Dengue

Agent causal

La dengue est une maladie causée par un virus de la grande famille des Flaviviridae incluant plusieurs virus comme celui de la fièvre jaune, l’encéphalite japonaise, le Zika et le virus du Nil occidental.

Du point de vue phylogénétique, le virus de la dengue (DENV) partage plusieurs caractéristiques avec les autres flavivirus, ce qui peut occasionner des réactions sérologiques croisées1.

Il existe 4 sérotypes principaux du virus de la dengue : DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4.

Transmission

La dengue est une arbovirose (de l’anglais arthropod-borne virus), c’est-à-dire qu’elle est transmise par un arthropode, en l’occurrence certaines espèces de moustiques. L’humain est l’hôte principal, bien qu’un cycle sylvatique impliquant certaines espèces simiennes ait été décrit dans certaines régions du monde2.

Le principal vecteur impliqué dans sa transmission est le moustique Aede  aegypti. Une fois infecté par le virus de la dengue, il demeure infectieux pour la durée de sa vie qui est d’environ 3 semaines3.

Dans les dernières années, une autre espèce de moustique, Aedes albopictus (moustique tigre), a émergé dans plusieurs régions tempérées comme vecteur de la dengue et d’autres arboviroses4. Voir la section Arthropodes pour plus de détails sur les vecteurs.

Autres modes de transmission

Certaines données indiquent qu’une transmission maternelle (d’une femme enceinte à son enfant) est possible. Cette transmission verticale semble peu fréquente et dépend du moment où l’infection survient au cours de la grossesse. Une infection pendant la grossesse pourrait occasionner une prématurité, un petit poids à la naissance ou une détresse fœtale5.

Des rares cas de transmission par des produits sanguins ou des dons d’organes ont été signalés5.

Incubation

Le moustique Aedes femelle s’infecte en piquant un hôte en phase virémique et, après une période variant de huit à 12 jours selon la température ambiante (période d’incubation extrinsèque), il peut transmettre le virus à d’autres hôtes5.

La période d’incubation chez l’humain s’étend de trois à 14 jours, mais se situe généralement autour de quatre à 10 jours. Une personne infectée est virémique deux jours avant le début des symptômes et jusqu’à deux jours après la disparition de la fièvre (totalisant quatre à cinq jours en moyenne, mais pouvant aller jusqu’à un maximum de 12 jours de virémie)5.

Tableau clinique

La première infection (primo-infection) par l’un des quatre sérotypes est généralement asymptomatique ou avec des symptômes légers, bien qu’elle puisse parfois entraîner une maladie grave. La réponse immunitaire au DENV est complexe. La primoinfection chez l’humain confère une immunité à vie spécifique au sérotype ainsi qu’une séroprotection croisée brève contre les autres sérotypes, dont la durée varie de plusieurs mois jusqu’à un à trois ans6.

Une infection subséquente par un autre sérotype du virus de la dengue (infection secondaire) est plus susceptible d’être associée à la survenue d’une dengue sévère (voir Tableau clinique), tandis qu’une 3e ou une 4e infection par un autre sérotype du DENV est généralement asymptomatique ou associée à une forme bénigne7.

En 2009, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a révisé la classification des signes et symptômes de la dengue et les a séparés en trois catégories afin de standardiser la prise en charge clinique8 :

  • Dengue sans signal d’alarme
  • Dengue avec signaux d’alarme
  • Dengue sévère

Pour la description de chacune des catégories, consulter l’outil de l’Organisation panaméricaine de la Santé (en anglais seulement).

Phase fébrile

Classiquement, la dengue se caractérise par une forte fièvre d’apparition soudaine, pouvant atteindre 41 °C, accompagnée de myalgies et d’arthralgies intenses, de céphalées frontales et rétro-orbitaires, et d’une rougeur au visage dans les premières 24 à 48 heures.

Cette phase fébrile dure généralement de deux à sept jours. Par la suite, on assiste à une défervescence, puis l’apparition d’une éruption maculopapulaire ayant l’aspect d’un coup de soleil au niveau du tronc et des extrémités, parfois associée à une reprise de la fièvre. Des manifestations hémorragiques bénignes, comme des pétéchies ou des ecchymoses peuvent parfois survenir à ce stade. Certaines complications peuvent également survenir, p. ex. une déshydratation, des convulsions fébriles chez les jeunes enfants.

Une leucopénie ainsi qu’une thrombocytopénie apparaissent souvent lors de la présentation initiale. Les patients dont l’état clinique s’améliore après la défervescence sont considérés des cas sans signal d’alarme8.

Phase critique

Habituellement dans les premiers trois à sept jours de la maladie, on rentre dans la phase critique, où la température corporelle baissera à 37,5 °C ou moins et demeurera basse. La perméabilité capillaire augmente, parallèlement avec celle de l’hématocrite (hémoconcentration). Les complications pouvant survenir dans la phase critique sont le choc hypovolémique (dû à la fuite de plasma), les hémorragies sévères, et l’atteinte d’autres organes cibles comme le foie.

Les patients dont l’état clinique se détériore avec la baisse de la température et qui présentent au moins un des signes/symptômes graves sont considérés des cas de dengue avec signaux d’alarme8.

À partir de ce stade, le patient peut entrer en phase de récupération, ou encore voir une amplification des symptômes et tomber en phase sévère. Voir les sections suivantes.

Phase de récupération

Une fois la phase critique terminée (durée de 48 à 72 h), le patient rentre dans la phase de récupération. On note une amélioration de l’état général, de l’appétit et des symptômes digestifs. La situation hémodynamique se stabilise. La convalescence est souvent marquée par une asthénie pouvant persister jusqu’à un an. La létalité est très faible, soit moins de 1 %9.

Les complications possibles seraient principalement une hypervolémie (surcharge hydrique) si la réhydratation par voie intraveineuse a été excessive.

Phase sévère

La phase critique peut cependant évoluer vers une dengue sévère.

Le principal facteur de risque est une infection antérieure au DENV, les autres étant l’âge, le sérotype infectant, ainsi qu’une prédisposition génétique. En régions endémiques, cette forme se rencontre surtout chez les enfants âgés de moins de 15 ans ainsi que les nouveau-nés de mères ayant contracté la dengue durant la grossesse ou juste avant10.

Bien que la dengue sévère puisse survenir lors d’une primo-infection, elle survient plus fréquemment lors d’une seconde infection avec un autre sérotype (rapport de cotes 2,26)7,9,11. Environ de 2 à 4 % des infections secondaires vont progresser vers une dengue sévère12.

L’une des principales hypothèses pour expliquer ce phénomène est l’Antibody-Dependent Enhancement (ADE) ou Facilitation dépendante des anticorps13. Les anticorps hétérotypiques non neutralisants produits lors de la primo-infection vont causer une réaction immunologique amplifiée lors de la seconde infection, résultant en deux changements physiopathologiques principaux observés dans la dengue sévère, soit une fuite plasmatique ainsi que des anomalies de l’hémostase. Le taux de létalité peut atteindre de 10 à 20 %, mais peut être réduit à moins de 1 % grâce à un diagnostic et un traitement de soutien précoces9.

Les signes/symptômes de la dengue sévère sont (au moins un) :

  • Choc hypovolémique OU détresse respiratoire dus à une fuite plasmatique importante;
  • Hémorragie grave, p. ex. hématémèse, méléna, métrorragie importante, saignement au SNC;
  • Atteinte grave d’un organe cible, p. ex. insuffisance hépatique (AST ou ALT ≥ 1000 IU), myocardite, et altération de l’état de conscience.

Épidémiologie

Au niveau mondial, la prévalence ,de la dengue progresse de façon spectaculaire depuis le début des années 1980 et constitue actuellement l’arbovirose la plus fréquente avec une incidence estimée à de 100 à 400 millions de cas par année5,14, dont quatre millions auraient nécessité une hospitalisation15. Il existe une sous-déclaration importante.

Selon les dernières données, la maladie serait maintenant endémique dans plus de 100 pays du monde (voir carte ci-bas), avec des poussées épidémiques de plus en plus fréquentes5,16. Les régions des Amériques, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental sont les plus touchées. La dengue continue à se propager vers de nouvelles régions d’Europe, de la Méditerranée orientale et d’Amérique du Sud5,17-19.

En 2024, 13 millions de cas ont été signalés dans les Amériques dont plus de 8 000 décès1. Presque tous les pays d’Amérique latine ainsi que les Caraïbes sont touchés. En Europe, où Aedes albopictus s’est établi dans plusieurs pays, des éclosions locales sont survenues en Espagne, en France et en Italie dans les dernières années20. Aux États-Unis, la Floride a aussi rapporté des cas acquis localement21.

Plusieurs facteurs ont contribué à la progression et à la dispersion géographique de la maladie dont l’urbanisation, la surpopulation, la pauvreté, la déficience des infrastructures de santé publique en place, l’absence de politiques concernant les mesures de contrôle environnemental, les changements climatiques, le commerce international ainsi que les déplacements des populations. Dans la plupart des régions urbaines tropicales, plusieurs sérotypes du virus co-circulent, par exemple en Amérique du Sud, créant un état d’hyperendémicité pouvant accroître le risque de dengue sévère5.

Répartition géographique de la dengue

 

Risques en voyage

La dengue est la 1re cause d’affection fébrile chez les voyageurs au retour de toutes les régions tropicales, sauf l’Afrique22.

En Europe, de 2015 à 2019, 11 478 cas de dengue acquis en voyage ont été notifiés, en provenance de 110 pays23 :

  • La majorité (71 %) des cas avaient voyagé en Asie;
  • 18 % des cas étaient en provenance des Amériques, dont près de la moitié acquis dans les Caraïbes;
  • L’Afrique représentait 8 % des cas.

Des données plus récentes en 2023 ont montré un pic d’acquisition en Martinique et au Laos (≥ 100 cas/100 000 voyageurs)24.

Même si la dengue est relativement fréquente chez les voyageurs, le risque de dengue sévère est assez faible. Selon les données de surveillance du réseau international GeoSentinel, sur près de 6 000 cas de dengue analysés entre 2007 et 2022, 1,6 % se sont compliqués, avec 0,5 % de cas sévères27, et un décès25. Près de 27 % des cas dont l’information était disponible ont dû être hospitalisés25. D’autres études font état d’un taux de dengue sévère d’environ 1 à 2 % chez les voyageurs26.

Risque chez les voyageurs québécois

Il existe une sous-déclaration importante des cas au Québec. Le nombre de tests positifs pour DENV dans la province a augmenté au cours de la dernière décennie, particulièrement depuis la fin de la pandémie de COVID-19. Tous les cas de dengue rapportés au Québec sont des cas importés.

En 2024, le LSPQ a rapporté 199 tests positifs, comparativement à 23 en 2022 et 80 en 20231.

Recommandations par pays

La mention Dengue est retrouvée dans le tableau Autres mesures préventives des Recommandations par pays si la dengue est endémique dans ce pays ou une partie du pays. Les éclosions sporadiques dans les pays non-endémiques sont également mentionnées.

Prévention

Prévention chez les voyageurs

En raison de l’absence de traitement spécifique et de l’augmentation mondiale des cas, l’accent doit être mis sur la prévention des piqûres de moustique pour éviter l’infection.

Les voyageurs qui séjournent dans des régions où la dengue est endémique doivent donc prendre des mesures de protection personnelles contre les piqûres de moustiques, voir la section Arthropodes.

Précautions au retour du voyage

Les voyageurs présentant de la fièvre suivant leur retour d’une zone tropicale doivent consulter un médecin de façon urgente afin d’exclure un diagnostic de paludisme, de dengue (l’incubation de la dengue dépasse rarement deux semaines), ou une autre infection associée à leur voyage.

Privilégier l’acétaminophène pour le contrôle de la fièvre.

Éviter d’utiliser les anti-inflammatoires non stéroïdiens (aspirine, ibuprofène etc.), car ils peuvent augmenter le risque d’hémorragie en cas de dengue5.

Un vaccin est-il disponible?

Le développement d’un vaccin contre la dengue est complexe pour plusieurs raisons : les multiples sérotypes circulants, l’absence d’un corrélat de protection reconnu d’où la nécessité de larges études d’efficacité, les mécanismes immunologiques non encore élucidés etc.

Il existe actuellement un seul vaccin tétravalent vivant atténué Qdenga (Takeda), recommandé par l’OMS pour les enfants qui vivent dans des régions endémiques7. Il n’est pas autorisé au Canada, mais est disponible dans certains pays européens pour les voyageurs. Le Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages a émis des recommandations provisoires pour aider les intervenants en santé-voyage à répondre aux questions des voyageurs qui souhaiteraient se procurer ce vaccin en Europe27.

D’autres vaccins sont en cours de développement et pourraient devenir disponibles dans les prochaines années.

Références

  1. Therrien C, Fafard J, Forest-Bérard K. Diagnostic de laboratoire des arboviroses acquises lors d’un voyage ainsi que des arboviroses endémiques en Amérique du Nord: guide de pratique professionnelle. Montréal, Québec: Institut national de santé publique du Québec; 2025. 30 p. (Avis et recommandations).
  2. Vasilakis N, Cardosa J, Hanley KA, Holmes EC, Weaver SC. Fever from the forest: prospects for the continued emergence of sylvatic dengue virus and its impact on public health. Nat Rev Microbiol. 13 juin 2011;9(7):532‑41.
  3. California Department of Public Health. Aedes aegypti (Yellow Fever Mosquito) Fact Sheet. 2016.
  4. European Centre for Disease Prevention and Control. Aedes albopictus - Factsheet for experts. 2016.
  5. Organisation mondiale de la Santé. Dengue et dengue sévère. 2024.
  6. Reich NG, Shrestha S, King AA, Rohani P, Lessler J, Kalayanarooj S, et al. Interactions between serotypes of dengue highlight epidemiological impact of cross-immunity. J R Soc Interface. 6 sept 2013;10(86):20130414.
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  11. Sangkaew S, Ming D, Boonyasiri A, Honeyford K, Kalayanarooj S, Yacoub S, et al. Risk predictors of progression to severe disease during the febrile phase of dengue: a systematic review and meta-analysis. Lancet Infect Dis. juill 2021;21(7):1014‑26.
  12. Halstead S, Wilder-Smith A. Severe dengue in travellers: pathogenesis, risk and clinical management. J Travel Med. 14 oct 2019;26(7):taz062.
  13. Teo A, Tan HD, Loy T, Chia PY, Chua CLL. Understanding antibody-dependent enhancement in dengue: Are afucosylated IgG1s a concern? PLOS Pathog. 30 mars 2023;19(3):e1011223.
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  17. European Centre for Disease Prevention and Control. Aedes aegypti - Factsheet for experts. 2023.
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  26. Wong JM, Rivera A, Volkman HR, Torres-Velasquez B, Rodriguez DM, Paz-Bailey G, et al. Travel-Associated Dengue Cases — United States, 2010–2021. MMWR Morb Mortal Wkly Rep. 2023;72(30):821‑6.
  27. Agence de la santé publique du Canada. Recommandations sur l’utilisation de QDENGA (vaccin contre la dengue) dans les juridictions où il est autorisé pour les voyageurs. 2025.

Auteurs
Comité consultatif québécois sur la santé des voyageurs
Collaborateurs
Karl Forest-Bérard, Secrétariat général
Alejandra Irace-Cima, Direction des risques biologiques