Bulletin d'information toxicologique ()

Volume 34, Numéro 2

16 septembre 2015
Germain Lebel, Marjolaine Dubé

De 2008 à 2014, le Centre antipoison du Québec (CAPQ) a comptabilisé en moyenne 45 300 appels par année pour des intoxications. La plupart des appels proviennent du public et concernent de très jeunes enfants (c’est-à-dire les 0 à 4 ans). Un peu plus de 20 % des appels au CAPQ sont effectués par des professionnels du réseau de la santé et des services sociaux. L’analyse descriptive des appels provenant des professionnels indique une légère hausse des taux annuels de 2010 à 2014, alors que les taux annuels d’appels du public diminuent constamment depuis une dizaine d’années. Une analyse complémentaire met en exergue que la complexité des appels reçus par le CAPQ provenant des professionnels est en augmentation pour la même période. Par ailleurs, les résultats des analyses concernant les appels relatifs à une exposition volontaire permettent de déceler une tendance à la hausse de ces taux d’appels de 2011 à 2014. De même, les taux annuels d’appels relatifs à des erreurs thérapeutiques augmentent depuis une dizaine d’années au Québec. Les appels au CAPQ concernant les intoxications sont riches et pourraient être mieux utilisés pour la surveillance et la protection de la santé publique. Des analyses complémentaires sont suggérées afin de renforcer l’usage de ces données dans le réseau de santé publique.

16 septembre 2015
Patrick Nisse

Le chlorure de chlorméquat est un régulateur de croissance destiné à un usage professionnel en agriculture. L’intoxication aiguë par le chlorure de chlorméquat ressemble à celle se produisant avec des insecticides anticholinestérasiques. La crise cholinergique observée résulte d’une action directe du chlorure de chlorméquat sur les récepteurs nicotiniques et muscariniques, mais ne résulte en aucun cas d’une inhibition de l’activité des cholinestérases. La série de cas présentée confirme l’extrême gravité des intoxications volontaires par ingestion de préparations phytopharmaceutiques à base de chlorure de chlorméquat avec un engagement du pronostic vital dans l’heure qui suit l’ingestion.

28 mai 2015
Pierre-André Dubé

Le benzoate de dénatonium est un répulsif, un dénaturant et un amérisant ayant un goût extrêmement amer et désagréable. Il est parfois ajouté comme ingrédient inactif par des fabricants de produits dangereux afin de limiter les risques associés à l’ingestion involontaire. Toutefois, peu de données ont été publiées sur sa réelle efficacité comme mesure préventive des empoisonnements.

28 mai 2015
Olivier Jacques-Gagnon, Violaine Ayotte, Martin Laliberté

Le marché des cigarettes électroniques dans lesquelles on emploie de la nicotine liquide est en plein essor et représente une nouvelle problématique de santé publique. Toutefois, la loi canadienne sur les aliments et drogues ne permet pas la vente de produits contenant de la nicotine sans une autorisation commerciale préalable. Actuellement, les risques et les bienfaits de la cigarette électronique font l’objet d’un débat chez les experts, mais tous sont d’avis qu’une réglementation encadrant sa vente est nécessaire. D’ailleurs, plusieurs organismes ont émis des recommandations préconisant une meilleure réglementation des dispositifs électroniques et de la nicotine en solution liquide. C’est que la nicotine est une toxine qui possède un potentiel de toxicité systémique sévère et parfois létale.

28 mai 2015
Emily G. McDonald, Sophie Gosselin

Cet article présente les données de l’étude de Berlin et collab. concernant l’utilisation thérapeutique des timbres transdermiques de nicotine chez les patientes enceintes. Cette étude randomisée, prospective et multicentrique a été réalisée en France chez 402 femmes enceintes. Elle avait pour objectif de quantifier les taux d’abstinence des mères faisant partie d’un premier groupe ayant reçu un traitement de substitution nicotinique au moyen de timbres transdermiques ou ceux d’un deuxième groupe n’ayant reçu aucun traitement, de même que de quantifier les poids moyens de naissance de leurs poupons. Les résultats obtenus n’ont pas permis de démontrer l’effet des timbres transdermiques de nicotine sur les paramètres mesurés.

28 mai 2015
Guillaume Lacombe, Pierre-André Dubé

Les projections chimiques cutanées ou oculaires sont une cause fréquente de consultation médicale de nature toxicologique. Au cours des dernières années, deux nouvelles solutions de décontamination ont été homologuées par Santé Canada, c’est-à-dire la DiphotérineMD et l’HexafluorineMD. L’objectif de cette revue de la littérature est de faire le point sur les données probantes qui corroborent ou remettent en cause l’utilisation de ces deux produits. De cette revue, 24 articles ont été retenus. Bien que certaines études présentent des résultats positifs, aucune qui soit randomisée, contrôlée et à simple insu n’a pu démontrer de bénéfices liés à l’utilisation de la DiphotérineMD ou de l’HexafluorineMD comme solution de décontamination en milieu hospitalier.

28 mai 2015
Maude St-Onge, René Blais

Le nombre d’appels concernant des expositions à la nicotine est en augmentation. L’intoxication nicotinique se caractérise par un tableau initial de stimulation des récepteurs nicotiniques accompagnée de vomissements précoces. Si l’absorption est importante, les effets seront d’abord stimulants puis dépresseurs. Tout patient présentant des vomissements à plus d’une reprise, des douleurs abdominales, de l’hypersalivation, de la pâleur ou de la transpiration doit être évalué à l’hôpital. En cas d’exposition cutanée, la peau devra être lavée avec de l’eau, alors que, lors d’une ingestion importante, l’administration de charbon activé pourrait être indiquée. Toutefois, il n’existe pas d’antidote spécifique pour la nicotine. L’atropine peut être employée afin de traiter les symptômes muscariniques, mais elle n’a pas d’effet sur les récepteurs nicotiniques. L’hypotension quant à elle peut répondre à la réplétion volémique ou aux vasopresseurs. Enfin, les convulsions sont traitées à l’aide de benzodiazépines. Dans la grande majorité des cas, l’administration d’un bon traitement de soutien se termine par un rétablissement sans séquelles.

17 mars 2015
Patrick Nisse

La gamma-butyrolactone (GBL) est un solvant industriel. Après ingestion, elle est rapidement métabolisée en gamma-hydroxybutyrate (GHB), une substance classée comme étant stupéfiante dont l’usage festif est illicite, rendant ainsi l’accessibilité du GHB difficile pour le public. Du fait de la constatation d’une augmentation de la consommation de GBL à des fins toxicomaniaques, la France a promulgué en 2011 un arrêté interdisant la vente au public de produits contenant cette substance en grande quantité ou bien fortement concentrée.Un bilan des appels reçus dans l’un des neuf centres antipoison français durant les trois années qui ont suivi l’application de cet arrêté montre le peu d’efficacité d’une telle mesure de restriction et ne met en évidence aucune diminution des appels concernant l’ingestion volontaire de GBL, surtout par une population masculine jeune.

17 mars 2015
Maude St-Onge, Pierre-André Dubé

Une analyse descriptive des cas de morsures infligées par des araignées, répertoriés par le Centre antipoison du Québec, a été effectuée pour la période du 1er janvier 2009 au 31 décembre 2014. Parmi les 140 cas de morsures infligées par des araignées, quatre cas de morsures infligées par la veuve noire et deux cas de morsures infligées par la recluse brune ont été rapportés. Aucun de ces 6 patients n’a présenté de toxicité sévère ou n’a requis l’administration d’antivenin. Les traitements de soutien (tels le nettoyage de la plaie, l’application de glace, la prise d’anti-inflammatoires, l’administration du vaccin contre le tétanos au besoin et l’administration d’antibiotiques dans les cas de suspicion d’infections ou de plaies déchiquetées) ne doivent pas être négligés. L’administration de l’antivenin devrait être réservée aux cas de morsures infligées par des veuves noires, présentant une symptomatologie systémique grave persistante malgré l’administration d’opioïdes et de benzodiazépines. Bien que les cas de morsures par ces types d’arachnides soient rares, l’impact de ces morsures sur la santé peut être important. L’antivenin doit être accessible dans les 48 heures pour les cas présentant une toxicité sévère à la suite d’une morsure infligée par une veuve noire.

17 mars 2015
Denis Yahiaoui, Sophie Gosselin

Le traitement de la dépendance à l’alcool à l’aide des benzodiazépines est connu depuis plusieurs années. Cependant, l’utilisation chronique des benzodiazépines induit des effets indésirables tels que le développement d’une dépendance subséquente à cette classe de médicaments ainsi que le développement de déficits cognitifs. Mason et collab. ont publié une étude randomisée de 12 semaines à double insu dont le but était de mesurer l’impact de l’usage de la gabapentine comme traitement sur les taux d’abstinence, de réduction d’abus d’alcool ainsi que sur les symptômes d’insomnie, de dysphorie et de ceux liés à l’envie de consommer. Lors de cette étude, les auteurs ont employé un placebo et deux dosages de gabapentine sur cent cinquante patients adultes ayant développé une dépendance à l’alcool. Les résultats positifs rapportés dans cette étude concernant plusieurs symptômes associés au sevrage alcoolique permettent de considérer la gabapentine comme une option thérapeutique en remplacement des benzodiazépines dans les cas de sevrage léger.

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Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801