Bulletin d'information toxicologique ()

Volume 34, Numéro 2

19 décembre 2018
Pierre-André Dubé, Stéphane Perron

Les risques toxicologiques sont bien présents en milieu de travail. La toxicité peut être engendrée par une exposition aiguë, chronique ou aiguë sur chronique. Par ailleurs, les professionnels travaillant en soins critiques peuvent également prendre en charge les patients exposés à des produits au travail. Toutefois, ils doivent connaître les risques reliés à ce type d’exposition afin de pouvoir déterminer les risques, traiter les patients ou les diriger vers les bonnes ressources. Le présent numéro du bulletin vous sensibilisera donc à divers types d’exposition pouvant survenir en milieu de travail.

19 décembre 2018
Alexandre Mathieu, Benoît Crevier

Les brûlures à l’acide fluorhydrique présentent un danger, et elles peuvent menacer la vie des victimes de ce type de brûlure. Comme des produits domestiques ou industriels en contiennent, une mauvaise utilisation de ces produits peut entraîner un accident de travail. Étant donné ses caractéristiques physicochimiques, l’acide fluorhydrique cause des brûlures profondes aux tissus et peut provoquer des anomalies électrolytiques engendrant des troubles du rythme cardiaque. Les professionnels de la santé doivent donc être en mesure de reconnaître la présentation clinique de l’exposition à cette substance toxique afin d’éviter les complications. L’irrigation à l’eau, l’application topique de calcium, l’administration parentérale de calcium (sous-cutanée, au moyen d’un bloc régional intraveineux, intra-artérielle) et les interventions chirurgicales font partie de l’arsenal thérapeutique potentiellement requis dans le traitement des patients souffrant d’une brûlure causée par cet acide, selon leur présentation clinique.

19 décembre 2018
Guillaume Lacombe

En 2017, le Centre antipoison du Québec a été consulté à 757 reprises pour des expositions présumées ou confirmées au monoxyde de carbone. Ce type d’intoxication est fréquent au Québec, notamment en milieu de travail. Bien que seulement une minorité de patients perdent la vie à la suite d’une exposition au monoxyde de carbone, la morbidité y étant associée est grande. Au cours des dernières années, plusieurs travailleurs de la province ont succombé à une intoxication accidentelle par ce gaz. Cet article présente deux cas. À la lumière de ces deux cas, les employeurs et les travailleurs pourraient prendre certaines précautions pour réduire les risques d’exposition. Des mesures telles que l’utilisation d’appareils électriques, l’installation de détecteurs de monoxyde de carbone et la ventilation des lieux de travail devraient être considérées. Finalement, les individus à risque devraient être sensibilisés aux possibles conséquences d’une exposition à ce gaz toxique et être informés des moyens pour la prévenir.

19 décembre 2018
Madeleine Genest, Éric Villeneuve

Les cannabinoïdes synthétiques, connus sous plusieurs noms comme « Spice » et « K2 », sont des agonistes complets des récepteurs cannabinoïdes et ont des effets différents du delta-9-tétrahydrocannabinol (THC). Ils sont importés sous forme de poudres, d’huiles ou de liquides hautement concentrées, puis sont pulvérisés sur des produits à base d’herbes étiquetés comme étant non destinés à la consommation humaine. Cependant, la littérature scientifique fait état de plus en plus de cas d’intoxication. Les signes et les symptômes d’une intoxication par un cannabinoïde incluent, entre autres, l’agitation, l’irritabilité, l’anxiété, la confusion, les troubles cognitifs et psychiques, les nausées, les vomissements, l’hypertension et la tachycardie. Étant donné l’augmentation du nombre de produits offerts fortement concentrés, certaines populations, tels les douaniers et les policiers, risquent d’y être exposées accidentellement. D’ailleurs, Dobaja et collab. ont publié une série de cas concernant une exposition accidentelle au cannabinoïde synthétique nommé cumyl-PINACA. Lors d’un contrôle, des douaniers slovènes ayant manipulé une bouteille brisée provenant de Hong Kong ont été brièvement exposés à une substance visqueuse. Suivant cette exposition, les trois douaniers auraient ressenti les effets typiques d’une exposition aux cannabinoïdes synthétiques. Au service des urgences, ces travailleurs ont reçu une infusion de chlorure de sodium 0,9 %. Puis, en 2 jours, leurs symptômes se sont graduellement estompés. Étant donné l’augmentation rapide de la production des drogues de synthèse, il est donc important de se doter de politiques et de procédures visant à limiter l’exposition des différentes populations pouvant manipuler ces produits fortement concentrés ou à restreindre leur contact avec ces mêmes produits.

19 décembre 2018
Delphine Hilliquin, Cynthia Tanguay, Jean-François Bussières

La manipulation sécuritaire des médicaments dangereux est encadrée par plusieurs organismes. Au Québec, l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur des affaires sociales a publié le Guide de prévention – Manipulation sécuritaire des médicaments dangereux en 2008. Depuis, de nouvelles recommandations ont été émises, et le National Institute for Occupational Safety and Health a divisé les médicaments dangereux en trois groupes.

En décembre 2017, une enquête a été menée auprès des chefs des départements de pharmacie des établissements de santé du Québec offrant des services en hémato-oncologie. Sur 30 chefs de département, 23 provenant de 41 installations différentes ont participé à l’enquête (73 %). Les répondants étaient très satisfaits ou partiellement satisfaits du guide (37/41; 90 %); les mesures de précaution et de protection étaient généralement utilisées pour les médicaments du groupe 1, mais elles l’étaient peu pour les médicaments des groupes 2 et 3. Quant aux modalités de nettoyage des surfaces, elles variaient selon les établissements.

L’objectif de cette enquête était de recenser les pratiques comportant des éléments à propos desquels il n’existe pas de consensus concernant la façon de faire la plus optimale à employer lors de la manipulation des médicaments dangereux par les travailleurs des établissements de santé au Québec.

Quoique les pratiques s’améliorent, plusieurs recommandations du guide publié en 2008 ne sont pas mises en œuvre en raison de contraintes en matière de ressources financières, matérielles et humaines. Les résultats de l’enquête réalisée récemment serviront à la mise à jour de ce guide.

5 juin 2018
Pierre-André Dubé, Anne-Éricka Vermette-Marcotte

Un toxidrome est un regroupement de signes et de symptômes qui caractérisent une intoxication par une classe spécifique de substances toxiques. Suivant l’examen physique complet d’un patient intoxiqué, le clinicien sera peut-être en mesure d’identifier un toxidrome et potentiellement la substance ou la classe de substances causant le plus probablement la symptomatologie. Cet éditorial décrit les principaux toxidromes classiques ainsi que les toxidromes Hazmat (produits dangereux). 

5 juin 2018
Isabelle Bilodeau, Olivier Jacques-Gagnon, Pierre-André Dubé

Le syndrome sérotoninergique résulte d’une toxicité sérotoninergique. Il est souvent causé par la combinaison de médicaments ou d’autres substances agissant sur la synthèse ou le métabolisme de la sérotonine ou encore sur sa relâche ou sa recapture au niveau de la synapse. Quoique la plupart des cas rapportés se résolvent simplement par le retrait des agents en cause, certains agents peuvent entraîner de graves complications, voire le décès du patient, si le problème n’est pas rapidement diagnostiqué et pris en charge. C’est pourquoi il importe que les professionnels de la santé soient au fait des symptômes à surveiller chez leurs patients et de la façon optimale de prendre en charge ce type de toxicité. Les deux cas de syndrome sérotoninergique dont il est question dans le présent article ont été suivis par le Centre antipoison du Québec.

5 juin 2018
Roseline Miron Pichet, Daniel Chouinard, Ann-Sophie Maltais, Mireille Gagnon-Gervais, Lenode Gracia

Le traitement initial usuel du syndrome cholinergique comprend l’administration d’atropine intraveineuse. Le présent article fait toutefois état d’un cas de syndrome cholinergique traité temporairement par du tropicamide dans une région isolée d’un pays en développement. Ainsi, un enfant de 6 ans présentant un syndrome cholinergique s’est rendu dans un centre de santé d’Haïti. L’affection avait tout d’abord été traitée comme un sepsis, puis après quatre heures d’intervention, le diagnostic de syndrome cholinergique a été posé. En l’absence d’atropine, l’équipe de soins a administré au jeune patient 13 ml d’une solution ophtalmique de tropicamide de 1 % par voie intrarectale. L’amélioration initiale de la condition de l’enfant a permis son transfert dans un centre de soins plus avancés. Par la suite, une dose d’atropine lui a été administrée en raison de la réapparition des symptômes. Toutefois, 18 heures après l’administration du tropicamide et peu de temps après l’administration de l’atropine, l’enfant est décédé. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce décès, dont un probable effet de vieillissement et l’inefficacité de l’atropine utilisée. Par ailleurs, il faut noter que le cas décrit dans cet article est le premier cas de syndrome cholinergique traité par une médication ophtalmique anticholinergique rapporté dans la littérature scientifique. De fait, lorsque les ressources sont limitées, ou dans l’éventualité où se produirait un incident comportant un grand nombre de victimes et que l’atropine intraveineuse serait insuffisante ou indisponible, l’usage de cette solution de rechange pourrait être indiqué.

5 juin 2018
Madeleine Genest, Éric Villeneuve

Les médicaments anticholinergiques sur ordonnance ou en vente libre entraînent un nombre important d’intoxications nécessitant parfois une prise en charge par de nombreux intervenants. Les toxidromes causés par ces médicaments peuvent parfois être réfractaires aux mesures de soutien et aux benzodiazépines; dans certains cas, l’administration de la physostigmine est inappropriée considérant le contexte clinique et les effets indésirables potentiels de ce produit. Pour cette raison, l’emploi d’autres agents thérapeutiques pourrait être indiqué. D’ailleurs, Cowan et collab. ont publié une série de cas concernant l’utilisation de la dexmédétomidine lors de la survenue de toxidromes anticholinergiques. Pour contrôler l’agitation, le délirium ou les hallucinations réfractaires, les équipes soignantes ont donné une infusion de 0,5 mcg/kg/h de dexmédétomidine aux deux patients dont il est question dans cette publication. Dans les deux cas, les symptômes ont été maîtrisés dans les 30 minutes suivant le début de l’infusion. Il faut mentionner que les auteurs n’ont rapporté aucun effet indésirable. Toutefois, malgré les effets bénéfiques potentiels de l’emploi de la dexmédétomidine pour traiter un toxidrome anticholinergique, seuls quelques rapports de cas ont été publiés dans la littérature scientifique à ce propos, et la présence d’un biais de publication ne peut être exclue. Par ailleurs, l’utilisation de la dexmédétomidine nécessite une prise en charge par une équipe multidisciplinaire, une surveillance étroite ainsi qu’une hospitalisation dans une unité de soins intensifs.

28 juin 2017
Pierre-André Dubé

Les quatre articles du présent numéro porteront sur divers aspects toxicologiques des produits de santé naturels. Le premier article décrit trois cas d’intoxication répertoriés par le Centre antipoison du Québec (solution d’argent, glycosides cardiaques, extraits de thé vert), alors que le deuxième se penche sur un cas de décès suivant la consommation d’un remède traditionnel chinois. Le troisième article critique pour sa part une étude qui associe l’hépatotoxicité avec la consommation d’extraits de thé vert. Enfin, le dernier s’intéresse plutôt aux recommandations émises à la suite de l’évaluation de la pertinence et du rendement du Programme des produits de santé naturels menée par Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada pour la période 2010-2015. 

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Le Bulletin d’information toxicologique (BIT) est une publication conjointe de l’équipe de toxicologie clinique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et du Centre antipoison du Québec (CAPQ). La reproduction est autorisée à condition d'en mentionner la source. Toute utilisation à des fins commerciales ou publicitaires est cependant strictement interdite. Les articles publiés dans ce bulletin d'information n'engagent que la responsabilité de leurs auteurs et non celle de l'INSPQ ou du CAPQ.

ISSN : 1927-0801