Dans le cadre du Plan d'action sur les changements climatiques du gouvernement du Québec, l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a effectué, en collaboration avec le Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique (GREZOSP) de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, une consultation sur l'état actuel de la surveillance des zoonoses au Québec et sur l'adéquation de cette surveillance avec les changements climatiques et écologiques attendus à l'horizon 2020.

Le présent rapport présente les résultats d'une consultation avec un devis descriptif reposant principalement sur une approche qualitative. Le cadre d'analyse pour la consultation est basé sur un modèle logique et s'inspire de différents cadres conceptuels de la fonction de surveillance. La consultation a été réalisée en 2011 parmi 32 experts gravitant autour des systèmes ou programmes de surveillance des zoonoses au Québec. Ces experts reflétaient la diversité et la structure de ce milieu et se définissaient à la fois par leur secteur de santé (santé publique, santé humaine, santé des animaux de compagnie et d'élevage, santé des animaux de la faune incluant les vecteurs), par leur fonction en surveillance (gestionnaire, analyste, épidémiologiste, médecin-conseil, vétérinaire, professionnel de laboratoire, fournisseur de données du terrain) et par le type d'employeur (fonction publique provinciale ou fédérale, secteur académique, secteur privé).

La définition du terme zoonose utilisée est celle de l'Organisation mondiale de la Santé. Une zoonose est une maladie ou infection transmise naturellement entre les animaux et l'homme. Dans cette étude, les zoonoses sont divisées selon leur symptomatologie. On distingue ainsi les zoonoses entériques des zoonoses non entériques. Pour les zoonoses présentant des symptômes entériques, la pénétration de l'agent pathogène dans l'organisme se fait généralement par ingestion (ingestion d'eau ou d'aliment contaminé, contact entre des mains contaminées et la bouche). Les maladies suivantes sont des exemples de zoonoses entériques : salmonellose, campylobacteriose, cryptosporidiose, giardiose ou les infections par des Escherichia coli vérocytotoxinogènes. Les zoonoses non entériques n'ont pas comme symptômes principaux des symptômes entériques. Ces zoonoses sont transmises de façons variées et multiples : par ingestion d'eau (leptospirose, tularémie) ou d'aliments (trichinose, tularémie), par inhalation (tularémie, fièvre Q, infection pulmonaire à hantavirus, influenza), par contact (tularémie), par inoculation (tularémie, rage, zoonoses vectorielles).

Les facteurs favorisant l'émergence et la dissémination de zoonoses sont multiples (facteurs biologiques, écologiques, politiques, économiques, climatiques, sociaux) et interreliés. Dans cette étude sur l'adéquation de la surveillance des zoonoses, on distingue les changements climatiques des changements écologiques. Les changements climatiques correspondent à une augmentation de la température et aux évènements météorologiques extrêmes (les vagues de chaleur ou de froid intense, les vents violents, les fortes pluies, les orages, les inondations, les glissements de terrain, les éboulements, le verglas et la grêle). Les changements écologiques, tels que définis dans l'étude, sont l'ensemble des facteurs biologiques, écologiques, économiques et sociaux modifiant l'émergence et la dissémination de zoonoses. Ils sont principalement liés à l'activité humaine (utilisation du territoire, gestion de l'eau, changement de biodiversité, mondialisation des échanges commerciaux et comportement humain).

Décrire les points forts et les zones d'amélioration

L'objectif général consistait à décrire les caractéristiques actuelles et requises à l'avenir du système de surveillance des zoonoses au Québec dans le contexte des changements climatiques et écologiques.

Les points plus spécifiques suivants ont été abordés :

  • Exploration des points forts, des points faibles et des possibles améliorations à apporter à la surveillance actuelle des zoonoses au Québec pour mieux détecter et prévenir les cas.
  • Identification des priorités sur les mesures à privilégier en surveillance et en recherche pour améliorer la surveillance des zoonoses dans le contexte des changements climatiques et écologiques attendus à l'horizon de 2020.
  • Exploration de la perception de l'impact des changements climatiques et écologiques sur les zoonoses.
  • Sensibilisation des acteurs de la surveillance des zoonoses aux impacts des changements climatiques et écologiques sur ces maladies.

L'étude, avec son approche qualitative, ne vise pas la généralisation, mais plutôt une description détaillée et riche des milieux de pratique en surveillance des zoonoses. Cette étude apporte donc des informations contextuelles et des points de vue d'experts qui sont comparés dans la discussion avec les recommandations émises à l'échelle nationale ou internationale. Le rapport présente conjointement les besoins en recherche et les besoins en surveillance exprimés par les répondants pour améliorer la surveillance des zoonoses. En effet, un même besoin pouvait être exprimé sous l'angle de la recherche ou sous l'angle de la surveillance selon la vision des répondants.

Reconnaître les points forts du Québec

Très succinctement, selon les répondants, le Québec se distingue par une infrastructure de base en santé publique généralement forte, tant en santé humaine qu'en santé animale et par l'existence de certains programmes de surveillance intégrés. Ainsi, des partenariats existent pour collaborer et échanger de l'information entre différents ministères et organisations. Toujours selon les répondants, la capacité diagnostique en santé humaine et en santé animale est bonne et la capacité de réaction à l'émergence de nouveaux pathogènes s'est révélée adéquate dans le passé. Les programmes de surveillance suivants sont des exemples actuels de collaboration intersectorielle, d'intégration des données et de création d'outils pour les médecins et vétérinaires en pratique clinique : surveillance de la rage du raton laveur, surveillance de Salmonella enteritidis dans les oeufs de consommation, surveillance des tiques et surveillance des maladies des animaux d'élevage.

Améliorer la surveillance des zoonoses au Québec

La majorité des répondants exprime le besoin d'améliorer la surveillance des zoonoses. Plusieurs en santé publique humaine provinciale expriment un besoin de planification pour les zoonoses non entériques. Il y a un besoin de collaboration et de réseautage entre les différentes disciplines et institutions de santé humaine ainsi qu'un besoin d'expertise pour les professionnels de santé publique et pour les cliniciens. D'autres répondants expriment des besoins de surveillance spécifique. Le besoin de surveillance le plus fréquemment cité concerne la surveillance des zoonoses vectorielles comme la maladie de Lyme et les arboviroses transmises par les moustiques. Viennent ensuite les besoins de surveillance suivants : vigie syndromique pour détecter plus rapidement les maladies entériques, surveillance des parasites, surveillance des maladies liées aux animaux de compagnie et surveillance de l'antibiorésistance dans la communauté.

Comme les zoonoses sont à l'interface entre la santé humaine, la santé animale et l'environnement, l'intégration des données et de l'expertise est ressortie selon les répondants comme un besoin important pour avoir une vision globale de la situation. Cependant, l'expérience acquise avec les différentes structures existantes révèle des barrières à cette intégration. Par exemple, le partage et la propriété des données ainsi que l'obtention des résultats d'analyses faites dans des laboratoires privés sont difficiles. L'incapacité à transférer des données en temps réel vers une structure centralisée, l'absence de définition de cas pour les maladies à notification immédiate en santé des animaux d'élevage et le manque de communication entre les secteurs ont aussi été notés.

De façon plus spécifique, plusieurs points concernant la collecte des données et la capacité diagnostique peuvent être améliorés selon les répondants. Par exemple, les cas individuels et les éclosions de zoonoses alimentaires ou hydriques pourraient être enquêtés plus activement. De même, plusieurs outils diagnostiques de zoonoses non entériques pourraient être améliorés en priorisant les efforts et en créant des collaborations pour obtenir un financement adéquat.

Les répondants identifient aussi les besoins ou problèmes suivants spécifiques à la surveillance des maladies de la faune : organisation difficile de la collecte des spécimens, absence de financement à long terme du diagnostic et capacité diagnostique limitée pour les agents pathogènes émergents.

Comme les zoonoses peuvent avoir des cycles épidémiologiques complexes, le développement de connaissance semble important pour organiser la surveillance des zoonoses entériques et non entériques et pour en définir les meilleures méthodes. En parallèle, la majorité des répondants exprime un besoin de formation ou d'information. Selon les répondants, il y a un besoin général d'information et d'outils pour les cliniciens de santé humaine, de santé animale et pour les professionnels de la santé publique humaine. Selon plusieurs répondants, la diffusion de l'information à l'intérieur du réseau de la santé humaine est à améliorer. Des répondants mentionnent aussi le besoin d'harmoniser entre les acteurs de la santé les messages de communication du risque et de mieux vulgariser les situations épidémiologiques.

Les principaux résultats de l'étude sont comparés sous forme de tableau avec les composants essentiels d'un système de surveillance des zoonoses efficace selon la littérature.

Prendre en compte les changements climatiques et écologiques

Dans la présente étude, la majorité des experts répondant aux questions sur la perception des changements climatiques abordent ces questions de façon scientifique. Ils citent des données ou un manque de connaissance des données pour répondre et notent l'influence des médias sur leur perception de la hausse de température et sur la fréquence et la gravité des évènements météorologiques extrêmes.

Lorsqu'ils sont questionnés sur l'impact des changements climatiques et écologiques sur les zoonoses, la majorité des répondants illustrent leur propos avec un exemple relatif aux zoonoses vectorielles. Plusieurs répondants utilisent un exemple concernant les animaux de la faune et quelques-uns seulement mentionnent l'impact de ces mêmes changements sur les zoonoses entériques. L'impact des changements climatiques et écologiques sur l'incidence des zoonoses d'origine hydrique a été peu mentionné bien que cela apparaisse comme un point majeur dans la littérature.

Les répondants abordent les questions de l'adéquation de la surveillance et de la recherche dans le contexte des changements climatiques et écologiques de deux façons différentes. Selon certains, des gestionnaires pour la plupart, il ne semble pas y avoir de prise en compte des changements climatiques et écologiques dans la surveillance des zoonoses alors que des efforts sont faits en recherche. D'autres, la majorité des répondants, explicitent leur réponse avec des points nécessaires pour améliorer la détection précoce d'évènements dans le temps et dans l'espace, et pour améliorer la collaboration, l'intégration et l'analyse des données. Ces points sont nécessaires à l'adaptation aux changements climatiques et écologiques, mais ne sont pas spécifiques. Plusieurs points avaient été développés précédemment.

Pistes d'action

La discussion du rapport justifie chacune des pistes d'action proposées ci-après. Ces pistes d'action sont destinées aux intervenants de santé humaine impliqués dans la surveillance des zoonoses. Elles sont regroupées en deux catégories. L'une correspondant à l'anticipation de l'émergence des zoonoses et l'autre concernant des aspects de consolidation de la surveillance.

Anticiper l'émergence de zoonoses

Il est possible de détecter et de prévenir l'émergence de zoonoses chez l'homme en surveillant l'apparition ou l'évolution de la maladie chez les hôtes ou les vecteurs animaux. Dans ce cadre, les mesures suivantes devraient faire l'objet de discussion rapidement :

  • Mettre en place la surveillance des moustiques et de leurs agents pathogènes.
  • Maintenir la surveillance de l'émergence de maladies zoonotiques chez la faune.
  • Mettre en place un système de surveillance de la maladie de Lyme (proposition déposée au ministère de la Santé et des Services sociaux par l'équipe zoonose de l'INSPQ en novembre 2011).

L'anticipation de l'émergence des zoonoses va de pair avec une détection précoce des problèmes par les professionnels de la santé et les cliniciens de santé humaine et animale. Les mesures suivantes faciliteraient la détection précoce :

  • Fournir l'expertise nécessaire sur les zoonoses aux professionnels des directions de santé publique (DSP), ainsi qu'aux cliniciens de santé humaine pour détecter rapidement les évènements anormaux. Ces besoins pourraient prendre la forme d'une source d'information centralisée sur le Web destinée aux professionnels de la santé sur l'aspect clinique, les tests diagnostiques, leur interprétation et leur traitement. Ce site inclurait des données sur l'épidémiologie (prévalence par régions, carte de risques, facteurs de risques) des zoonoses entériques et non entériques au Québec (de l'information est actuellement disponible sur le site Web de l'INSPQ pour la rage et le virus du Nil occidental). Cette source d'information centralisée pourrait être accessible au public et permettrait d'harmoniser la diffusion d'information et de situations épidémiologiques vers le public.
  • Sensibiliser les médecins et les vétérinaires sur les zoonoses importantes en médecine humaine ainsi que sur leur rôle dans la détection, le signalement et la déclaration des maladies zoonotiques. Une approche interdisciplinaire pour la formation initiale et continue des médecins, des vétérinaires et des autres professionnels de la santé faciliterait cette sensibilisation.

Consolider la surveillance

Le développement de collaborations et la documentation des besoins relatifs aux zoonoses renforceraient la fonction de surveillance :

  • Favoriser les collaborations entre les agences gouvernementales de santé humaine, de santé des animaux d'élevage et de la faune et les institutions de recherche pour faciliter la mise en place de partenariats pérennes ainsi que d'outils génériques permettant de répondre rapidement à l'émergence d'une maladie.
  • Approfondir les besoins de collaboration et de réseautage entre les différentes disciplines et institutions de santé humaine mentionnés par des répondants provinciaux. Ces besoins pourraient nécessiter la mise en place d'une structure organisationnelle plus forte pour la surveillance des zoonoses non entérique en santé humaine.
  • Réaliser un exercice de priorisation des zoonoses entériques et non entériques en tenant compte entre autres des risques liés aux changements climatiques et écologiques pour des fins d'amélioration des outils diagnostiques en santé humaine. Ceci permettrait de concentrer et d'unir les efforts dans un contexte financier limité.
  • Améliorer la nature de l'analyse des données. Favoriser des rapports présentant une couverture spatiale provinciale, une couverture temporelle continue et une analyse conjointe de données de différentes origines (santé humaine, santé animale, environnement).
  • Mieux documenter l'importance des zoonoses liées aux animaux de compagnie et nouveaux animaux de compagnie.

Author(s): 

Subject(s): 

Publication type: 

ISBN (electronic): 

978-2-550-65923-5

ISBN (print): 

978-2-550-65922-8

Santécom record: