Bulletin d'information toxicologique ()

Volume 34, Numéro 2

13 décembre 2016
Olivier Jacques-Gagnon, Véronique Lavertu

Depuis l’arrivée sur le marché des détergents à lessive ensachés, plusieurs enfants se sont intoxiqués en les manipulant. D’ailleurs, l’incidence de ce type d’intoxication est à la hausse en Amérique du Nord. Apparemment, certains enfants développent des symptômes mineurs digestifs ou irritatifs, alors que d’autres développent des symptômes importants pouvant même nécessiter une intubation. Étant donné que le mécanisme d’action menant à des effets graves suivant une ingestion n’est pas encore complètement compris, il est nécessaire d’axer les efforts sur la prévention auprès des fabricants de ce type de détergent, mais aussi auprès des familles qui achètent ces produits.

13 décembre 2016
Sophie Gosselin

Peu d’informations existent à propos des intoxications qui rendent nécessaire l’admission de patients dans les unités de soins intensifs pédiatriques. Au cours d’une étude, Even et collab. ont déterminé les caractéristiques démographiques des patients admis de 2008 à 2012 en raison d’une intoxication dans un centre médical universitaire urbain de la Nouvelle-Angleterre. Les principales caractéristiques des 273 admissions recensées durant cette période sont : pourcentage d’intoxications involontaires s’élevant à 54 % comparativement à celui des intoxications volontaires s’élevant à 46 %; population surtout de moins de 3 ans (44 %) ou de plus de 13 ans (45 %) et ingestion de substances multiples (31 %), notamment d’analgésiques qui étaient la substance la plus fréquemment ingérée. Quant aux médicaments les plus souvent mis en cause dans les cas d’intoxications, ils provenaient de la médication du patient lui-même ou de celle de ses proches comme un parent, un grand-parent, ou bien un frère ou une sœur plus âgé. Sur les 273 patients hospitalisés en raison d’une intoxication au cours de la période étudiée, 27 (10 %) ont dû être intubés et ont dû recevoir une ventilation mécanique. Les auteurs concluent que dans leur milieu de travail les intoxications pédiatriques sont généralement non fatales et se produisent par l’ingestion de substances plus facilement accessibles en raison de leur présence à la maison.

13 décembre 2016
Maude St-Onge

Sachant que le suicide chez les 10 à 14 ans est en augmentation et que près des trois quarts des hospitalisations liées aux suicides découlent d’une intoxication par un médicament, le Centre antipoison du Québec, en collaboration avec l’Institut national de santé publique du Québec et l’Association québécoise de prévention du suicide, a diffusé un message à l’intention des pharmaciens et des médecins visant à limiter l’accès du public aux médicaments nécessitant une ordonnance. De surcroît, l’Institut national de santé publique du Québec a émis des recommandations en ce qui a trait à l’accès aux médicaments vendus sans ordonnance. Le présent article détaille le contenu de ces réflexions et souligne l’importance de mettre en place des outils pour en mesurer l’effet.

7 juin 2016
Pierre-André Dubé

Un rave ou une fête techno est une fête qui a lieu dans un bâtiment de grande dimension ou en plein air, au cours de laquelle les participants dansent toute la nuit sur de la musique techno. La consommation de drogues de synthèse y est largement répandue, ce qui attire également les réseaux de distribution et les groupes criminalisés(2). Avec les années, les événements se sont diversifiés de sorte qu’on ne parle plus de simple rave, mais de différents types d’événements qui attirent des clientèles diverses. On peut trouver sept types de rassemblements consacrés à la musique électronique au Québec : les raves légaux, les raves clandestins, les raves commerciaux, les soirées technos, les bars technos (clubs after-hours), les événements en plein air et les bars technos de jour(2). Notamment, les raves commerciaux attirent des milliers de personnes, généralement à l’intérieur de grands amphithéâtres à Montréal tels que le Centre Bell, le Palais des congrès de Montréal ou le Stade olympique de Montréal, et, plus récemment, à Québec au Centre Vidéotron (depuis l’été 2015).

7 juin 2016
Marie-Pier Ferland, Olivier Jacques-Gagnon

La consommation des amphétamines et de leurs dérivés est un problème de société reconnu. Le Centre antipoison du Québec a noté une augmentation de la gravité des cas rapportés. L’hyperthermie est un élément majeur pouvant assombrir le pronostic, et différents facteurs peuvent contribuer à son développement. Peu importe les causes de l’hyperthermie associée à la prise d’amphétamines, le traitement optimal demeure une prise en charge rapide où il y a contrôle de l’agitation et refroidissement externe vigoureux. 

7 juin 2016
Sophie Gosselin

Les critères suggérant la nécessité du transport ambulancier des individus intoxiqués par des substances récréatives comportent neuf items, et le transport est recommandé si le nombre de critères positifs excède un. Archer et collab. ont évalué dans leur étude ce score lors d’un festival de musique se déroulant en plein air afin de déterminer si la présence d’un médecin dans une clinique située sur le site de l’événement diminuait le nombre de transports nécessaires en centre hospitalier. Vingt-huit patients ont été évalués à cette clinique, et seize avaient un score supérieur à un. Douze de ces seize patients ont reçu leur congé directement sur le site après évaluation et traitement médical, tandis que quatre patients ont dû être transportés en centre hospitalier; les deux premiers en raison d’une intoxication importante et les deux autres en raison de la fermeture de la clinique à la fin du festival. La présence médicale sur le site de ce festival a donc permis la diminution du nombre de transferts de 75 %. Les organisateurs devraient évaluer la pertinence d’affecter une ressource semblable aux sites de leurs festivals se déroulant en plein air en vue de réduire l’utilisation des services d’urgence à la suite d’intoxications par des substances récréatives consommées lors de ce type d’événements.

7 juin 2016
Anne-Éricka Vermette-Marcotte

De nos jours, les amphétamines et la cathinone ainsi que leurs dérivés et analogues synthétiques sont largement utilisés à des fins récréatives, notamment lors de festivals de musique. Leurs effets cliniques résultent d’une stimulation sympathomimétique et se manifestent principalement par des symptômes cardiovasculaires et neuropsychiatriques. Le diagnostic d’une intoxication par les amphétamines et les cathinones se fait principalement au moyen d’un questionnaire et d’un examen clinique du patient. La décontamination gastro-intestinale avec du charbon de bois activé n’est habituellement pas recommandée, l’acidification des urines est contre-indiquée et il n’existe pas d’antidote pour ce type de xénobiotiques. L’hyperthermie, le délirium agité, les arythmies cardiaques, les convulsions, la rhabdomyolyse, l’insuffisance rénale et l’hyponatrémie sont des manifestations cliniques à prendre en charge de façon rigoureuse. Les benzodiazépines, tel le diazépam, constituent la pierre angulaire du traitement. La sédation chimique est préférable à l’utilisation de restrictions physiques, et un refroidissement externe devra parfois être entrepris pour traiter l’hyperthermie. Il peut arriver qu’une réplétion liquidienne soit nécessaire, mais il faut être prudent avant d’entamer un tel traitement afin de ne pas exacerber une hyponatrémie déjà existante. Certaines actions préventives peuvent être entreprises par le clinicien au chevet lorsqu’il est en présence d’un patient subissant une intoxication aiguë par les drogues récréatives, notamment aborder avec ce patient les notions de dépendance et de sevrage des drogues et faire analyser la drogue consommée en vue de recueillir des informations qui pourront être utilisées en santé publique.

16 mars 2016
Patricia Bernadet, Lise Capaldo, Julie Kfoury, Françoise Penouil, Patrick Nisse, Magali Labadie

Les erreurs médicamenteuses dans les établissements d’hébergement pour les personnes âgées dépendantes (ÉHPAD) sont nombreuses. Dans ces établissements, le personnel infirmier prépare les médicaments prescrits, et les Centres Antipoison et de Toxicovigilance (CAPTV) sont souvent appelés à la suite de la survenue d’erreurs médicamenteuses chez les résidents de ces établissements. L’objectif de l’étude présentée ici était de décrire les causes des erreurs médicamenteuses les plus fréquentes survenant dans les ÉHPAD à partir des dossiers de l’année 2014 du CAPTV de Bordeaux (Aquitaine-Poitou-Charentes). Au cours de cette année, ce CAPTV a été interrogé en ce qui concerne 14 142 personnes dont 10 % avaient 60 ans ou plus. Parmi tous ces cas, la proportion de personnes institutionnalisées et victimes d’une erreur médicamenteuse était de 0,5 %, et, sur la totalité des patients victimes d’une erreur médicamenteuse, 21 % étaient âgés de 90 ans et plus. Un seul décès a été noté, et 9 % des patients étaient symptomatiques. Parmi les causes de l’erreur médicamenteuse se trouve : une erreur de préparation du pilulier, une erreur d’administration du traitement et une erreur de transcription ou de compréhension de l’ordonnance dans, respectivement, 38 %, 45 % et 3 % des cas. Cette erreur médicamenteuse repose sur trois facteurs essentiels : la prescription, la préparation et la délivrance. Pour limiter ces erreurs, le pharmacien d’officine, contribuant à la qualité et à l’adéquation de la prise en charge médicamenteuse des résidents, devrait donc être sollicité plus fréquemment pour approvisionner en médicaments les établissements de soins et les établissements médico-sociaux dont font partie les ÉHPAD.

16 mars 2016
Audrée Elliott, Louise Mallet, Pierre-André Dubé

Les patients âgés fragiles sont souvent décrits comme des patients ayant de faibles réserves physiologiques et fonctionnelles qui se caractérisent par une vulnérabilité accrue aux facteurs de stress environnementaux. Cette vulnérabilité accroît ainsi le risque que de mauvais pronostics cliniques soient établis pour ces patients. Bien que la définition du concept de la fragilité soit toujours en élaboration, le clinicien se doit de connaître les particularités de cette population de patients afin de bien gérer sa pharmacothérapie. Malgré le peu d’études publiées sur le sujet, une revue de la littérature a permis de noter des changements pharmacocinétiques propres à cette population tels qu’une diminution de l’activité des estérases plasmatiques, une diminution de la glucuronidation hépatique de l’acétaminophène ainsi qu’une diminution de la clairance rénale de la gentamicine. L’impact clinique de ces changements pharmacocinétiques reste à être déterminé. Le jugement clinique des professionnels de la santé demeure primordial dans la prise en charge de cette population. Enfin, certains éléments clés favoriseront une prise en charge optimale tels que la collecte de données de base (poids, taille), l’obtention de certaines valeurs de laboratoire (créatinine et albumine sériques), l’estimation de la clairance de la créatinine adaptée à cette population ainsi que l’ajustement posologique subséquent.

16 mars 2016
Laure Nicolet, Sophie Gosselin, Louise Mallet

Le présent article décrit une étude québécoise portant sur la déprescription volontaire des benzodiazépines chez des patients de plus de 65 ans. Cet essai clinique randomisé par grappes a été effectué avec la collaboration des pharmacies communautaires. L’intervention clinique se résumait à distribuer un dépliant informant les patients ciblés par leur pharmacien comme étant admissibles à l’étude. Les auteurs ont comparé le nombre de patients ayant cessé toute consommation de benzodiazépines 6 mois après le début de la déprescription dans deux groupes de patients : un premier groupe ayant reçu le dépliant et un deuxième groupe témoin n’en ayant pas reçu. Les résultats ont montré que le fait de recevoir le dépliant augmentait de 8 fois la probabilité chez un patient de cesser la prise de benzodiazépines 6 mois plus tard. Ces résultats amènent le nombre de patients à traiter à moins de 4. L’intervention, peu onéreuse et très efficace, permet de réduire une médication comprenant des effets indésirables chez les personnes âgées.

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Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801