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Résidus d’un anti-inflammatoire vétérinaire dans la viande destinée à la consommation humaine

La phénylbutazone est un anti-inflammatoire non-stéroïdien homologué pour une utilisation exclusive chez les chevaux et qui est non destinée à l’alimentation humaine, ainsi que chez les chiens; il sert à réduire la douleur et la fièvre chez ces animaux. Il n’existe aucune homologation pour un usage chez les bovins, les porcins et la volaille. Les résidus de ce médicament dans la viande consommée sont reconnus comme étant potentiellement toxiques pour l’humain, pouvant notamment entrainer des problèmes hépatiques ainsi qu’une anémie aplasique.

À la fin du mois d’avril, Le journal La Presse a révélé que le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a été informé que l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a trouvé des résidus de phénylbutazone dans deux pièces de bœuf vendus au Québec, provenant vraisemblablement de l’extérieur de la province. Toutefois, selon l’ACIA, la très faible concentration de ces résidus n’entrainera aucun problème de santé; conséquemment, aucun rappel de cette viande ne sera requis. L’ACIA précise cependant qu’elle a une politique de tolérance zéro envers cette substance dans la viande destinée à la consommation humaine.

Selon La Presse, ce n’est pas la première fois que de tels résidus sont retrouvés dans des produits carnés destinés à la consommation humaine. En 2012, des résidus ont été identifiés dans un cheval abattu au Canada, mais provenant de l’étranger alors qu’au début de 2013, c’est dans un lot de viande de veaux lourds du Québec (veaux destinés à la boucherie, comprenant les veaux de lait et les veaux de grain) que de la phénylbutazone a été identifiée; cette viande a été détruite.

La présence de phénylbutazone attire aussi l’attention en France, où Le Nouvel Observateur a rédigé un article sur le sujet. Des carcasses de chevaux ayant reçu ce médicament et provenant de la Grande-Bretagne, des États-Unis et du Canada ont été exportés en France pour être consommées (les Français sont de grands consommateurs de viande équine). L’Office alimentaire et vétérinaire européen a réalisé des audits dans des abattoirs canadiens; la conclusion est qu’il n’existe aucune garantie officielle quant à l’absence de phénylbutazone chez les chevaux. C’est dans une lettre de la délégation canadienne de l’Union européenne, à Ottawa, que cette remarque est précisée, lettre dans laquelle un abattoir localisé au Québec est identifié.

La présence de résidus de phénylbutazone dans la viande équine en France ne semble cependant pas inquiéter l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ni l’Agence européenne des médicaments (EMA) qui concluent que la présence illégale de ce médicament est peu préoccupante pour les consommateurs. Nonobstant cela, l’EMA a estimé, en 1997, qu’il est impossible de fixer un seuil sécuritaire de résidus (limite maximale de résidus) pour la santé humaine. Il faut préciser que ce médicament est par ailleurs exceptionnellement utilisé chez des personnes souffrant d’une forme sévère d’arthrite, pour laquelle aucun autre médicament n’est efficace.

Dans un avis à ses membres en février 2013, l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ) a rappelé qu’il est «non recommandé et fortement déconseillé » d’utiliser la phénylbutazone dans des circonstances autres que celles de l’homologation. Il faut en effet savoir que tout médecin vétérinaire peut, en vertu de la règlementation et selon son jugement professionnel, prescrire un médicament vétérinaire en dehors des directives de l’étiquette (UDDE), mais que cela doit se faire selon des données scientifiques reconnues et suffisamment éprouvées qui démontrent l’efficacité, l’innocuité et les conséquences prévisibles de cet usage en UDDE. Autrement, le médecin vétérinaire contrevient à son code de déontologie. [PC]

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