Appropriation de la démarche Prendre soin de notre monde

Ce rapport traite du déploiement de la démarche Prendre soin de notre monde. Il présente les résultats d’une évaluation portant sur l’appropriation de cette démarche au sein des organisations partenaires du palier national1 et parmi les acteurs de soutien du palier régional. Combinant des données quantitatives et qualitatives, l’évaluation s’intéresse à trois dimensions inhérentes aux processus d’appropriation soit les modalités par lesquelles les acteurs sont mis en relation avec la démarche, leurs attitudes à l’égard de celle-ci et de sa finalité, et la façon dont ils la font vivre dans leurs pratiques. Elle fait également ressortir les défis et obstacles rencontrés et les pistes d’amélioration possibles.

Les résultats montrent que l’appropriation parmi les différents acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux est indéniable et que la mobilisation collective que représente la démarche semble aller de soi. Bien que l’adhésion à la démarche puisse être moins forte chez certaines catégories d’acteurs, les principes de collaboration bénéficient d’une très forte adhésion. On observe un solide appui à l’idée de mieux travailler ensemble pour créer ou maintenir des environnements municipaux favorables à la santé et à la qualité de vie.

Néanmoins, la démarche correspond à une réalité très différente selon les organisations et les fonctions occupées, de même qu’en fonction des régions et des paliers d’intervention. Par conséquent, son appropriation prend aussi des formes très diverses. Par exemple, des variations importantes existent en ce qui concerne les modalités de gestion et de déploiement d’une région à l’autre, la visibilité donnée à la démarche et le spectre des activités privilégiées par les instances régionales de concertation, entre saines habitudes de vie uniquement ou santé et qualité de vie plus largement. Considérées comme un reflet des différences régionales, certaines configurations posent davantage d’obstacles ou de limites à la possibilité de réussite de la démarche, du moins en ce qui concerne son appropriation, par exemple lorsque seul un petit nombre d’individus en porte la vision ou lorsque la vision partagée régionalement est limitée à la préoccupation des saines habitudes de vie.

Les acteurs qui déclarent être personnellement engagés dans la démarche ont davantage tendance à comprendre, à adhérer et à être motivés, et ce, en particulier lorsque leur engagement est explicite ou formel. Ils en perçoivent aussi davantage l’utilité. D’autant plus s’ils sont en lien avec le milieu municipal en participant à une instance de concertation. Ceux qui ont participé à des activités de formation et de sensibilisation manifestent aussi une adhésion et une motivation plus grandes en général. Or, une proportion importante des acteurs engagés dans la démarche occupe nouvellement leur fonction et n’a pas participé à de telles activités dans les dernières années. Ceux qui ont moins d’ancienneté dans leur fonction actuelle ont d’ailleurs moins souvent tendance à bien comprendre la démarche.

Globalement, bon nombre d’acteurs voient l’avantage de la démarche pour le partage d’une vision commune et pour mieux travailler ensemble. Au palier national, on souligne l’utilité de la démarche pour la coordination entre expertises et équipes au sein des organisations gouvernementales et pour une plus grande reconnaissance du rôle des organisations non gouvernementales, notamment. Au palier régional, on évoque souvent l’utilité de la démarche pour susciter ou maintenir l’engagement collectif autour d’une vision partagée. Cependant, les acteurs régionaux ont souvent de la difficulté à percevoir ce que la démarche leur apporte concrètement. Ils mentionnent souvent le manque de communication stratégique relativement à la démarche, le manque d’outils génériques adaptés au soutien qu’ils ont à offrir et l’absence de leviers financiers leur permettant d’interpeller les municipalités en lien avec la démarche.

Des difficultés plus grandes à interpréter, à adapter et à actualiser la démarche par rapport à leurs rôles et responsabilités sont observées pour certaines catégories d’acteurs, notamment ceux œuvrant en petite enfance, en santé environnementale et en développement communautaire. D’autres sont peu informés sur la démarche ou sur ses arrimages régionaux, surtout des représentants d’organisations participant à des concertations régionales sans y avoir de responsabilités de coordination. Enfin, des difficultés spécifiques et importantes sont observées dans la région de Montréal, notamment en lien au partage des rôles, responsabilités et ressources de santé publique sur un territoire où coexistent autant de structures administratives. Un ensemble de facteurs a fortement affecté le déploiement de la démarche dans les premières années. Certains étaient de portée systémique comme la restructuration du réseau de la santé et des services sociaux et l’exercice d’optimisation des ressources en santé publique, tout comme les transformations majeures ayant touché les municipalités et les régions avec entre autres la disparition d’entités importantes comme le Conseil régional des élus. La nature particulière de l’intervention Prendre soin de notre monde, qui n’est ni un programme ni une politique et sans contenu normatif, a également dérouté plusieurs acteurs, en particulier dans le réseau de la santé et des services sociaux.

De nombreux facteurs continuent d’influencer la démarche actuellement et des améliorations seraient souhaitables et possibles. Certaines peuvent s’opérer à travers les ressources et processus de la démarche, par exemple en ce qui a trait aux informations et aux outils qui pourraient être mis à la disposition des acteurs de soutien en région, vers qui de grandes attentes sont dirigées pour travailler avec le partenaire municipal. Mais plusieurs facteurs dépendent plutôt des conditions à faire évoluer du côté des organisations partenaires et des réseaux concernés, pour plus de cohésion et moins d’obstacles.

Il ressort de cette évaluation trois principales recommandations formulées à l’intention des décideurs :

  1. Poursuivre la mobilisation collective visant la création et le maintien d’environnements favorables à la santé et à la qualité de vie en milieu municipal en s’appuyant sur les capacités et les dispositifs en place, tout en les renforçant;
  2. S’adapter à l’évolution rapide des réalités du milieu municipal en poursuivant les efforts de rapprochement des instances stratégiques et des regroupements de professionnels détenant des expertises clés en milieu municipal;
  3. Engager davantage les organisations et les réseaux partenaires de la démarche à concevoir de façon collaborative le développement d’outils et de connaissances, ainsi qu’à structurer le partage de ces outils et connaissances de façon concertée pour renforcer les capacités des acteurs de soutien en région.

Ces recommandations tiennent compte du fait que le contexte national de pandémie lié à la COVID-19 depuis mars 2020 ne remet pas en question la finalité de la démarche ni ses principes de collaboration. Bien au contraire, l’action intersectorielle en santé publique et la collaboration avec les municipalités demeurent essentielles pour maintenir ou créer des environnements favorables à la santé.


1 En décembre 2019, le Comité stratégique était composé de 13 organisations ou instances partenaires : ministère de la Santé et des Services sociaux, Québec en forme (renommé M361), Capsana, Avenir d’enfants, Carrefour action municipale et famille (renommé Espace MUNI), Vivre en Ville, Réseau québécois des villes et villages en santé, Institut national de santé publique du Québec, Table de concertation nationale en promotion et prévention, Table de concertation nationale en santé environnementale, réseau des Tables intersectorielles régionales en saines habitudes de vie (renommé Collectif TIR-SHV), réseau des Unités régionales de loisir et de sport et Fédération québécoise des municipalités.

Appropriation de la démarche Prendre soin de notre monde

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ISBN (électronique): 

978-2-550-88935-9

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