Conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool

Selon les plus récentes statistiques publiées par la Société de l’assurance automobile du Québec (2022), 347 personnes sont décédées sur les routes du Québec en 2021. La conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool est une des principales causes de décès. Parmi les 135 conducteurs décédés en 2020 ayant subi un test d’alcoolémie, 31,9 % avaient une alcoolémie supérieure à la limite permise de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang. Ce pourcentage est supérieur à celui de 2019, qui était de 29,0%1.

Selon plusieurs études, conduire avec une alcoolémie aussi basse que 50mg/100ml augmente significativement le risque de collision mortelle2. Selon une étude québécoise, conduire avec une alcoolémie variant entre 51 et 80 mg d’alcool par 100 ml de sang augmente d’environ quatre fois le risque de collision mortelle. Le risque de collision mortelle s’accroit de manière exponentielle au fur et à mesure que l’alcoolémie augmente, ce risque est respectivement de 23,9 et 176,5 pour des alcoolémies variant entre 81-150 mg/100 ml et 151-210 mg/100 ml3. Malgré le risque entrainé par ce comportement, la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool demeure un comportement encore bien répandu au Québec. Selon un sondage réalisé au mois de janvier 2021 par la Société de l’assurance automobile du Québec, 39,0 % des Québécois ont admis avoir conduit dans les quatre heures suivant la consommation d’alcool (ne serait-ce qu’un verre) au cours des 12 derniers mois4.

Le Québec a toujours lutté intensément contre la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool. Des mesures de dissuasion et de contrôle ont été progressivement intensifiées (ex. : tolérance zéro pour les nouveaux conducteurs, suspension du permis de conduire dès la première offense, saisie du véhicule à la deuxième offense, imposition de l’utilisation d’un antidémarreur éthylométrique). De plus, des programmes d’application sélective de la loi (PAS) ont été implantés et des campagnes de sensibilisation ont été réalisées.

Il faut cependant noter que différentes mesures de prévention ont été recommandées afin de lutter plus efficacement contre l’alcool au volant au Québec :

  • Introduire un article au Code de la sécurité routière afin d’abaisser à 50mg/100ml l’alcoolémie permise pour conduire un véhicule pour tous les conducteurs non assujettis au permis probatoire5, 6, comme c’est le cas dans toutes les autres provinces canadiennes.
  • Promouvoir, lorsque la technologie sera disponible, l’introduction de l’antidémarreur éthylométrique dans les normes de sécurité pour la construction des véhicules7, 8.
  • Favoriser la mise en place des moyens permettant aux policiers d’effectuer le dépistage aléatoire de l’alcool au volant lors d’opérations policières9.
  • Favoriser l’application par les policiers du code criminel en matière de CFA en exigeant un test d’haleine en bordure de route pour les conducteurs impliqués dans un accident ou interceptés en vertu d’une infraction au Code de la sécurité routière10.
  • Accentuer la réalisation de PAS contre la conduite avec les facultés affaiblies par l’alcool9.

La mise en œuvre de ces mesures permettrait de faire des gains supplémentaires en matière de lutte contre l’alcool au volant et de sauver des vies2, 11.

Pour en savoir plus

Références

  1. Société de l’assurance automobile du Québec (2022). Bilan routier 2021. Société de l’assurance automobile du Québec. https://saaq.gouv.qc.ca/saaq/documentation/bilan-routier/
  2. Blais, É. et Maurice, P. (2010). Réduction de la limite d’alcool permise dans le sang pour la conduite d’un véhicule automobile. Direction du développement des individus et des communautés, Institut national de santé publique du Québec. http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1054_AbaissementLimiteLegale.pdf
  3. Dussault, C., Brault, M., Bouchard, J. et Lemire, A. M. (2004). Le rôle de l’alcool et des autres drogues dans les accidents mortels au Québec – Résultats préliminaires. Québec, Société de l’assurance automobile du Québec
  4. SOM.ca (2021). Évaluation de la campagne facultés affaiblies de fin d’année 2020 « Personne ne veut ça pour les Fêtes. Pas d’alcool ou de drogue au volant. https://saaq.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/publications/espace-recherche/rapport-sondage-postcampagne-alcool-drogue-2020.pdf
  5. Blais, É, Lavoie, M. et Maurice, P. (2010). Mémoire déposé à la Commission des transports et de l’environnement dans le cadre des consultations sur le projet de loi no 71, loi modifiant le Code de la sécurité routière et d’autres dispositions législatives. Direction du développement des individus et des communautés, Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/es/node/3160
  6. Table québécoise de la sécurité routière (2009). Deuxième rapport de recommandations. Pour poursuivre l’amélioration du bilan routier. Table québécoise de la sécurité routière. https://securite-routiere.qc.ca/doc/rapport-2.pdf
  7. Table québécoise de la sécurité routière (2007). Pour améliorer le bilan routier. Premier rapport de recommandations de la Table québécoise de la sécurité routière. Table québécoise de la sécurité routière. https://securite-routiere.qc.ca/doc/rapport.pdf
  8. Blais, É. et Maurice, P. (2018). Antidémarreur éthylométrique et conduite avec les facultés affaiblies : efficacité des programmes et recommandations pour en maximiser l’impact. Direction du développement des individus et des communautés, Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/publications/2394
  9. Table québécoise de la sécurité routière (2013). Troisième rapport de recommandations. Pour des routes de plus en plus sécuritaires. Table québécoise de la sécurité routière, ministère des Transports du Québec. https://securite-routiere.qc.ca/doc/rapport-tqsr.pdf
  10. Ministère de la Justice (page consultée le 21 mai 2021). Foire aux questions : modifications au Code criminel relativement à la conduite avec les facultés affaiblies par la drogue et l'alcool, [en ligne], https://www.justice.gc.ca/fra/jp-cj/rlcfa-sidl/qr-qa.html
  11. Blais, É., Sergerie, D. et Maurice, P. (2013). The effect of ignition interlock programs on drinking-and-driving: a systematic review. Dans les Actes du colloque de la 23e Conférence Canadienne Multidisciplinaire en Sécurité Routière. Montréal : Québec. 26-29 mai.

AUTEURS

Étienne Blais, Professeur agrégé
École de criminologie
Université de Montréal

Pierre Maurice, Médecin spécialiste
Sécurité, bien-être et pratiques de consommation dans les milieux de vie
Développement des individus et des communautés
Institut national de santé publique du Québec

Dominique Gagné, Conseillère scientifique
Sécurité, bien-être et pratiques de consommation dans les milieux de vie
Développement des individus et des communautés
Institut national de santé publique du Québec

Last updated: