Un intérêt accru pour une drogue bien connue : la kétamine

Contexte

La kétamine est employée en médecine vétérinaire et humaine comme anesthésique depuis le début des années 1960. Néanmoins, elle a suscité une attention accrue plus récemment, entre autres, en raison de sa présence chez des personnes intoxiquées, présence qui a été médiatisée1,2, ainsi que de son utilisation dans le traitement de la dépression réfractaire3. Les premiers cas de mésusage de cette substance chez l’humain ont été rapportés en Australie au début des années 1980, puis aux États-Unis et en France au début des années 19904,5. Depuis, certaines personnes se servent de la kétamine à des fins récréatives, et son usage s’est répandu à travers le monde. L’intérêt grandissant envers la kétamine pourrait influer sur sa présence sur le marché clandestin. Cette possibilité constitue une source de préoccupations en santé publique6.

Dans leur ensemble, les données font état d’une augmentation de la présence de kétamine sur le marché clandestin du Québec et du Canada. À l’échelle canadienne, les données du Service d’analyse des drogues révèlent une détection plus importante de cette substance dans les drogues saisies par les corps policiers. En effet, la détection de kétamine a connu une hausse au cours des dernières années, passant de 827 détections en 2023 (0,9 % de tous les échantillons) à 1 185 détections en 2024 (1,2 % de tous les échantillons)7. D’ailleurs, plus du tiers des échantillons contenant de la kétamine saisis au Canada entre 2018 et 2024 provenaient du Québec7. Pendant cette période, sa détection dans la province est passée de 0,5 % de tous les échantillons en 2018 à 1,3 % de ceux-ci en 20247.Au Québec, les données du Projet suprarégional d’analyse de drogues dans l’urine de personnes qui consomment au Québec indiquent que de la kétamine a été détectée dans l’urine de 2,8 % des participants et des participantes entre 2021 et 2023, et certains pourraient l’avoir consommée à leur insu9.

La présence de la kétamine dans diverses drogues de rue10 peut accroître les risques d’intoxication, voire de surdose11. Par exemple, la kétamine est souvent présente dans la « cocaïne rose », une drogue de composition variable ayant fait l’objet d’une couverture médiatique12 et pouvant également contenir des substances telles que la cocaïne, 
la 4-bromo-2,5-diméthoxyphényléthylamine (2-CB) et la 3,4‑méthylénedioxy-méthamphétamine (MDMA) ou ecstasy 12,13. Les effets de sa consommation sont donc variés dans ces contextes, selon la combinaison de différentes substances aux profils toxicologiques variés. 

Substance en cause

La kétamine agit de différentes manières sur le système nerveux. Elle agit, entre autres, comme antagoniste non compétitif du récepteur N-méthyl-D-aspartate (NMDA) du glutamate. Ce récepteur est impliqué dans plusieurs processus biologiques, dont la mémoire et la neuroplasticité14,15. C’est l’interaction principalement avec ce récepteur qui explique les effets analgésiques, anesthésiques et antidépresseurs de la kétamine. À de faibles doses de cette substance, le blocage des récepteurs NMDA du glutamate peut entraîner un état dissociatif (voir la section Effets nocifs)17. À de fortes doses, elle peut entraîner un effet anesthésique et hallucinogène15

Il existe des indications thérapeutiques pour la kétamine, entre autres, pour ses effets anesthésiques, sédatifs et analgésiques. Cette substance est également prescrite hors indication à moindre dose pour traiter la dépression réfractaire. 

Les usages récréatifs rapportés de la kétamine impliquent différentes voies d’administration, par exemple par voie intranasale, par ingestion, par voie intraveineuse ou par inhalation. La vitesse à laquelle l’effet se produira ainsi que la durée de celui-ci dépendront, par exemple, de la voie d’administration et de la dose consommée11,15. La demi-vie d’élimination de la kétamine, qui sert à déterminer sa durée d’action, est d’environ de 2 à 4 heures11

Effets nocifs

Lorsqu’elle est consommée à des fins non médicales, la kétamine est souvent trouvée sous forme de poudre, de gélules ou de comprimés. Elle est généralement prisée, ingérée ou inhalée5. Ses appellations sur le marché d’approvisionnement illégal sont, entre autres, K ou Spécial K5

La toxicité aiguë de la kétamine se manifeste principalement par des effets neurologiques tels que la dissociation (« k-hole »), les hallucinations, l’altération de l’état de conscience (désorientation) et la sédation. Le « k-hole » fait référence à une expérience psychologique et somatique intense et à un sentiment de détachement de son corps15. Cette altération des sens rend les personnes consommant de la kétamine plus vulnérables aux traumatismes physiques et plus sensibles à la douleur15. Après la consommation de cette substance, des troubles cardiovasculaires comme une haute tension artérielle et un rythme cardiaque élevé peuvent apparaître et mener à des accidents vasculaires cérébraux ou à des infarctus15

Étant un dépresseur du système nerveux central, la kétamine, présente de manière concomitante dans l’organisme avec d’autres dépresseurs comme l’alcool et les opioïdes, peut accentuer la dépression respiratoire et augmenter les risques de complications graves11. Ainsi, la consommation chronique de kétamine peut avoir des conséquences irréversibles, dont une toxicité urologique, qui se manifeste notamment par des dysfonctions urinaires (ex. : inflammation de la vessie, incontinence, difficulté à uriner), ainsi que des effets hépatiques (ex. : douleurs abdominales de type colique biliaire)18. Des troubles cognitifs et psychiatriques peuvent également survenir15

Par ailleurs, la consommation régulière de kétamine est susceptible d’engendrer une dépendance psychologique, et une tolérance peut s’instaurer rapidement. En ce qui concerne l’arrêt soudain de sa consommation, elle peut entraîner un syndrome de sevrage qui génère une variété de symptômes comme une transpiration excessive et un état de manque19

Traitements de l’intoxication

À l’heure actuelle, il n’existe pas d’antidote qui peut renverser les effets d’une surdose de kétamine15. La prise en charge des personnes intoxiquées repose principalement sur des soins de soutien. Selon la nature et la gravité de l’intoxication, des médicaments peuvent être administrés afin d’atténuer certains symptômes.

À retenir

  • La consommation non médicale de kétamine peut entraîner des effets néfastes sur la santé, notamment des surdoses, et sa présence sur le territoire québécois mérite une attention particulière.
  • Différentes drogues présentes sur le marché clandestin peuvent contenir de la kétamine. Il est donc possible que la kétamine soit prise à l’insu des personnes qui consomment ces drogues. Le recours aux services de vérification de drogues et de consommation supervisée peut aider à réduire les risques reliés à la consommation de drogues.
  • L’effet dissociatif de la kétamine rend la personne qui la consomme vulnérable aux accidents et aux blessures.
  • Une consommation fréquente de cette substance peut avoir des conséquences néfastes et durables sur les fonctions cognitives, rénales et urinaires.
  • À ce jour, aucun antidote ne permet de renverser les effets d’une surdose de kétamine. Toutefois, des soins de soutien peuvent atténuer les symptômes.

Références

  1. Blankstein A, Madani D. The depths of Matthew Perry’s addiction: 6 to 8 shots a day and $55K for a month of ketamine. NBC News [En ligne]. 16 août 2024. Disponible
  2. Maimann K. “Pink cocaine”: what is it and how is it linked to Liam Payne and Sean (Diddy) Combs? 23 oct. 2024. CBC News [En ligne]. Disponible
  3. Institut national d’excellence en santé et en services sociaux. Kétamine parentérale pour la dépression réfractaire aux traitements chez l’adulte : pertinence clinique, enjeux et encadrement [En ligne]. Coup d’œil. 2025.
  4. Le Daré B, Pelletier R, Morel I, Gicquel T. Histoire de la kétamine : une molécule ancienne qui a toujours la cote. Annales Pharmaceutiques Françaises. 2022;80(1):
    1-8. doi:10.1016/j.pharma.2021.04.005.
  5. Centre de toxicomanie et de santé mentale [En ligne]. Centre de toxicomanie et de santé mentale; 2025. La kétamine.
  6. Observatoire français des drogues et des tendances addictives. Kétamine : tendances récentes en matière d’offre et de consommation [En ligne]. Observatoire français des drogues et des tendances addictives; 2025.
  7. Gouvernement du Canada [En ligne]. Service d’analyse des drogues. Gouvernement du Canada; 2025.
  8. Australian Institute of Health and Welfare [En ligne]. National Drug Strategy Household Survey 2022–2023: low-prevalence illicit drugs in the NDSHS. Australian Institute of Health and Welfare [En ligne]. 2024.
  9. Institut national de santé publique du Québec [En ligne]. Projet suprarégional d’analyse de drogues dans l’urine de personnes qui consomment au Québec. Gouvernement du Québec; 2025.
  10. Stratégie communautaire sur les drogues [En ligne]. Mise en garde sur les drogues : nouvelle substance soupçonnée — Cocaïne rose. Santé publique Sudbury et districts; 2024.
  11. Rosenbaum SB, Gupta V, Patel P, Palacios JL. Ketamine. Dans : StatPearls [En ligne]. Treasure Island (Floride) : StatPearls Publishing; 2025.
  12. Le Journal de Montréal. La « cocaïne rose », nouvelle drogue à la mode? 30 oct. 2024. Le Journal de Montréal [En ligne].
  13. United Nations Office on Drugs and Crime. Tuci”, “Happy water”, “k-powdered milk” – Is the illicit market for ketamine expanding? Global Smart Update [En ligne]. 2022;27.
  14. Fletcher S. The truth about pink cocaine. Canadian Centre for Addictions [En ligne]. 15 juin 2025.
  15. Orhurhu VJ, Vashisht R, Claus LE, Cohen SP. Ketamine toxicity. Dans : StatPearls [En ligne]. Treasure Island (Floride) : StatPearls Publishing; 2023.
  16. Blanke ML, VanDongen AMJ. Activation mechanisms of the NMDA receptor. Dans : Van Dongen AMJ (ed.). Biology of the NMDA receptor (Frontiers in neuroscience) [En ligne]. Boca Raton (Floride) : CRC Press/Taylor & Francis; 2009.
  17. Gitlin J, Chamadia S, Locascio JJ, et al. The dissociative and analgesic properties of ketamine are independent. Anesthesiology [En ligne]. 2020;133(5):1021-1028. Doi :10.1097/ALN.0000000000003529
  18. Larocque A, Gosselin S. Toxicité chronique de la kétamine. Bulletin d’information toxicologique [En ligne]. 2013;29(4):133-139. Institut national de santé publique du Québec.
  19. Gouvernement du Canada [En ligne]. Gouvernement du Canada; 2023. Kétamine.

Autrice et auteur 
Florence Bouchard, Conseillère scientifique, Institut national de santé publique du Québec 
Pierre-Yves Tremblay, Conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec 
 

Révision 
Julie Poulin, Pharmacienne, Institut universitaire en santé mentale de Québec 
Pierre-Duranleau Gagnon, Pharmacien, Institut universitaire en santé mentale de Québec, Professeur de clinique, Université Laval 
Éric Langlois, Conseiller scientifique, Institut national de santé publique du Québec 
Karine Martel, Conseillère scientifique, Institut national de santé publique du Québec 
Audrée Elliott, Pharmacienne, Centre antipoison du Québec 
Maude St-Onge, Directrice médicale, Centre antipoison du Québec 
Alexandrine Frappier, Pharmacienne, Centre antipoison du Québec