Faire la lumière sur les écrans solaires
Mise en contexte
Plus de 80 000 cas de cancer de la peau sont diagnostiqués au Canada chaque année1. En 2025, environ 10 800 de ces nouveaux cas concernaient des mélanomes, la forme la plus grave de cancer de la peau. Pour le Québec, une moyenne de 2 269 nouveaux cas de mélanomes sont diagnostiqués annuellement entre 2019 et 20232. Environ 80 à 90 % des cancers cutanés sont associés à une exposition aux rayons ultraviolets (UV)3-5.
Il existe différents types de rayons UV, principalement les UVA et les UVB, qui se distinguent selon leur longueur d’onde. Les UVA sont surtout associés au bronzage immédiat et au vieillissement prématuré de la peau (rides, perte d’élasticité, etc.). Les UVB pénètrent plus profondément dans la peau. Ils sont responsables des coups de soleil et sont fortement reliés à la majorité des cancers de la peau, plus spécifiquement les mélanomes et les carcinomes6.
Développés à la fin des années 1930, les écrans solaires (ou plus communément, crèmes solaires) sont couramment utilisés pour se protéger des rayons UV lors d’une exposition au soleil. Leur efficacité pour réduire les risques associés aux rayons UV est bien documentée dans la littérature scientifique. Plusieurs études scientifiques récentes montrent que l’utilisation d’écrans solaires permet de réduire le risque de vieillissement prématuré de la peau et d’apparition de cancers cutanés3,7. Les publications et les campagnes de sensibilisation sur les bénéfices des écrans solaires et sur leur utilisation adéquate sont également nombreuses, par exemple ceux de l’Association canadienne de dermatologie1 et de la Société canadienne du cancer1.
Les études sont claires : bien utilisés, les écrans solaires contribuent à réduire les risques de cancer de la peau et de son vieillissement prématuré. Toutefois, récemment, un nombre croissant de publications sur divers médias sociaux promeuvent des messages trompeurs ou non fondés scientifiquement et remettent en question l’efficacité et le caractère non nuisible (innocuité) des écrans solaires8. Les personnes en contact avec ces messages peuvent craindre l’absorption de substances chimiques, mais des décennies de recherche ont montré que les écrans solaires sont sécuritaires et ont un effet protecteur pour la peau.
Type d’écrans solaires
Depuis les années 1970, les formulations d’écrans solaires s’améliorent afin d’offrir une meilleure protection contre les rayons UVA et UVB. Deux types de filtres se trouvent sur le marché : les filtres chimiques (ou organiques) et les filtres physiques (aussi appelés filtres minéraux ou inorganiques). Selon les filtres utilisés, les écrans solaires peuvent offrir une protection contre les rayons UVA, UVB ou les deux. Les écrans solaires à large spectre sont ceux qui couvrent à la fois les UVA et les UVB.
Les filtres chimiques agissent principalement en absorbant les rayons UV, alors que les filtres physiques les réfléchissent. Certains filtres physiques récemment développés sous forme micronisée (en très fines particules) ont un mécanisme d’action plus similaire à celui des filtres chimiques3. Certains écrans solaires ne contiennent qu’un seul type de filtre, alors que d’autres combinent les deux.
Le facteur de protection solaire (FPS) est une mesure relative de l’efficacité de la protection des écrans solaires contre les rayons UVB et permet de comparer les différents niveaux de protection. Plus concrètement, il s’agit d’une mesure comparant le temps nécessaire pour qu’une peau non protégée brûle au soleil par rapport au temps nécessaire pour qu’une peau protégée par une quantité recommandée d’écran solaire brûle au soleil9. Plus le FPS est élevé, plus la protection contre les UVB est importante pour une même exposition. Par exemple, lorsqu’appliqué adéquatement, un écran solaire ayant un FPS de 15 bloque environ 93 % des UVB, un FPS de 30 en bloque 97 % et un FPS de 50, 98 %10.
La fabrication, la commercialisation et l’évaluation en laboratoire des écrans solaires sont encadrées par des réglementations et des méthodes standardisées visant à assurer la sécurité et l’atteinte de standards de qualité pour les produits commercialisés. Au Canada, par exemple, la mise en marché d’un écran solaire doit être approuvée par Santé Canada.
Bénéfices associés à l’utilisation des écrans solaires
Santé Canada et l’Organisation mondiale de la Santé soulignent que l’utilisation régulière et adéquate d’un écran solaire procure des bénéfices importants, notamment en prévenant les coups de soleil et le vieillissement prématuré de la peau et en contribuant à réduire le risque de cancer de la peau11,12. En effet, bien que le cancer de la peau soit une pathologie multifactorielle dont l’évolution est lente, différentes études se déroulant sur plusieurs années ont rapporté des incidences moindres de carcinome épidermoïde13,14 et de mélanome invasif7 chez les personnes qui utilisent régulièrement des écrans solaires. Quant au photovieillissement, des études ont permis de constater les bénéfices des écrans solaires. Par exemple, une étude australienne menée auprès de 903 adultes âgés de moins de 55 ans sur une période de quatre ans et demi a évalué les effets de l’utilisation régulière d’un écran solaire sur le vieillissement prématuré de la peau15. Aucune augmentation des signes de vieillissement n’a été observée chez les participants et participantes utilisant régulièrement un écran solaire, comparativement à une augmentation moyenne de 24 % chez ceux et celles qui n’en faisaient pas un usage régulier15.
Le choix de l’écran solaire
L’utilisation d’un écran solaire est recommandée chez toute personne âgée de plus de 6 mois, peu importe le type de peau16. L’application d’écran solaire chez les enfants âgés de moins de 6 mois est à éviter, puisque leur application pourrait mener à des réactions allergiques17. On recommande plutôt chez les moins de 6 mois de privilégier de tenir les enfants à l’ombre et de les protéger des rayons UV (ou du soleil) avec des vêtements et un chapeau17.
Pour une protection maximale, plusieurs organismes et associations reconnus recommandent l’utilisation d’un écran solaire ayant un FPS d’au moins 30 et qui offre une couverture à large spectre (couvrant les UVA et les UVB)18,19. Cette information est généralement mentionnée sur l’étiquette du produit. Les écrans solaires contenant des filtres chimiques ont une efficacité comparable aux écrans solaires contenant des filtres physiques. Toutefois, les écrans solaires contenant des filtres physiques seraient généralement mieux tolérés chez les personnes ayant une peau sensible18.
La Société canadienne du cancer1 et Santé Canada9 recommandent de ne pas utiliser les écrans solaires après leur date de péremption, puisque leur efficacité pourrait être réduite.
La U.S. Food and Drug Administration recommande de ne pas exposer ou entreposer les contenants d’écran solaire à des températures extrêmes ni aux rayons UV pendant de longues périodes (p. ex. dans une voiture). Ils devraient être conservés dans un endroit tempéré et sec20.
La quantité à appliquer
Plusieurs études estiment que la majorité des personnes appliquent une quantité insuffisante d’écran solaire. En moyenne, seulement de 20 à 50 % de la quantité recommandée d’écran solaire serait appliquée, ce qui diminue la protection face aux rayons UV21. On considère généralement qu’une quantité de deux à trois cuillères à soupe (30-45 mL) pour le corps et d’une à deux cuillères à thé (de 5 à 10 mL) pour le visage et le cou est suffisante pour une protection optimale3,6,9,19,22. L’application d’une quantité insuffisante d’écran solaire réduit le FPS allégué du produit.
La fréquence d’administration
Selon Santé Canada et la Société canadienne du cancer, après une première application appropriée et en bonne quantité, il est conseillé de renouveler l’application toutes les deux heures, après la baignade, en cas de forte transpiration, ou lors de frictions avec la peau, comme lorsqu’on se sèche avec une serviette. Appliquer l’écran solaire de 15 à 30 minutes avant l’exposition au soleil optimise son efficacité1,9.
Utilisation en combinaison avec d’autres mesures de protection
En plus de l’utilisation d’écrans solaires, d’autres mesures complémentaires peuvent bonifier la protection contre les rayonnements UV, notamment le port de vêtements protecteurs (certains possèdent un indice anti-UV [UPF]). De plus, il est suggéré d’éviter le plus possible l’exposition au soleil aux moments où l’indice UV est le plus élevé, c’est-à-dire de 11 h à 15 h1,23, de porter un chapeau à larges bords ou des lunettes de protection solaire et de préférer les endroits ombragés.
Effets indésirables
Les écrans solaires sont généralement bien tolérés. Cependant, certains effets indésirables peuvent survenir chez certaines personnes, notamment chez celles ayant une peau sensible ou une allergie à l’un des ingrédients (filtres chimiques ou physiques, parfums ou agents de conservation). Des réactions cutanées, incluant des irritations, des dermatites de contact et l’apparition de comédons (boutons), ont ainsi été signalées3. Si l’un de ces effets indésirables se manifeste, il est recommandé de consulter un professionnel ou professionnelle de la santé et d’essayer un autre produit. Pour l’utilisation d’un nouvel écran solaire, Santé Canada recommande d’en appliquer une petite quantité sur une zone limitée de la peau (p. ex. l’avant-bras) et d’attendre 48 heures afin de vérifier si une réaction cutanée se produit9.
En 2018, dans le cadre de ses activités de surveillance, Santé Canada a réévalué l’innocuité des écrans solaires contenant des filtres chimiques. Aucune préoccupation pour la santé n’a été identifiée au cours de cette évaluation. Les risques connus demeurent limités aux possibles irritations et réactions allergiques.
Profil d’innocuité
Le risque de cancer est parfois soulevé dans les médias sociaux comme argument dissuasif à l’utilisation des écrans solaires8. La Société canadienne du cancer mentionne d’ailleurs qu’aucune des substances retrouvées dans les écrans solaires qu’elle a évaluées n’a été classée comme cancérogène par un organisme scientifique reconnu (tel que Santé Canada ou la U.S. Food and Drug Administration). Alors que quelques études avancent que l’utilisation de certains écrans solaires augmenterait le risque de cancer, la Société canadienne du cancer indique que cette association ne s’expliquerait non pas par les produits contenus dans les écrans solaires, mais par des facteurs comportementaux1. En effet, les personnes utilisant un écran solaire auraient tendance à s’exposer plus fréquemment au soleil pendant des périodes prolongées ou à ne pas appliquer le produit de manière adéquate, ce qui pourrait diminuer son efficacité et augmenter le risque de développer un cancer1.
Également, bien qu’une étude publiée en 2021 ait détecté du benzène, un contaminant reconnu comme cancérigène, dans certains produits solaires américains et canadiens testés, l’Association canadienne de dermatologie précise que son absorption n’est pas démontrée et que le risque d’exposition au benzène par les écrans solaires serait faible. Il est à noter que moins de 5 % des produits solaires américains et canadiens testés étaient contaminés et qu’ils ont été retirés du marché. Depuis, la surveillance a été renforcée.
Une autre préoccupation soulevée sur différentes plateformes médiatiques serait liée aux possibles effets perturbateurs endocriniens de certains ingrédients actifs présents dans les écrans solaires chimiques. Bien que des études soulèvent notamment des hypothèses quant à de possibles effets sur les œstrogènes et androgènes de l’oxybenzone3,18, les données demeurent, à ce jour, contradictoires et insuffisantes, et les résultats ne permettent pas de conclure à des risques sur la santé18.
À retenir
- L’exposition aux rayons UV augmente le risque de cancer de la peau, aux brûlures et contribue à son vieillissement prématuré.
- L’utilisation adéquate d’un écran solaire physique ou chimique, en combinaison avec d’autres mesures de protection comme le port d’un chapeau, protège efficacement contre les rayons UV du soleil et contribue à réduire le risque du cancer de la peau et les effets du photovieillissement.
- L’utilisation d’un écran solaire à large spectre (UVA et UVB) avec un FPS d’au moins 30 est recommandée par de nombreux organismes et associations.
- Pour une protection optimale, une quantité de deux à trois cuillères à soupe (pour le corps) et d’une à deux cuillères à thé (pour le visage et le cou) sont requises pour recouvrir le corps d’un adulte moyen. Il est également conseillé d’en réappliquer régulièrement, soit toutes les deux heures, après la baignade ou une transpiration abondante.
- Les ingrédients présents dans les écrans solaires autorisés au Canada font l’objet d’une évaluation réglementaire avant leur mise en marché.
- Les autorités réglementaires considèrent les produits autorisés comme sécuritaires pour la santé. Dans de rares cas, une irritation ou une réaction allergique peuvent survenir à la suite de l’application d’un écran solaire.
Références
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Dernière mise à jour : 14 juillet 2026
Autrice et auteur
Pierre-Yves Tremblay, conseiller scientifique
Isabelle Bilodeau, pharmacienne
Direction de la santé environnementale, au travail et de la toxicologie
Réviseur et réviseuses (en ordre alphabétique)
Yvan Dutil, conseiller en santé environnementale, Ministère de la Santé et des Services sociaux
Geneviève Grenier, conseillère scientifique, Institut national de santé publique du Québec
Dre. Aurélie Maurice, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, Institut national de santé publique du Québec
Dre. Julie Montreuil, médecin de famille et professeure de clinique, Groupe de médecine de famille universitaire Neufchâtel Proactive Santé, Hôpital Chauveau – Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale Université Laval
Capucine Ouellet, hygiéniste du travail certifiée, Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en Sécurité du travail