Développement de nouveaux indices de comportements proenvironnementaux liés à la santé

L'adoption de comportements proenvironnementaux diminue l'impact anthropique sur l'environnement et les effets sanitaires qui y sont liés. Le suivi temporel de ces comportements suscite donc un intérêt pour la surveillance sanitaire, tout particulièrement dans un contexte de changements climatiques. Au Canada, certains de ces comportements font l'objet d'une enquête biennale : l'Enquête canadienne sur les ménages et l'environnement (EME). La présente étude vise à développer un indice de comportements proenvironnementaux à partir des résultats de cette enquête développée par Statistique Canada pour répondre aux besoins de l'initiative « Indicateurs canadiens de durabilité de l'environnement ».

L'EME de 2007 portait sur 12 thématiques (p. ex., l'énergie, la conservation de l'eau) et était constituée de 121 questions. Parmi ces questions, 83 étaient en lien avec des comportements, sept étaient sur les caractéristiques sociodémographiques et les 31 dernières étaient des questions filtres, ou portant sur les connaissances, les justifications et pour préciser une information. L'analyse de correspondances multiples (ACM) a permis de regrouper certains comportements et de leur attribuer une pondération dans l'indice en construction. Les provinces canadiennes (n = 10) ont été comparées sur la base de cet indice.

L'ACM a été réalisée sur les 55 questions pour lesquelles il y avait au moins une modalité proenvironnementale1. Deux indices ont été créés à partir de la majorité (39/55) des comportements à l'étude. Le premier indice est constitué de 23 questions. Le lien commun entre ces questions est qu'elles concernent des comportements qui sont effectués à l'intérieur du domicile. Cet indice couvre cinq thèmes de l'EME, soit l'énergie, l'eau (usage à l'intérieur du domicile), le recyclage, le compostage et les décisions en matière d'achat. À l'opposé, le deuxième indice, constitué de 16 questions, mesure les comportements qu'on effectue à l'extérieur du domicile. Il regroupe cinq thèmes de l'EME, soit : l'eau (arrosage de la pelouse et du jardin), les produits chimiques (usage à l'extérieur seulement), les véhicules récréatifs, les décisions en matière de transport et la qualité de l'air.

Les dix provinces canadiennes ont été distribuées selon quatre catégories d'adoption de comportements proenvironnementaux. En général, les provinces n'ont pas les mêmes classements sur les deux indices. Toutefois, l'Île-du-Prince-Édouard, le Québec et la Nouvelle-Écosse se sont relativement bien classés sur les deux indices (figures A et B). La région métropolitaine de recensement (RMR) de Sherbrooke (Qc) est la seule RMR à s'être classée pour chaque indice (intérieur et extérieur) dans la catégorie de celles qui adoptent les plus de comportements proenvironnementaux.

Les comportements peuvent être influencés par divers facteurs, tels que les facteurs contextuels empêchant ou facilitant leur adoption et les normes socioculturelles. Pour l'indice sur les comportements à l'intérieur du domicile, les provinces qui ont un meilleur classement ont, en général, un secteur pour lequel elles se démarquent davantage. Le taux de participation à un programme de recyclage est plus élevé à l'Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse, ce qui pourrait être le résultat de l'obligation légale de recycler dans ces provinces. De même, ce sont principalement les comportements de conservation d'eau qui aident au bon classement de l'Ontario. Le fait que le code provincial du bâtiment exige l'installation d'appareil à faible débit d'eau dans toutes les nouvelles constructions pourrait y avoir contribué.

Pour les comportements d'extérieur, ce sont des provinces situées à l'est du Canada (Québec, Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse et Nouveau-Brunswick) et la Colombie-Britannique qui émergent du lot le plus favorablement, tandis que l'Alberta et la Saskatchewan ont un moins bon classement sur l'indice. Plusieurs questions retenues par cet indice sont en lien avec l'arrosage du jardin ou de la pelouse. Cette pratique peut être influencée par les conditions météorologiques. Ainsi, les épisodes de sécheresse plus fréquents dans la région des Prairies à l'ouest du pays pourraient inciter à l'arrosage, ce qui ne serait pas le cas dans le sud-est, où les précipitations sont plus régulières. Par ailleurs, la proportion de ménages qui appliquent des engrais ou des pesticides chimiques dans les jardins ou sur les pelouses est considérablement plus faible au Québec. Cela pourrait, en partie, s'expliquer par le fait que cette province est la première à avoir adopté, en 2006, une loi provinciale qui interdit la vente de pesticides à des fins esthétiques.

Enfin, les résultats de cette étude ont permis de voir qu'il y a encore place à amélioration, et ce, pour toutes les provinces puisqu'aucune d'entre elles ne s'est classée deux fois dans la catégorie de celles qui adoptent le plus de comportements proenvironnementaux. La surveillance de l'adoption de ces comportements devrait être poursuivie et serait facilitée par l'utilisation des indices sur les Comportements d'intérieur et des Comportements d'extérieur. Cet ajout à la surveillance en santé environnementale poserait également un jalon à la surveillance des impacts sociosanitaires liés aux changements climatiques, puisque la majorité des questions retenues par les deux indices peut être mise en lien avec cette problématique.


1Les modalités proenvironnementales sont définies comme les actions qui contribuent à la préservation de l'environnement.

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ISBN (électronique): 

978-2-550-68297-4

ISBN (imprimé): 

978-2-550-68298-1

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