Balises de consommation d’alcool à moindre risque

Au cours de la dernière décennie, les connaissances scientifiques sur les risques associés à la consommation d’alcool sur la santé ont évolué. Ainsi, sur la base des données maintenant disponibles concernant les effets cancérigènes de l’alcool, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne qu’il n’est pas possible d’établir un seuil de consommation d’alcool qui soit sans risque pour la santé. De plus, des études récentes remettent en question les bienfaits d’une faible consommation d’alcool sur la santé cardiovasculaire révélés par d’anciennes études (1,2,3). Divers enjeux méthodologiques expliqueraient l’incertitude qui persiste à ce sujet (1).

Révision internationale des balises

Dans plusieurs pays, ces nouvelles connaissances ont amené les instances de santé publique à reconsidérer leurs recommandations concernant la consommation d’alcool à moindre risque. D’une part, certains éléments de ces recommandations ont été réitérés. C’est le cas, par exemple, de l’importance d’éviter les épisodes de consommation excessive ou la consommation durant la grossesse. D’autre part, plusieurs pays ont diminué leurs seuils de consommation d’alcool hebdomadaire ou quotidien afin de limiter les risques pour la santé. Cela a donc mené à la reformulation des balises concernant la consommation à moindre risque. D’autres pays, sans redéfinir leurs seuils, ont profité de l’actualisation de leurs guides alimentaires et souligné qu’il n’existe aucun seuil de consommation sans risque pour la santé, qu’il est préférable de s’abstenir de consommer ou encore, de réduire son usage (4-9).

Comparaisons internationales des nouvelles balises de consommation d’alcool à moindre risque publiées depuis 2016, par ordre chronologique

Le tableau ci-dessous présente des exemples de ces nouvelles balises de consommation à moindre risque dans 10 pays (incluant le Canada) au cours de la dernière décennie.

Pays et année de publication des balisesLimites hebdomadaires (verres standards canadiens, soit 13,45 g d’alcool pur)Quantités hebdomadaires en gramme d’alcool purSeuils de risque de mortalité prématurée attribuable à l’alcoolTerme utilisé pour décrire les balises

Royaume-Uni (10‑11)

2016

8,3 verres112 gAutour de 1 pour 100« Low risk drinking guidelines »

France (12)

2017

7,4 verres100 gEntre 1 pour 100 et 1 pour 1000Repères de consommation à moindre risque

Belgique (13-14)

2018

7,4 verres100 g1 pour 100Recommandations pour limiter les risques

Espagne (15)

2020

H : 10,4 verres

F : 5,2 verres

H : 140 g

F : 70 g

Non spécifié dans les documents consultés« Limites de consumo de bajo riesgo »

Australie (16)

2020

7,4 verres100 g1 pour 100« Guidelines to reduce health risks from drinking alcohol »

Suisse (17)

2021

5,2 verres70 g1 pour 1000Recommandations pour une consommation à faible risque

Danemark (18)

2022

8,9 verres120 g1 pour 100« Low-risk drinking guidelines »

Canada (19-20)

2023

6 verres80,7 g1 pour 100

Repères canadiens sur l’alcool et la santé :

risque modéré

Canada (19-20)

2023

2 verres26,9 g1 pour 1000

Repères canadiens sur l’alcool et la santé :

risque faible

Suède (21-22)

2024

8,9 verres et plus120 g et plus1 pour 100Consommation à risque

Allemagne (23-24)

2024

6 verres81 g1 pour 100Consommation à risque modéré

Allemagne (23-24)

2024

2 verres27 g1 pour 1000Consommation à faible risque

Fondements scientifiques des balises

Au Canada comme ailleurs, les autorités publiques ou des instances scientifiques indépendantes ont élaboré ces balises, en s’appuyant sur une démarche transparente et des données probantes. Les balises peuvent avoir été entérinées par les autorités gouvernementales ou non.

Dans le tableau, les seuils concernant la consommation d’alcool à moindre risque sont présentés afin qu’ils soient facilement comparables, c’est-à-dire sur la base du nombre de verres standards canadiens par semaine, la taille d’un verre standard variant selon les pays.

Le tableau présente aussi les seuils de risque utilisés pour établir les balises de consommation à moindre risque dans différents pays. Ces balises utilisent souvent le seuil de risque de décès prématuré de 1 sur 100. Cela signifie que sur 100 personnes qui boivent de l’alcool à ce niveau pendant toute une vie, une personne meurt avant l’âge de décès moyen dans la population en raison de sa consommation d’alcool. Au Canada, on considère qu’un décès est prématuré si une personne décède avant d’avoir atteint 75 ans.

Dans les pays répertoriés, lorsque ce seuil de risque est utilisé, les balises de consommation varient entre 6 et 8 ou 9 verres par semaine. Les raisons qui expliquent cette variation sont multiples. Une de ces raisons concerne la difficulté à évaluer précisément les risques associés à la consommation d’alcool. L’évolution des connaissances pourrait permettre de raffiner ces estimations et pourrait conduire à l’établissement de nouvelles balises.

Précisions sur l’établissement du seuil de risque en santé publique

En santé publique, l’établissement de recommandations ou, comme c’est le cas ici pour l’alcool, de balises sur la consommation à moindre risque peut se fonder sur la prise en compte de seuils de risque qui sont généralement considérés comme acceptables par la population. Ces seuils varient selon la nature volontaire ou non de l’exposition. Pour les risques involontaires, comme l’exposition à des substances cancérigènes dans l’air, un risque à vie de mortalité prématurée de 1 sur 1 000 000 est habituellement utilisé comme risque jugé négligeable.

Pour les activités entreprises volontairement, comme les rapports sexuels non protégés et la consommation d’alcool, les gens peuvent accepter un niveau de risque environ 1000 fois plus grand que pour le risque involontaire. Dans de telles situations, les recommandations préventives utilisent généralement un seuil de risque faible, équivalant à un risque de décès prématuré de 1 sur 1000.

Lorsque l’exposition est volontaire – comme dans le cas de la consommation d’alcool – les personnes exposées perçoivent directement des avantages découlant de cette exposition (ici, par exemple, le goût, la détente ou l’euphorie qu’entraine l’alcool). Elles sont prêtes à accepter un niveau de risque pour la santé plus élevé (p. ex. : accepter les conséquences d’un « lendemain de veille »). Inversement, si ces personnes ne choisissent pas d’être exposées à un risque – comme ce pourrait être le cas avec la fumée générée par une usine dans leur quartier – leur niveau de tolérance au risque qui s’y rattache pour leur santé est plus faible.

Pour l’alcool, les balises de consommation à moindre risque de la plupart des pays se basent sur un seuil de risque 10 fois plus grand que celui d’autres activités volontaires (19).

Particularités des balises canadiennes : un continuum de risque

Les balises canadiennes n’utilisent pas de seuil unique, mais plutôt un continuum de risques à différents paliers, soit du risque faible au risque élevé. C’est aussi le cas pour l’Allemagne. Les deux pays emploient le seuil de risque de décès prématuré de 1 sur 1000 pour établir la quantité d’alcool consommée qui représente un risque faible et celui de risque de décès prématuré de 1 sur 100 pour celle représentant un risque modéré. Dans les deux cas, la limite de risque faible correspond à la consommation de 2 verres standards par semaine, alors que la limite de risque modéré correspond à la consommation de 6 verres standards par semaine (19).

Précisions sur les niveaux de risques dans les repères canadiens

Les balises canadiennes – connues sous l’appellation « Repères canadiens sur l’alcool et la santé » – se fondent sur un continuum de risques à plusieurs paliers. Ils informent sur les risques pour la santé qui sont associés à différentes quantités d’alcool consommées sur une base hebdomadaire :

Aucun risque : Le fait de ne pas consommer d’alcool est la seule façon d’écarter les risques à la santé liés à l’alcool.

Risque faible : La consommation de 1 ou 2 verres standards par semaine permet généralement d’éviter les risques à la santé associés à l’alcool pour soi-même et pour autrui.

Risque modéré : La consommation de 3 à 6 verres standards par semaine accroît le risque de développer différents cancers, dont celui du sein ou du côlon.

Risque de plus en plus élevé : La consommation de 7 verres standards et plus par semaine augmente substantiellement le risque de développer plusieurs maladies, incluant des maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux (AVC). Plus le nombre de verres consommés est élevé, plus les risques sont aussi élevés.

Les balises établies en fonction de niveaux de risque fournissent aux personnes qui consomment l’information dont elles ont besoin afin de faire des choix éclairés concernant leur santé.

Pas de différences entre les hommes et les femmes

À ces niveaux de consommation à moindre risque, la majorité des pays ayant modifié leurs balises a jugé la différence des risques entre les hommes et les femmes trop faible pour justifier des balises distinctes selon le sexe. Cependant, à des niveaux de consommation plus élevés, il est bien établi dans la littérature scientifique que les femmes sont davantage à risque que les hommes de développer des problèmes de santé.

Références

  1. Piano, M. R., Marcus, G. M., Aycock, D. M., Buckman, J., Hwang, C.-L., Larsson, S. C., Mukamal, K. J., Roerecke, M. (2025). Alcohol Use and Cardiovascular Disease : A Scientific Statement From the American Heart Association. Circulation, 152(1), e7‑e21. https://doi.org/10.1161/CIR.0000000000001341
  2. Stockwell, T., Priore, I., Im, P. K., & Naimi, T. (2024). Alcohol and cardiovascular disease : A critical review of scientific evidence for protective versus harmful effects. Canadian Institute for Substance Use Research (CISUR), University of Victoria. https://ehnheart.org/wp-content/uploads/2025/06/Alcohol-and-cardiovascular-disease-research-report-final-version.pdf
  3. Biddinger, K. J., Emdin, C. A., Haas, M. E., Wang, M., Hindy, G., Ellinor, P. T., Kathiresan, S., Khera, A. V., & Aragam, K. G. (2022). Association of Habitual Alcohol Intake With Risk of Cardiovascular Disease. JAMA Network Open, 5(3), e223849. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2022.3849
  4. Secretaría de Salud (SSA), Instituto Nacional de Salud Pública (INSP), & Fondo de las Naciones Unidas para la Infancia (UNICEF). (2025). Guías Alimentarias Saludables y Sostenibles para la población mexicana (p. 1‑96). Secretaría de Salud; Instituto Nacional de Salud Pública. https://www.gob.mx/cms/uploads/attachment/file/1029510/Guias_Alimentarias_Mexico_2025.pdf
  5. Veselības ministrija. (2020). Veselīga uztura ieteikumi pieaugušajiem. Veselības ministrija. https://www.vm.gov.lv/lv/media/3017/download?attachment%20
  6. Bartkevičiūtė, R., Barzda, A., Bulotaitė, G., Miliauskė, R., Drungilas, V., & Česnakauskienė, I. (2020). Sveikos ir tvarios mitybos rekomendacijos. 2-a redakcija. Sveikatos mokymo ir ligų prevencijos centras. https://sam.lrv.lt/uploads/sam/documents/files/Veiklos_sritys/visuomenes-sveikatos-prieziura/mityba-ir-fizinis-aktyvumas/Sveikos_ir_tvarios_mitybos_rekomedacijos3.pdf
  7. s.a. (2022). Thai food-based dietery guidelines. https://nutrition2.anamai.moph.go.th/th/fbdgs/213915.
  8. Directorate of Health. (s. d.). Food-based dietary recommendations. Ísland.Is. https://island.is/en/food-based-dietary-recommendations
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  12. Santé publique France & Institut national du cancer. (2017). Avis d’experts relatif à l’évolution du discours public en matière de consommation d’alcool en France (Avis d’experts, p. 149). Santé publique France. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/alcool/documents/avis/avis-d-experts-relatif-a-l-evolution-du-discours-public-en-matiere-de-consommation-d-alcool-en-france
  13. Conseil Supérieur de la Santé. (2018). Risques liés à la consommation d’alcool (CSS N° 9438). Conseil Supérieur de la Santé. https://www.hgr-css.be/fr/avis/9438/lalcool
  14. Conseil Supérieur de la Santé. (2025). Mesures de réduction des dommages et des risques liés à la consommation d’alcool. Service public fédéral de la Santé publique, de la Sécurité de la Chaîne alimentaire et de l’Environnement. https://www.hgr-css.be/fr/avis/9782/mesures-de-reduction-des-dommages-et-des-risques-lies-a-la-consommation-dalcool
  15. Spanish Ministry of Health. (2020). Low Risk Alcohol Consumption Thresholds : Update on the risks related to alcohol consumption levels, consumption patterns and type of alcoholic beverages. Part 1. Update on Low Risk Alcohol Consumption Thresholds (Reports, Studies and Research). Ministerio de Sanidad (Spanish Ministry of Health). https://www.sanidad.gob.es/en/areas/promocionPrevencion/alcohol/documentosTecnicos/docs/Low_Risk_Alcohol_Consumption_Thresholds_Part1.pdf
  16. National Health and Medical Research Council. (2020). Australian Guidelines to Reduce Health Risks from Drinking Alcohol (No. DS14). National Health and Medical Research Council. https://www.nhmrc.gov.au/about-us/publications/australian-guidelines-reduce-health-risks-drinking-alcohol#block-views-block-file-attachments-content-block-1
  17. Gmel, G., & Shield, K. (2021). Empfehlungen zu, risikoarmem Alkoholkonsum“ – eine evidenzbasierte Analyse für die Schweiz (Forschungsbericht No. 127). Sucht Schweiz. https://www.addictionsuisse.ch/publication/empfehlungen-zu-risikoarmem-alkoholkonsum-eine-evidenzbasierte-analyse-fuer-die-schweiz/
  18. Beekmann, L. (2022, mars 15). 10-4 – The Danish Health Authority announces new low-risk drinking guidelines. NAPR. https://www.nordicalcohol.org/post/10-4-the-danish-health-authority-announces-new-low-risk-drinking-guidelines
  19. Paradis, C., Butt, P., Shield, K., Poole, N., Wells, S., Naimi, T., Sherk, A., & les groupes d’experts scientifiques des Directives de consommation d’alcool à faible risque. (2023). Repères canadiens sur l’alcool et la santé : Rapport final. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. https://ccsa.ca/fr/reperes-canadiens-sur-lalcool-et-la-sante-rapport-final
  20. Shield, K. D., Churchill, S., Sherk, A., Stockwell, T., Levesque, C., Sanger, N., Edalati, H., Butt, P. R., & Paradis, C. (2023). Risque à vie de décès et d’invalidité attribuables à l’alcool. Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances. https://ccsa.ca/fr/risque-vie-de-deces-et-dinvalidite-attribuables-lalcool
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  23. Richter, A., Starker, A., & Schienkiewitz, A. (2025). Reassessment of alcohol consumption in Germany – Which population groups are at increased risk of disease? Journal of Health Monitoring, 10(3), e13457. https://doi.org/10.25646/13457
  24. Richter, M., Tauer, J., Conrad, J., Heil, E., Kroke, A., Virmani, K., Watzl, B., & German Nutrition Society (DGE). (2025). Alcohol consumption in Germany, health and social consequences and derivation of recommendations for action. Ernahrungs Umschau, (71(10)), 125‑139. https://doi.org/10.4455/eu.2024.033
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