avantages non contraceptifs,
    • le counseling sur l'observance, le risque d'infections transmissibles sexuellement et le suivi;
  • Il est important de rester à l'affût de toutes nouvelles données scientifiques sur les contraceptifs hormonaux afin d'assurer la protection du public tout en réduisant le risque de grossesse non planifiée.

La parution d'information à connotation négative sur les COC dans les médias parlés ou écrits est éventuellement associée à des arrêts prématurés de la contraception, que l'information véhiculée soit cliniquement significative ou non. Il est important de rassurer les femmes quant aux études récentes et de les inciter à continuer de prendre leur contraceptif afin d'éviter des grossesses non planifiées et leurs multiples conséquences aux plans personnel, familial et social.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-62462-2

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