Veille scientifique : lutte contre le tabagisme, volume 16, numéro 2, juin 2026
Dans cette veille, l’équipe tabagisme sélectionne et résume les publications scientifiques récentes qu’elle juge les plus pertinentes au travail des acteurs du réseau de santé publique œuvrant dans le domaine de la lutte contre le tabagisme.
Les barrières rencontrées par les jeunes québécois qui veulent arrêter de vapoter
Contexte
Plusieurs jeunes vapoteurs souhaitent cesser leur usage de la cigarette électronique. L’Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire (ETADJES) 2019 révèle que 38 % des élèves qui ont utilisé une cigarette électronique au cours des 12 derniers mois ont déclaré avoir essayé d’arrêter de vapoter au cours de la même période. Les barrières rencontrées par les jeunes qui veulent cesser de vapoter diffèreraient de celles auxquelles font face les adultes. Les études qui documentent les barrières rencontrées par les jeunes ne permettent pas de quantifier leur importance relative, leur effet cumulatif, ni les associations avec les taux de succès.
Objectif
La présente étude vise à documenter l’association entre les barrières et des caractéristiques individuelles, et les liens avec l’abstinence, à partir de données recueillies par le cycle 2022-2023 de l’étude COMPASS-Québec, conduite dans 99 écoles secondaires québécoises. Les données ont été recueillies par l’entremise d’un questionnaire en ligne. Parmi les 7 493 élèves ayant indiqué avoir déjà vapoté et tenté de cesser de vapoter (16 % de l’échantillon total), 6 808 participants ont été retenus pour les analyses. Les autres ont été exclus en raison de données manquantes sur les barrières ou le statut tabagique.
Les barrières au renoncement au vapotage ont été mesurées par sept items adaptés par les auteurs de l’échelle E-cigarette Barriers to Cessation Scale (E-BCS) : 1) absence de soutien de la famille ou des proches, 2) absence de soutien des amis, 3) peur de prendre du poids, 4) se sentir moins en contrôle de ses humeurs, 5) peur d’échouer à cesser, 6) être dépendant de la cigarette électronique, 7) ne pas savoir comment cesser. Les participants indiquaient l’ampleur de chaque barrière lors d’une ou plusieurs tentatives de cessation sur une échelle en quatre points (non applicable/pas une barrière, barrière faible, moyenne, grande). L’abstinence d’usage de cigarette électronique était définie par aucun jour d’utilisation (0) au cours des 30 jours précédents.
Qu’est-ce qu’on y apprend?
Un peu plus de la moitié (57 %) des participants ont rapporté avoir expérimenté au moins une barrière à la cessation du vapotage. Les barrières les plus rapportées étaient : la dépendance (44 %), se sentir moins en contrôle de ses humeurs (37 %), et la peur d’échouer à cesser (30 %). Les filles, les élèves plus âgés, plus défavorisés sur le plan matériel, et ceux faisant usage de tabac ou d’un autre produit de nicotine rapportaient plus de barrières. Certaines barrières étaient associées à des caractéristiques individuelles, comme la peur de prendre du poids chez les filles, et l’absence de soutien de la famille ou des amis chez les élèves défavorisés. Les barrières nuisant le plus à l’abstinence étaient : ne pas savoir comment cesser, la peur d’échouer et la dépendance. Les auteurs de l’étude concluent que, même si les barrières à la cessation du vapotage sont répandues, elles ne sont pas les mêmes pour tous les adolescents(es).
Il est à noter qu’au Québec, les applications Libair et Quash ont été développées pour soutenir le renoncement au vapotage chez les jeunes. L’efficacité du programme de messagerie texte américain This is Quitting pour soutenir le renoncement au vapotage des adolescents(es) et des jeunes adultes est aussi bien démontrée. D’autres études analysant l’efficacité d’interventions de renoncement au vapotage chez les adolescents(es) et les jeunes adultes sont en cours.
Poliakova N, Bouchard R, Haddad S, Turcotte-Tremblay A-M, Leatherdale ST, Bélanger R. Barriers to vape (e-cigarette) cessation encountered by adolescents who attempted to quit. Addict Behav 2026;180:108707.
Profils d’usage de produits de vapotage chez les adolescents(es) et les jeunes adultes : transitions et facteurs de risque associés
Contexte
De nombreuses enquêtes montrent une augmentation de l’utilisation de produits de vapotage pour la consommation de différentes substances chez les adolescents(es) et les jeunes adultes. Au Québec, le vapotage comme moyen de consommer de la nicotine ou du cannabis a augmenté rapidement chez les adolescents(es) et les jeunes adultes depuis quelques années. Peu d’études documentent les trajectoires entre l’expérimentation des produits de vapotage et leur utilisation régulière. De même, peu de travaux portent sur les liens longitudinaux entre le vapotage de nicotine ou de cannabis et la consommation de ces substances sous d’autres formes (ex. : cigarette, fleur séchée de cannabis) ou la consommation d’autres substances (ex. : alcool). Comprendre le profil des usagers(ères) de produits de vapotage et des facteurs prédisant la progression de ce comportement permettrait de mieux prévenir le passage à des usages réguliers qui pourraient perdurer à l’âge adulte.
Objectif
L’étude longitudinale vise à analyser, auprès d’une cohorte âgée de 12 à 25 ans interrogée à trois reprises au cours d’une période d’un an, l’évolution du vapotage de différentes substances (nicotine, tétrahydrocannabinol [THC], cannabidiol [CBD], liquide contenant uniquement des arômes) et les facteurs de risque associés à une intensification du comportement.
Les participants(es) à l’enquête PACE (Policy and Communication Evaluation) au Vermont ont été interrogés à trois reprises : décembre 2020 – janvier 2021 (vague 1); juin – juillet 2021 (vague 2) et novembre – décembre 2021 (vague 3). Un total de 126 adolescents(es) de 12 à 17 ans et 306 jeunes adultes de 18 à 25 ans ont fourni des réponses à tous ces moments de collecte de données. L’évolution du vapotage a été mesurée par le nombre d’occasions au cours de la vie où des produits de vapotage ont été utilisés pour chacune des quatre substances.
En se basant sur la méthodologie employée par Ryoo et ses collègues (Ryoo et al., 2018), des analyses de classes latentes ont été réalisées pour dégager différentes classes de personnes utilisatrices de produits de vapotage. Les auteurs ont testé divers modèles produisant de deux à cinq classes, et ont retenu le modèle à trois classes étant donné qu’il présentait le meilleur ajustement aux données.
Les transitions entre les classes ont été déterminées par une analyse de transitions latentes. Enfin, une analyse de régression de Poisson ajustée selon l’âge, le sexe et d’autres caractéristiques individuelles (ethnicité, symptômes anxieux, perception de la nocivité des substances, usage de tabac, d’alcool ou de cannabis au cours du mois précédent) a permis de dégager les facteurs de risques associés à une intensification du vapotage.
Qu’est-ce qu’on y apprend?
- À la vague 1, trois classes de personnes ont été identifiées par rapport à l’usage de produits de vapotage au cours de la vie :
- les non-utilisatrices (47 %, n = 202);
- les expérimentatrices (39 %, n = 168);
- les expérimentées (14 %, n = 62).
- La classe des expérimentées différait de celle des expérimentatrices par la proportion de personnes qui ont déclaré avoir vapoté de la nicotine à 20 occasions ou plus (53 % c. 21 %), mais surtout par la proportion de celles qui ont déclaré avoir vapoté du cannabis à cette fréquence (100 % c. 0 %).
- Entre la vague 1 et la vague 3, 5 % des non-utilisatrices sont passées à la classe des expérimentatrices. Les facteurs de risque associés à cette transition étaient :
- l’usage de tabac ou d’alcool dans les 30 derniers jours (respectivement, ratio de taux d’incidence [RTI] = 9,91; Intervalle de confiance [IC] 95 % : 2,95 à 33,29; RTI = 5,16; IC 95 % : 2,00 à 13,31);
- la perception que le vapotage de nicotine est moins nocif que le vapotage de cannabis (RTI = 5,72 ; IC 95 % : 1,52 à 21,62).
- Lors de cette même période, 9 % des expérimentatrices sont passées à la classe des expérimentées. Un seul facteur de risque était associé à cette transition, soit l’usage de cannabis dans les 30 derniers jours (RTI = 2,13; IC 95 % : 1,09 à 4,16).
- Aucun passage de la classe des non-utilisatrices à celle des expérimentées n’a été observé, et aucune personne n’a changé de classe plus d’une fois.
L’examen des transitions sur 12 mois (de la vague 1 à la vague 3) démontre une progression rapide du vapotage, représentée à la fois par l’initiation au vapotage (pour 5 % des non‑utilisatrices) et l’escalade du comportement de vapotage de différentes substances (pour 9 % des expérimentatrices). La rapidité de cette progression, et le rôle clé y étant joué par la consommation de tabac, d’alcool ou de cannabis, suggère qu’il pourrait être pertinent de déployer des programmes de prévention intégrant plusieurs substances psychoactives et informant sur les spécificités de chaque substance en ce qui concerne les risques liés à leur usage.
Certaines limites de l’étude doivent être considérées, notamment le fait qu’elle soit basée sur un échantillon de convenance non représentatif (surreprésentation des jeunes adultes et des consommateurs de cannabis), et que les données utilisées ont été recueillies pendant la pandémie de COVID-19. Cette période est marquée par une augmentation de la prévalence de vapotage de nicotine et de cannabis au cours des 30 derniers jours. Il est ainsi difficile de généraliser les résultats à d’autres périodes.
Glasser AM, Tomaino M, Uriarte C, Carman C, Roemhildt M, Williams R, et al. Trajectories of lifetime vaping in teens and young adults: latent transition analyses over one year. BMC Public Health 2026;26:1626.
Référence supplémentaire
Ryoo JH, Wang C, Swearer SM, Hull M. Longitudinal model building using latent transition analysis: An example using school bullying data. Front Psychol 2018;9:675.
Protéger la population des effets de la nicotine sur le système cardiovasculaire : 12 messages clés pour guider les politiques publiques
Contexte
Le tabagisme est l’une des principales causes de maladies et de décès évitables. Autrefois centré sur les produits de tabac fumés, le marché propose maintenant de nouveaux produits contenant de la nicotine, tels la cigarette électronique (ou produit de vapotage) et les pochettes de nicotine. Ceux-ci sont présentés par l’industrie comme étant moins dommageables pour la santé, et leur mise en marché est particulièrement attrayante pour les jeunes.
Objectif
Les quatre auteurs de l’article sont des cardiologues et chercheurs renommés formant un comité d’experts qui se positionne sur les effets de la consommation de nicotine sur le système cardiovasculaire. Des données probantes (103 sources citées dans l’article) couvrant tous les types de produits et méthodes de consommation — cigarette de tabac, cigarette électronique, pipe à eau, produits de tabac chauffé, produits oraux (ex. : pochettes de nicotine, snus) — ont conduit à l’identification de douze messages-clés à l’attention des décideurs, législateurs et acteurs de santé publique. Sept messages traitent des effets sur la santé, alors que les cinq autres ciblent le resserrement des politiques publiques visant à réduire les méfaits de la nicotine à l’échelle populationnelle.
Qu’est-ce qu’on y apprend?
Conséquences de la consommation de nicotine
- Les maladies cardiovasculaires causées par l’usage de tabac et de nicotine constituent l’un des principaux fardeaux sanitaires au monde. En Europe, les coûts entraînés par le tabagisme s’élèvent à plus de 300 milliards d’euros annuellement en soins de santé, en perte de productivité et en mortalité prématurée (7,7 millions de décès attribués au tabac seulement).
- La nicotine, sous toutes ses formes et moyens d’administration, affecte le fonctionnement du système nerveux sympathique et des vaisseaux sanguins, augmente la tension artérielle et contribue au développement de l’athérosclérose.
- Tous les produits contenant de la nicotine affectent la santé du cœur et des vaisseaux sanguins et augmentent le risque cardiovasculaire, bien que certains sont présentés comme étant moins nocifs que d’autres.
- La cigarette électronique, qui serait moins dommageable que la cigarette de tabac, occasionne néanmoins des méfaits sur la santé. Elle endommage le système cardiovasculaire, contribue à l’initiation à la consommation de nicotine chez plusieurs jeunes, et favorise la dépendance à la nicotine en permettant l’administration de doses massives. Son utilité en matière de cessation tabagique n’est pas clairement démontrée, et le double usage de tabac et de cigarette électronique est présent. De plus, ses effets à long terme sur la santé demeurent méconnus.
- Les particules rejetées dans l’air lors de l’usage de produits du tabac ou de vapotage sont nocives pour le système cardiovasculaire des personnes non consommatrices qui y sont exposées.
- La nicotine, qu’elle soit fumée, vapotée ou absorbée par les muqueuses buccales, nuit au bon fonctionnement des vaisseaux sanguins. Ce dysfonctionnement est un signe précurseur d’atteintes cardiovasculaires et devrait servir d’indicateur de référence.
- L’usage du tabac entraîne des coûts annuels — estimés à 1,4 billion de dollars US selon l’OMS — en soins de santé et en perte de productivité. Les produits de vapotage et autres produits de nicotine (ex. : pochettes de nicotine), souvent exclus des modèles d’estimation des coûts, engendreront des coûts additionnels en raison de l’incidence plus élevée d’hypertension et d’arythmie chez les jeunes, du recours accru à l’imagerie cardiaque et aux traitements médicaux à long terme, et des troubles engendrés par le double usage.
Mesures pour réduire les effets de la nicotine sur la santé
- L’industrie du tabac redéfinit son public cible et l’oriente davantage vers les jeunes : les produits de nicotine sont attrayants visuellement, offerts en plusieurs saveurs et promus comme un accessoire lié à un mode de vie populaire. Les jeunes sont de plus en plus nombreux à en faire usage et risquent de développer une dépendance.
- La nicotine est nocive pour la santé cardiovasculaire, peu importe le type de produit utilisé. La règlementation devrait être uniforme pour tous les produits afin de contrer l’illusion que certains d’entre eux sont plus sécuritaires.
- En appui aux données scientifiques probantes, les politiques publiques devraient être renforcées pour réduire les méfaits de la nicotine et protéger la santé de la population en s’attaquant aux lacunes des lois et règlementations actuelles, en harmonisant les mesures fiscales pour l’ensemble des produits contenant de la nicotine et en protégeant davantage les jeunes.
- L’interdiction de faire usage de produits du tabac fumés ou de produits de vapotage dans les endroits publics, autant intérieurs qu’extérieurs, est une mesure de protection essentielle pour tous. Les enfants, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires sont particulièrement vulnérables à la fumée secondaire ou aux aérosols, même lors d’une exposition brève.
- Les professionnels de la santé cardiovasculaire devraient intégrer des activités de prévention d’usage de la nicotine dans les soins de routine. Les décideurs devraient adopter une règlementation ferme et cohérente pour contrer les effets néfastes de la nicotine sur le système cardiovasculaire, et ainsi protéger les générations actuelles et futures.
Bien que l’on puisse tout d’abord penser aux cancers et aux maladies respiratoires lorsqu’on aborde la mortalité et la morbidité associées au tabagisme, il s’avère que les maladies cardiovasculaires constituent l’une des principales atteintes à la santé causées par la consommation de nicotine. Le groupe d’experts ayant rédigé l’article illustre clairement et précisément les liens entre le tabagisme et la santé cardiovasculaire, tout en soulignant l’importance de resserrer les mécanismes de contrôle de l’usage de produits contenant de la nicotine pour prévenir les nombreux méfaits y étant associés. En effet, et cela malgré les lois en vigueur et les multiples actions de santé publique visant à prévenir l’initiation et favoriser le renoncement à la consommation de nicotine au Québec et au Canada dans son ensemble, ce comportement entraîne encore aujourd’hui des coûts humains et monétaires considérables.
Münzel T, Crea F, Rajagopalan S, Lüscher T. Nicotine and the cardiovascular system: unmasking a global public health threat. Eur Heart J 2026;47(15):1764-1781.
Efficacité des messages de campagnes de prévention du vapotage chez les jeunes : revue systématique et méta‑analyse
Contexte
Saveurs et formats attrayants, valorisation par les influenceurs, ainsi que publicités sur Internet et les réseaux sociaux sont autant de stratégies utilisées par l’industrie du vapotage pour attirer les jeunes. Or, la consommation de nicotine durant l’adolescence et les premières années de l’âge adulte comporte de sérieux risques : dépendance, perturbation du contrôle des impulsions et de l’apprentissage, altération de la fonction respiratoire, et probabilité plus élevée d’usage ultérieur d’autres produits du tabac. Pour contrer l’influence du marketing des produits de vapotage et sensibiliser aux risques qui y sont associés, les autorités de santé publique élaborent des messages ciblant les jeunes et les diffusent dans les médias populaires auprès de ces derniers. Comprendre les effets de ces messages est essentiel pour orienter l’élaboration de campagnes de prévention du vapotage plus efficaces et mieux adaptées aux jeunes.
Objectif
Cette étude vise à examiner les effets de l’exposition aux messages de campagnes de prévention du vapotage sur les connaissances et les attitudes à l’égard du vapotage, la perception des risques, l’efficacité perçue des messages, et les indicateurs proximaux des comportements d’usage (susceptibilité au vapotage et intentions de vapoter) chez les adolescents(es) et les jeunes adultes. Pour ce faire, une revue systématique avec méta-analyse des études expérimentales publiées entre 2020 et 2024 a été réalisée.
Qu’est-ce qu’on y apprend?
Treize essais contrôlés randomisés menés aux États-Unis ont été retenus, totalisant 11 235 jeunes âgés de 11 à 29 ans. Les études incluses ont été jugées comme présentant un risque de biais faible ou modéré, lié principalement au processus de randomisation et aux écarts par rapport aux interventions prévues. Six études ont examiné les effets de messages issus des campagnes The Real Cost (n = 5) et Rethink Vape (n = 1), alors que sept études ont comparé les effets de messages comportant différents thèmes, cadrages, imageries ou canaux de diffusion.
La synthèse narrative des 13 études indique que :
- L’exposition aux messages est associée à une augmentation des connaissances, de la perception des risques et des attitudes négatives associés au vapotage;
- L’exposition aux messages est aussi associée à une augmentation de la sensibilisation et des attitudes négatives à l’égard des tactiques de marketing de l’industrie;
- Les messages axés sur les risques pour la santé et la dépendance sont perçus comme étant plus persuasifs pour dissuader les jeunes de vapoter.
Les effets sur la susceptibilité au vapotage et les intentions de vapoter sont variables et dépendent de l’intensité de l’exposition, de la population cible et du contexte spécifique de l’étude. Par exemple :
- Les interventions comportant une exposition répétée dans le temps montrent des effets favorables sur la susceptibilité au vapotage, mais nuancés sur les intentions de vapoter. Les interventions comportant une exposition unique montrent des effets hétérogènes sur ces deux variables;
- Dans certaines études, les effets varient en fonction des caractéristiques des messages (ex. : image avec charge émotionnelle positive ou négative) ou des participants (ex. : vapoteurs actuels ou n’ayant jamais vapoté).
Une première méta-analyse, basée sur sept études, montre que les messages de prévention augmentent la perception des risques liés au vapotage de façon modérée (g de Hedges = 0,254; Intervalle de confiance [IC] 95 % : 0,187 à 0,321; I² = 0,0 %). Une seconde analyse, basée sur deux études, révèle un effet protecteur faible mais significatif sur la susceptibilité au vapotage (g de Hedges = −0,166; IC 95 % : −0,256 à −0,076; I² = 0,0 %). Une dernière analyse, basée sur trois études, montre cependant que les effets sur les intentions de vapoter ne sont pas significatifs et présentent de l’hétérogénéité (g de Hedges = −0,089; IC 95 % : −0,286 à 0,107; I² = 62,3 %).
En conclusion, cette étude montre que les messages de prévention du vapotage ont engendré des effets bénéfiques sur les connaissances, les attitudes, la perception des risques, l’efficacité perçue des messages et la susceptibilité au vapotage, mais non significatifs et hétérogènes sur les intentions de vapoter. Elle présente certaines limites, notamment un petit nombre d’études, toutes menées aux États‑Unis dans des conditions expérimentales contrôlées et peu représentatives du monde réel, sans mesure des comportements d’usage à long terme.
Sumengen AA, Adekeye OT, Cakir GN, Savaş EH, Sahin RS, Mumba M. Effectiveness of vaping prevention campaign messages on cognitive and behaviorally proximal outcomes among adolescents and young adults: a systematic review and meta-analysis. Front Psychiatry 2026;17:1796793.
Interventions individuelles pour le renoncement au vapotage : une première méta-analyse sur le sujet
Contexte
L’utilisation de la cigarette électronique a fortement augmenté au cours de la dernière décennie, particulièrement chez les jeunes. Au Québec, chez les élèves du secondaire, l’usage récent (30 jours précédents) est passé de 11 % en 2016-2017 à 16 % en 2022-20231. Une tendance similaire est observée chez les jeunes adultes : la proportion est passée de 9 % en 2017 à 21 % en 2022 chez les 20 à 24 ans2. Les préoccupations de santé publique portent sur la forte dépendance à la nicotine, les effets cardiorespiratoires et l’incertitude quant aux risques à long terme.
Soutenir les personnes qui souhaitent renoncer au vapotage pourrait nécessiter des stratégies similaires à celles utilisées pour la cessation tabagique. Toutefois, les données probantes sont limitées quant à l’efficacité des interventions de renoncement à la cigarette électronique. L’absence de lignes directrices claires constitue un défi important pour la pratique clinique.
Objectif
L’objectif des auteurs est de synthétiser les résultats d’essais contrôlés randomisés (ECR) évaluant des interventions individuelles de renoncement au vapotage à l’aide d’une revue systématique avec méta-analyse.
Qu’est-ce qu’on y apprend?
Un total de sept ECR impliquant 5 763 participants ont été sélectionnés par les auteurs, tous publiés après 2021. Six d’entre eux ont été conduits aux États-Unis, avec des jeunes adultes âgés de 20 à 32 ans, en moyenne. Le septième ECR a été réalisé en Italie, avec des participants ayant une moyenne d’âge plus élevée (53 ans).
Les interventions évaluées comprenaient des outils numériques (ex. : SMS, applications mobiles; trois études) seuls ou combinés à d’autres méthodes, de la pharmacothérapie (ex. : thérapie de remplacement de la nicotine, varénicline) et des interventions de counseling (trois études), et des méthodes éducatives (brochures d’information; une étude).
Les données issues des sept ECR ont été regroupées afin d’évaluer l’efficacité des différentes interventions de renoncement au vapotage. Les principaux résultats montrent, suivant l’intervention, une augmentation statistiquement significative des chances d’atteindre :
- une abstinence ponctuelle de 7 jours (RC = 1,52; Intervalle de confiance [IC] 95 % : 1,15 à 2,01, n = 3 244 participants). Dit autrement, les participants ayant reçu une intervention avaient 52 % plus de chances d’être abstinents pendant 7 jours que les participants du groupe contrôle;
- une abstinence continue (RC = 2,71; IC 95 % : 1,31 à 5,61, n = 164 participants). Cela signifie que les participants ayant reçu l’intervention avaient 2,7 fois plus de chances de maintenir une abstinence continue (ne pas vapoter du tout entre la date d’arrêt et le moment du suivi) que les participants du groupe contrôle.
Les effets sur l’abstinence ponctuelle de 30 jours ne sont pas significatifs. Il importe de noter que le degré de certitude des résultats présentés ci-dessus varie de faible à modérée.
Des analyses de sous-groupes ont été réalisées pour l’abstinence ponctuelle de 7 jours. Celles basées sur la durée du suivi montrent que les effets de l’intervention persistent jusqu’à 10‑12 mois (RC = 1,55; IC 95 % : 1,07 à 2,25), mais que l’efficacité la plus élevée se situe à 1‑3 mois suivant la fin de l’intervention (RC = 3,29; IC 95 % : 1,16 à 9,35). Les interventions pharmacologiques (RC = 2,42; IC 95 % : 1,17 à 5,02) et éducatives (RC = 1,55; IC 95 % : 1,07 à 2,25) ont été montrées efficaces. Les interventions numériques augmentent également les chances de renoncement, mais ce résultat n’est pas statistiquement significatif.
Les auteurs mentionnent des limites importantes à leur revue, comme la forte hétérogénéité des études, une variabilité des mesures d’abstinence, ainsi qu’un nombre limité de données sur les rechutes et le suivi à long terme. Cela restreint donc la robustesse et la portée des résultats. Néanmoins, la présente étude comble une lacune importante dans les connaissances en quantifiant pour la première fois l’efficacité de diverses interventions pour le renoncement au vapotage. Les résultats ont le potentiel de fournir des indications utiles pour la pratique clinique visant l’accompagnement des personnes souhaitant cesser l’utilisation de la cigarette électronique.
1 Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, 2016-2017 et 2022-2023
2 Enquête canadienne sur le tabac, l’alcool et les drogues, 2017; Enquête canadienne sur le tabac et la nicotine, 2022
Heshmati J, Pandey A, Benjamen J, Furgan M, Salman M, Visintini S, et al. Vaping cessation interventions : a systematic review and meta-analysis. Tob Control 2026;35(3):382-390.
Rédacteurs
Annie Montreuil, conseillère scientifique spécialisée
Caroline Braën-Boucher, conseillère scientifique
Marianne Dubé, assistante de recherche professionnelle
Hélène Arguin, conseillère scientifique
Marie-Josée Harbec, conseillère scientifique spécialisée
Équipe tabagisme
Direction du développement des individus et des communautés
Coordonnateur
Benoit Lasnier, conseiller scientifique
Direction du développement des individus et des communautés
Réviseurs
Olivier Bellefleur, chef d’unité Produits et substances psychoactives
Johanne Laguë, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive
Direction du développement des individus et des communautés
Révision linguistique
Sarah Mei Lapierre, agente administrative
Direction du développement des individus et des communautés
Ce document est disponible intégralement en format électronique (PDF) sur le site Web de l’Institut national de santé publique du Québec au : http://www.inspq.qc.ca.
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