Politiques publiques et alcool
Grâce à certaines politiques publiques, il est possible de diminuer la consommation d’alcool et le fardeau sanitaire et économique qui en découle. Sur la base de leur efficacité, de leur faisabilité et de leur rapport coûts-efficacité, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a identifié trois politiques devant être priorisées :
- l’augmentation des prix de l’alcool;
- la limitation ou l’interdiction de la promotion de l’alcool;
- la restriction de l’accessibilité géographique à l’alcool.
Augmenter les prix de l’alcool
L’augmentation des prix de l’alcool est le moyen le plus efficace pour réduire la consommation ainsi que la mortalité et la morbidité qui y sont liées (1). Cette augmentation des prix peut se faire de différentes manières, la taxation étant la plus commune. La fixation d’un prix minimum établi en fonction de la teneur en alcool des boissons est aussi une mesure efficace pour atteindre cet objectif. Un rapport de l’INSPQ s’est intéressé aux effets possibles de la mise en œuvre d’une politique de prix minimum par verre standard sur toutes les boissons alcoolisées. Les estimations révèlent une réduction potentielle de 11,5 % des décès et de 16,3 % des hospitalisations attribuables à l’alcool. Par ailleurs, une autre étude publiée en 2021 a montré que plus de la moitié des Québécoises et Québécois étaient en faveur d’une telle politique d’augmentation des prix de l’alcool ou n’avait pas d’opinion quant à sa mise en œuvre.
Limiter ou interdire la promotion de l’alcool
Plusieurs études indiquent que les jeunes et les jeunes adultes exposés aux publicités sur l’alcool sont plus enclins à commencer à consommer ou, s’ils consomment déjà, à accroître leur usage (2). Limiter ou interdire la publicité, les commandites et les autres formes de promotion de l’alcool (p. ex. : 2 pour 1 ou « happy hour » dans les bars, programmes de fidélité, rabais sur achats multiples, placement de produits, etc.) fait partie des meilleures mesures identifiées par l’OMS en matière d’alcool. Une étude menée par l’INSPQ en 2022 montre que les pratiques de consommation et les placements de produits sont présents dans au moins 85 % des épisodes de téléréalités québécoises étudiées.
Limiter l’accessibilité géographique à l’alcool
La restriction de la densité des points de vente et de celle des heures et des jours d’ouverture des détaillants d’alcool est parmi les autres mesures identifiées comme prioritaires pour agir sur la consommation d’alcool (1). L’INSPQ a produit une étude de cas visant à mieux comprendre une mesure mise en œuvre au Royaume-Uni, qui consiste à limiter la densité des points de vente d’alcool afin de réduire le taux d’hospitalisations liés à l’alcool, ainsi que le taux de crimes violents et sexuels et les infractions pour désordre public.
En 2023, une étude pancanadienne a comparé les politiques publiques visant à réduire la consommation d’alcool en place dans les différentes provinces canadiennes. Les résultats montrent que le Québec pourrait bonifier les politiques existantes de différentes manières. Tout en formulant également des recommandations pour le contrôle du marketing et de la publicité, la fixation d’un prix minimum par verre standard pour toutes les boissons alcoolisées et la réduction de l’accessibilité physique des points de vente sont les deux politiques que cette étude a identifiées comme ayant le plus de potentiel afin de réduire le fardeau sanitaire et économique associé à l’alcool au Québec.
Autres politiques efficaces ou recommandées
Plusieurs autres mesures sont aussi efficaces ou recommandées par diverses instances de santé publique à travers le monde pour réduire le fardeau associé à la consommation d’alcool, dont :
- l’apposition de mises en garde sur les contenants de boissons alcoolisées pour informer sur les risques de l’alcool sur la santé;
- l’affichage, sur les lieux de vente au détail, d’information sur les risques à la santé liés à la consommation d’alcool;
- le renforcement des lois et de leur application concernant la conduite avec facultés affaiblies;
- l’offre suffisante de services de prévention et de traitement des troubles liés à l’alcool et aux conditions de comorbidité;
- le rehaussement de l’âge légal (1).
Références
- Babor, T. F., Casswell, S., Graham, K., Huckle, T., Livingston, M., Österberg, E., Rehm, J., Room, R., Rossow, I., & Sornpaisarn, and B. (2023). Alcohol : No Ordinary Commodity: Research and public policy (Third Edition, New to this Edition:, Third Edition, New to this Edition:). Oxford University Press.
- Finan, L. J., Lipperman-Kreda, S., Grube, J. W., Balassone, A., & Kaner, E. (2020). Alcohol Marketing and Adolescent and Young Adult Alcohol Use Behaviors : A Systematic Review of Cross-Sectional Studies. Journal of Studies on Alcohol and Drugs, Supplement, (s19), 42‑56. https://doi.org/10.15288/jsads.2020.s19.42