Défis associés au vieillissement de la population
Sur le plan démographique, on dit qu’une population vieillit lorsque la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus augmente au fil du temps. Au Québec, cette proportion a nettement crû au cours des 40 dernières années, passant de 9 à 21 % entre 1981 et 2024. Ce phénomène résulte de trois principaux facteurs : la forte natalité de l’après-guerre, la chute abrupte de la fécondité à partir des années 1960 et l’allongement progressif de l’espérance de vie. Selon les projections, la proportion de personnes aînées continuera d’augmenter pour atteindre 27 % en 2071. Quant à la proportion des 85 ans et plus, elle devrait tripler pour atteindre 6 %.
Les mouvements migratoires représentent un quatrième facteur dans l’évolution de la démographie québécoise. Comme les nouveaux arrivants sont en général plus jeunes, un nombre élevé peut contribuer à ralentir légèrement le vieillissement. Par exemple, l’âge moyen dans ce groupe est demeuré stable de 2022 à 2024, phénomène plutôt exceptionnel au Québec au cours des dernières décennies.
Le vieillissement de la population se conjugue à un ensemble de défis selon diverses perspectives.
Épidémiologie
L’allongement de l’espérance de vie à la naissance observée au cours du XXe siècle résulte d’abord de l’amélioration des mesures sanitaires comme le traitement de l’eau potable, la canalisation des eaux usées (égouts) et la vaccination des enfants. Il s’explique ensuite par le développement rapide de nouveaux traitements comme les antibiotiques. Ces progrès ont permis de réduire la mortalité associée aux maladies transmissibles (p. ex., infections gastro-intestinales, pneumonies).
Vivre plus longtemps s’accompagne du risque de développer des maladies nécessitant davantage de temps pour se manifester. Ainsi, les maladies chroniques (ex. : maladies cardiovasculaires, cancers) affectent un nombre croissant de personnes au Québec. Cela requiert une adaptation constante de l’organisation des soins de santé et des services sociaux à long terme. Cette situation accroît l’importance de la prévention et des services de première ligne pour répondre aux besoins des personnes souffrant de maladies chroniques. Il en va de même pour le soutien à domicile et les approches intégrées de proximité.
Économie
L’augmentation de l’âge moyen de la retraite et le retour des personnes vieillissantes sur le marché du travail, par choix ou nécessité, représentent d’autres changements notables. Par ailleurs, celles qui sont en situation de plus grande précarité financière peuvent être particulièrement touchées par la diminution du pouvoir d’achat associé à l’inflation. Dans ces circonstances, elles peuvent se trouver en situation d’insécurité alimentaire. Elles peuvent également avoir difficilement accès à un logement abordable et adapté à leurs besoins.
Technologies
De nouvelles occasions surgissent pour favoriser un vieillissement en santé et une meilleure qualité de vie. Certaines technologies peuvent faciliter notamment le suivi à domicile des personnes atteintes de maladies chroniques. Ces avancées technologiques s’accompagnent cependant de nombreux défis (p. ex. démocratisation de l’accès, fractures numériques et cyberfraude) et de zones d’incertitude entourant l’utilisation de l’intelligence artificielle et ses effets, par exemple.
Une faible démocratisation de l’accès aux outils numériques et à la littératie numérique comporte des risques d’exclusion et de désinformation, contribuant à l’accroissement des inégalités sociales de santé. En plus d’actions visant à développer les compétences d’utilisation, la conception d’environnements numériques inclusifs peut favoriser l’accès aux services publics et à l’information. Il importe aussi d’offrir des solutions aux personnes dont l’accès aux outils numériques est compliqué, voire impossible. Pour en savoir plus, consultez notre publication : Inégalités d’accès et d’usage des technologies numériques : un déterminant préoccupant pour la santé de la population?
Environnement
Les changements climatiques représentent un défi d’adaptation pour la société québécoise. Les personnes aînées figurent parmi les groupes de personnes qui risquent davantage de subir les conséquences d’événements météorologiques extrêmes, comme les vagues de chaleur accablantes, les grands froids, les inondations et les feux de forêt.
La capacité du corps à s’adapter aux stress environnementaux diminue avec l'âge. Par exemple, les personnes plus âgées ont une moins bonne capacité de thermorégulation ou de réaction lors de froid ou de chaleur extrême. De plus, elles ne se perçoivent pas toujours comme étant vulnérables et elles ne disposent pas nécessairement des ressources pour modifier leur milieu de vie (ex. : se déplacer vers un endroit plus tempéré, se doter de climatisation). Cela a pour effet de diminuer leur prédisposition et leur capacité à adopter des comportements préventifs. Voir notre infographie : Personnes aînées : résumé des risques associés aux changements climatiques.
Liens sociaux
Le vieillissement de la population oblige à maintenir ou créer des environnements inclusifs et à soutenir la contribution des personnes aînées à la vie sociale, culturelle et économique. Troisième cause de discrimination au Québec, l’âgisme constitue un frein à la participation sociale des personnes aînées et peut entraîner un effet négatif sur leur santé. Il est également considéré comme un facteur de risque de maltraitance et d’isolement social.
L’isolement social peut provoquer à son tour des conséquences comme des troubles émotionnels liés à la solitude. Le maintien de liens sociaux est important à tout âge, mais particulièrement quand on vieillit, alors que les réseaux sociaux et familiaux tendent à se réduire. La participation à des activités sociales, la possibilité de maintenir son emploi et la valorisation de l’expérience, par exemple, permettent aux personnes aînées de tisser des liens en dehors de leur cercle intime et de contribuer à la société. L’aménagement d’un environnement bâti sécuritaire et adapté aux capacités des personnes aînées contribue également à maintenir leur mobilité et leur autonomie. À cet égard, les milieux municipaux peuvent jouer un rôle important.
Pour en savoir plus, consultez notre publication : COVID-19 : Lutter contre l’isolement social et la solitude des personnes aînées en contexte de pandémie.
Pour en savoir plus
Consultez nos publications :
- Créer des conditions favorables à la santé et à la qualité de vie des personnes vieillissantes : un modèle intégrateur (2024)
- Doter le Québec d’une stratégie nationale pour améliorer la qualité de vie des personnes aînées : vers des milieux de vie inclusifs, sains et sécuritaires (2023)
- Inégalités d’accès et d’usage des technologies numériques : un déterminant préoccupant pour la santé de la population? (2021)
- Exploration de mesures pour favoriser la mobilité des personnes aînées (2023)
- Les facteurs environnementaux facilitant ou contraignant la marche utilitaire des personnes aînées (2025)
- Bulletin thématique en santé cognitive sur le bénévolat des personnes aînées dans une optique de participation sociale